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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2400023

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2400023

lundi 8 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2400023
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantEL KOLLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 janvier 2024, M. E D, représenté par Me El Kolli, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet du Var a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans avec inscription dans le système d'information Schengen (SIS) ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une incompétence du signataire de l'acte ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionné au regard de sa situation personnelle ;

- la décision fixant la durée de cette interdiction est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet des Bouches-du-Rhône a produit des pièces complémentaires le 5 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Le président du tribunal a désigné Mme Fayard en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 8 janvier 2024 à 10h45.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fayard, conseillère,

- les observations de Me El Kolli, représentant M. D, présent et assisté de M. B en qualité d'interprète en langue arabe, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête, en insistant sur le fait que M. D a eu un comportement exemplaire lors de sa détention, que la décision du 3 septembre 2022 portant interdiction de retour ne mentionnait qu'une durée d'un an et que rien ne justifie une telle augmentation de cette durée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 17 décembre 1992 à Skikda, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet du Var a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans avec inscription dans le système d'information Schengen (SIS).

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Var a donné délégation à M. C F, sous-préfet de l'arrondissement de Toulon, pour signer tous les actes notamment en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée n'est pas fondée sur l'existence d'une menace pour l'ordre public. La décision d'interdiction de retour qui a été opposée à M. D vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet s'est fondé sur le fait que l'intéressé est entré en France de manière irrégulière à une date indéterminée, qu'il n'a pas sollicité l'asile et que s'il déclare être en couple avec Mme G, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Dans ces conditions, cette motivation est suffisante.

7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D s'est vu refuser un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, il appartenait au préfet de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français, en application des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En se bornant à soutenir, sans plus de précision, que la décision d'interdiction de retour lui empêche de circuler en Europe alors qu'il souhaite se rendre en Italie et qu'une décision du 3 septembre 2022 portant interdiction de retour prise à son encontre par le préfet des Bouches-du-Rhône, qu'il n'a pas contesté, portait la durée de cette interdiction à un an, il n'établit pas que le préfet, qui n'était pas lié par sa précédente décision prise avant sa détention, aurait, en prononçant cette interdiction de retour d'une durée deux ans, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, au préfet du Var, à la Direction zonale de la police aux frontières sud et à l'association Forum Réfugiés.

Délibéré le 8 janvier 2024 et lu en audience publique le même jour.

La magistrate désignée,

Signé

A. FAYARD

La greffière

Signé

S. BOISLARD

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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