lundi 29 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2400711 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BARBERIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 janvier 2024, M. B D demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de 3 ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et résulte d'un défaut d'examen de sa situation ; il aurait dû faire l'objet d'un arrêté de réadmission vers les Pays-Bas et non d'une obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit et méconnaît l'autorité de la chose jugée, dès lors qu'aucun élément nouveau n'est intervenu depuis le jugement du tribunal administratif de Marseille du 26 décembre 2023 annulant la décision portant obligation de quitter le territoire français du 29 novembre précédent ;
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision d'interdiction de retour sur le territoire assortie d'une inscription au système d'information Schengen ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire assortie d'une inscription au système d'information Schengen est insuffisamment motivée ;
- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa durée de trois ans présente un caractère disproportionné ;
- la décision fixant le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 29 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 29 janvier 2024, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Barberis pour M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient que le document produit en défense en langue anglaise doit être écarté des débats, et qu'il y est indiqué que le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur dans la saisine des autorités néerlandaises, privant ainsi cette saisine de toute effectivité ;
- et celles de M. D, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui expose qu'il a souhaité aller vivre aux Pays-Bas car il aime beaucoup ce pays, mais qu'il a ensuite rencontré une amie à Paris qui est enceinte ; M. D expose par ailleurs qu'il est hébergé à Marseille et produit à l'audience une attestation d'hébergement.
- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant algérien né le 11 août 2000, M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de 3 ans.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. La décision en litige comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en particulier les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la situation personnelle de l'intéressé. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit dès lors être écarté.
4. La seule circonstance que le préfet des Bouches-du-Rhône n'ait pas fait mention, dans sa décision, du jugement du tribunal du 26 décembre 2023, ne suffit pas pour considérer que ce préfet, dont la décision fait état de façon circonstanciée des éléments de droit et de fait qui la fondent, aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen et de l'erreur de droit qui s'en déduit doit être écarté.
5. A l'appui de sa contestation, M. D soutient que l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement du tribunal du 26 décembre 2023 a été méconnue. Il ressort des termes mêmes de ce jugement que l'arrêté du 29 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans a été annulé dès lors qu'à la date de l'arrêté en litige, l'intéressé devait faire l'objet, non d'une obligation de quitter le territoire français, mais d'une décision de transfert prise sur le fondement des dispositions des articles 18 et suivants du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, compte tenu de sa demande d'asile déposée auprès des autorités néerlandaises le 13 octobre 2023. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté en litige, le 22 janvier 2024, les circonstances ayant prévalu à l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2023 ont évolué, dès lors que par une décision du 21 décembre 2023, rédigée en langue anglaise, sans que cela ne constitue un obstacle pour procéder à un examen éclairé des conclusions des parties, les autorités néerlandaises ont refusé la reprise en charge de M. D. Si ces mêmes autorités ont souligné que les autorités françaises ont enregistré l'intéressé dans le logiciel Eurodac sous la catégorie 3 et non sous la catégorie 1, il ressort de ce même courrier que la demande d'asile formée par M. D aux Pays-Bas a été rejetée comme manifestement infondée, décision confirmée en appel le 20 décembre 2023 alors que l'intéressé a quitté le pays " le ou vers le 10 novembre " précédent. Il ressort ainsi des pièces du dossier d'une part que la demande d'asile de M. D aux Pays-Bas, Etat dans lequel il indique à l'audience vouloir résider car il l'a beaucoup apprécié, a été rejetée, et d'autre part que M. D ne soutient ni même n'allègue, ni à l'audience ni lors de son audition par les services de police le 22 janvier 2024, avoir demandé l'asile dans un autre Etat, notamment ni en France ni en Espagne, pays qu'il indique avoir traversé lors de son parcours migratoire. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'autorité de la chose jugée par le jugement du 26 décembre 2023 aurait été méconnue.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
7. Si M. D se prévaut à l'audience de la présence en France d'une amie qui serait enceinte, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations, dont il n'a d'ailleurs pas fait état lors de son audition par les services de police le 22 janvier 2024. Dans ces conditions, à le supposer soulevé à l'audience, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :
8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée entache d'illégalité l'interdiction de retour sur le territoire prise sur son fondement.
9. La décision portant interdiction de retour sur le territoire comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit dès lors être écarté.
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
11. Il résulte des dispositions précitées qu'en l'absence de circonstances humanitaires et compte tenu du refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. D, le préfet des Bouches-du-Rhône devait assortir la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour en France. S'il est vrai que la durée de trois ans retenue est importante dès lors qu'il s'agit de la première obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, l'atteinte portée n'apparait pas disproportionnée dès lors que l'intéressé, célibataire sans charge de famille, a déclaré être entré en France depuis seulement 2023, ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, et a été condamné par le tribunal correctionnel de Marseille dès le 16 novembre 2023, peu après son entrée sur le territoire français, à une peine d'emprisonnement de huit mois dont six avec sursis simple, ainsi qu'à une interdiction du territoire français pour une durée de trois ans, pour vol avec violence ayant entrainé une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours, aggravé par une autre circonstance, comportement constituant une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la durée de trois ans d'interdiction de retour sur le territoire n'est pas disproportionnée. Si le requérant soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français conduit à une expulsion automatique de l'ensemble de l'espace Schengen pour cette même durée, du fait de son inscription dans le système d'information Schengen (SIS), cette inscription, qui n'est qu'une conséquence de l'interdiction de retour en litige, n'a pas d'incidence sur la légalité de cette mesure.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ".
13. Si M. D fait valoir, à l'appui de sa requête, encourir des risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, il ne produit aucun élément au soutien de ces allégations. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. Au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office, M. D soutient que le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas pris en considération les éléments portés à sa connaissance. Toutefois, en se bornant à soutenir qu'il craint pour sa vie en cas de retour en Algérie, M. D n'établit pas davantage qu'il aurait communiqué au préfet des Bouches-du-Rhône des éléments dont il n'aurait pas été tenu compte dans l'édiction de la décision en litige. Le moyen soulevé doit dès lors être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré le 29 janvier 2024 et lu en audience publique le même jour.
La magistrate désignée
Signé
A. A
Le greffier
Signé
T. Marcon
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026