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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2400574

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2400574

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2400574
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBENGUERRAICHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrés les 19 janvier 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à M. B C et Mme F C, de quitter les lieux, en évacuant dans un délai d'un mois le logement qu'ils occupent, situé 19 allée de la Normandie à Salon-de-Provence mis à disposition par l'association Entraide Pierre Valdo ;

2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'association Entraide Pierre Valdo afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. B C et Mme F C à défaut pour ceux-ci, d'avoir emporté leurs effets personnels.

Il soutient que :

- il a qualité pour agir pour agir dès lors qu'il lui appartient de décider des mesures à mettre en œuvre pour faire cesser l'occupation sans titre d'un hébergement en C.A.D.A. ;

- la demande d'expulsion, qui trouve son fondement dans les dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé par M. B C et Mme F C et que par un courrier du 21 décembre 2023, notifié en main propre, ils ont été mis en demeure de quitter l'appartement qu'ils occupent ;

- il y a urgence et utilité au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, dès lors que le département des Bouches-du-Rhône dispose, de 3450 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile, alors que 707 demandeurs d'asile sont en attente d'hébergement dans le département, dont certains présentent un besoin prioritaire ;

- M. B C et Mme F C, avertis du caractère temporaire de leur prise en charge, se maintiennent indûment dans un logement destiné à des personnes dont la demande d'asile est en cours d'instruction. Au surplus, ils n'ont pas déféré à la mise en demeure l'enjoignant de libérer les lieux avec leurs enfants.

Par un mémoire enregistré le 9 février 2024, M. B C et Mme F C, représentés par Me Benguerraiche, demandent au juge des référés :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, de rejeter la requête du préfet des Bouches-du-Rhône ;

3°) à titre subsidiaire, de leur accorder un délai de six mois pour quitter l'appartement qu'ils occupent ;

4°) de mettre à la charge du préfet des Bouches-du-Rhône la somme de 1 500,00 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse, dès lors qu'un de leur enfant est en situation de handicap et a besoin d'équipements spécialisés pour son bon développement.

- de plus, leur expulsion conduirait à une atteinte grave et disproportionnée avec le droit à l'hébergement pour les demandeurs d'asile dès lors que leur fils A doit se faire opérer le 2 mars prochain ;

- leur expulsion en période hivernale les conduira à vivre dans des conditions de précarité incompatible avec une vie privée et familiale normale ;

- l'urgence n'est pas justifiée en l'espèce.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bavois, greffière d'audience, Mme D a lu son rapport et entendu Mme E, représentant le préfet des Bouches-du-Rhône, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir que les intéressés se maintiennent irrégulièrement dans les lieux depuis presque deux ans.

M. et Mme C n'étaient ni présents, ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. et Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre État européen ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

4. Aux termes de l'article R. 552-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement en application des articles L. 551-11, L. 551-12, L. 551-14 ou L. 551-16, l'Office français de l'immigration et de l'intégration en informe sans délai le gestionnaire du lieu qui héberge la personne concernée, en précisant la date à laquelle elle doit sortir du lieu d'hébergement " et aux termes de son article R. 552-12 : " Dès que l'information prévue à l'article R. 552-11 lui est parvenue, le gestionnaire du lieu d'hébergement communique à la personne hébergée la date à laquelle elle doit en sortir ". Aux termes de l'article R. 552-15 du même code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration () / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux ".

5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un étranger dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. M. B C et Mme F C, de nationalité albanaise, entrés en France le 28 juillet 2021 avec leurs trois enfants, ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile le 2 septembre 2021 et ont bénéficié, à ce titre, à compter du 6 septembre 2021, d'un logement situé 19 allée de la Normandie à Salon-de-Provence mis à disposition par l'association Entraide Pierre Valdo. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions du 28 décembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmées par décisions de la Cour nationale du droit d'asile des 18 mars 2022 et 13 mai 2022, notifiées respectivement les 28 mars 2022 et 9 juin 2022. Par ailleurs, M. C a fait l'objet, le 6 janvier 2023, d'une décision portant obligation de quitter le territoire national avec un délai de 30 jours et Mme C, qui avait sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade, le 22 juillet 2022, s'est vue refuser la délivrance d'un tel titre, par décision du 6 janvier 2023. Les recours dirigés contre ces décisions ont été rejetés par le tribunal le 20 avril 2023. Le Préfet des Bouches-du-Rhône les a mis en demeure, par courrier du 21 décembre 2023, notifié en main propre, de quitter et libérer leur lieu d'hébergement dans un délai de quinze jours. Cette mise en demeure étant restée infructueuse, le préfet des Bouches-du-Rhône demande leur expulsion sur le fondement des dispositions précitées.

7. Il est constant que M. B C et Mme F C, déboutés définitivement du droit d'asile, ne bénéficient plus du droit d'être hébergés dans un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile. Ainsi, M. et Mme C occupent sans droit ni titre le logement situé 19 allée de la Normandie à Salon-de-Provence mis à disposition par l'association Entraide Pierre Valdo. Par ailleurs, les intéressés ne pouvaient ignorer depuis la confirmation par la Cour nationale du droit d'asile du rejet de leur demande d'asile, qu'ils n'avaient plus le droit d'occuper un lieu d'hébergement destiné à l'accueil de demandeurs d'asile. Ainsi, la demande d'expulsion présentée par le préfet des Bouches-du-Rhône ne souffre d'aucune contestation sérieuse.

8. Il résulte de l'instruction que la libération des lieux par M. et Mme C présente également un caractère d'urgence eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile dans le département des Bouches-du-Rhône. Il n'est en effet pas sérieusement contesté que si les pouvoirs publics disposent dans le département 3450 places d'hébergement, la préfecture a recensé 707 demandeurs d'asile en attente d'hébergement, dont certains présentent un besoin prioritaire, et que du 1er janvier au 31 décembre 2023, le département des Bouches-du-Rhône a enregistré 5705 nouvelles d'asile, en augmentation de 10,47% par rapport à la même période en 2002. Il s'ensuit que la condition d'urgence et d'utilité de la mesure sollicitée, qui doit permettre un fonctionnement normal du service d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, eu égard aux tensions persistantes sur ce dispositif dans le département des Bouches-du-Rhône, est démontrée.

9. La procédure d'évacuation d'un hébergement dédié aux demandeurs d'asile est indépendante de la procédure d'hébergement d'urgence prévue par les dispositions des articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles. Si les intéressés estiment être susceptibles de relever de l'hébergement d'urgence de droit commun tel qu'il est organisé par les dispositions de l'article L. 345-2-2 de ce code, il leur appartient de mettre en œuvre ces dispositions, sans que leur relogement effectif ne puisse conditionner l'exécution de la mesure d'expulsion sollicitée par l'Etat, sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de ce qui précède qu'y a lieu d'enjoindre à M. et Mme C de libérer, le logement situé 19 allée de la Normandie à Salon-de-Provence, mis à disposition par l'association Entraide Pierre Valdo. En l'absence de départ volontaire, le préfet des Bouches-du-Rhône pourra procéder d'office à son expulsion, si nécessaire avec le concours de la force publique. Dans les circonstances particulières, et au regard notamment de l'état de santé de leur fils A C, il y a lieu de différer cette expulsion de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais de procès :

11. L'Etat n'étant pas la partie perdante, les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 présentées par de M. et Mme C ne peuvent être que rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. et Mme C sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à M. et Mme C de quitter, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement situé 19 allée de la Normandie à Salon-de-Provence mis à disposition par l'association Entraide Pierre Valdo. A défaut, le préfet des Bouches-du-Rhône pourra procéder d'office à leur expulsion, si nécessaire avec le concours de la force publique.

Article 3 : Le préfet des Bouches-du-Rhône est autorisé à donner toutes instructions utiles à l'association Entraide Pierre Valdo, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. et Mme C, à défaut pour ceux-ci d'avoir emporté leurs effets personnels.

Article 4 : Les conclusions présentées par M. et Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer à M. B C et Mme F C.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 16 février 2024

La juge des référés,

signé

Muriel D

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

La greffière,

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