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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2400733

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2400733

lundi 19 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2400733
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGONZALEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 janvier, 7 et 15 février 2024, la Compagnie Nationale du Rhône, représentée par Me Nourrisson, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative:

1°) d'enjoindre à la société Sud Engrais Distribution de libérer la parcelle CN 236 qu'elle occupe, sans droit ni titre, et de procéder à sa remise en état, en particulier, par l'enlèvement des boudins en plastique contenant du blé, au plus tard le 16 février 2024 ;

2°) de l'autoriser à procéder d'office à la remise en état de la parcelle CN 236 en particulier, l'enlèvement des boudins en plastique contenant du blé, aux frais et risques de la société Sud Engrais Distribution, à défaut pour celle-ci d'avoir remis en état le terrain le 16 février 2024 ;

3°) de mettre à la charge de société Sud Engrais Distribution une somme de 3 000,00 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la mesure sollicitée est utile, car elle ne dispose d'aucun autre moyen de droit pour obtenir rapidement l'évacuation du terrain par la société Sud Engrais Distribution et la remise en état du terrain ;

- l'urgence est caractérisée, dès lors que la parcelle CN 236 illégalement occupée par la société Sud Engrais Distribution est soumise à l'arrêté préfectoral du 3 aout 2022, délivré sur la base d'un dossier de demande de dérogation au titre des espèces protégées, et selon lequel cette parcelle est située au sein d'une zone à enjeu modéré pour l'avifaune nicheuse et qui impose au propriétaire de la parcelle l'obligation de maintenir des habitats fonctionnels ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et présente un caractère provisoire ;

- la juridiction administrative est compétente pour connaître de cette demande d'expulsion ;

- les conclusions reconventionnelles de la société Sud Engrais Distribution méconnaissent notamment l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques et l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, la société Sud Engrais Distribution, représentée par Me Gonzales, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, de lui laisser un délai pour libérer les lieux au 13 mars 2024, en toute hypothèse d'enjoindre à la société CNR de mettre à sa disposition des parcelles nécessaires à la poursuite de son activité et de mettre à la charge de la société CNR une somme de 3 000,00 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaitre de ce litige ;

- la mesure sollicitée ne correspond pas à des mesures provisoires ou conservatoires ;

- les conditions d'urgence et d'utilité ne sont pas remplies ;

- il appartient à la CNR de lui proposer d'autres parcelles dans le site portuaire en cause pour poursuivre son activité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code générale de la propriété publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue, le 15 février à 14 heures en présence de Mme Bavois, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :

- Me Nourrisson, représentant la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) qui conclut aux mêmes fins que la requête par les moyens ;

- Me Gonzales, représentant la société Sud Engrais Distribution, qui persiste dans ses écritures en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour la société Sud Engrais Distribution a été enregistrée le 16 février 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La société Sud Engrais Distribution, qui a pour objet la réception, le stockage, la fabrication d'engrais et la redistribution d'engrais et de fertilisants agricoles, a été autorisée, par convention du 27 juin 2017, à occuper un terrain appartenant au domaine public de l'Etat concédé à la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) situé sur la commune d'Arles. La demande de la société Sud Engrais Distribution pour occuper les parcelles CN 236 et 263, situées à proximité, pour développer une nouvelle activité de stockage de blé dur, a fait l'objet, le 2 mai 2023, d'un refus de la CNR au motif de la protection particulière en matière environnementale dont elles faisaient l'objet. Toutefois, la société Sud Engrais Distribution occupe, sans autorisation, depuis le mois de juillet 2023, la parcelle CN 236 en y ayant installé un important stockage de céréales, sous la forme de boudins en plastique contentant du blé. La CNR a adressé, en dernier lieu, le 13 novembre 2023, une mise en demeure à la société Sud Engrais Distribution de libérer les lieux, au plus tard le 22 novembre 2023, restée vaine. La CNR demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la société Sud Engrais Distribution de libérer la parcelle CN 236 qu'elle occupe sans droit ni titre et de procéder à sa remise en état, en particulier, en procédant à l'enlèvement des boudins en plastique contenant du blé, au plus tard le 16 février 2024 et à défaut de l'autoriser à y procéder d'office.

Sur la compétence du tribunal :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Saisi sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. Il résulte de l'instruction que la CNR est titulaire d'une concession de service public qui a pour objet l'établissement et l'exploitation des ouvrages nécessaires à l'aménagement du Rhône entre la frontière Suisse et la mer et, à ce titre, a en charge, en application de l'article 5 de la concession, en particulier la gestion des ports et de leurs raccordements aux voies ferrées et au réseau routier. Dans le cadre de cette concession et conformément aux articles 1er et 6-9 du cahier des charges spécial pour l'aménagement du Palier d'Arles Nord, la CNR a aménagé et exploite le site industriel et portuaire d'Arles Nord lequel appartient à l'Etat et fait partie de son domaine public, en application des dispositions des article L. 2111-7 et L. 2111-10 du code général de la propriété des personnes publiques. Par ailleurs aux termes des articles II.1, IV.13 et V.5 le terre-plein de cette zone est réservée à l'implantation d'entreprises s'appuyant sur l'intermodalités des transports dans le cadre de conventions d'occupations temporaire du domaine public conclues avec la CNR. Il résulte ainsi de l'instruction que CNR a aménagé et exploite le site industriel et portuaire d'Arles Nord et que l'Etat a confié à CNR la mission d'assurer la gestion du domaine public portuaire mis à sa disposition et lui a permis, à cette fin, d'accorder sur ce domaine des autorisations d'occupation. En outre, selon l'article 5-3° du cahier des charges générales de CNR, celle-ci doit acquérir obligatoirement, au nom de l'Etat, notamment les terrains d'assiette des usines lorsque ceux-ci ne font pas partie du domaine public lesquels appartiennent, dès lors, au domaine public dès leur acquisition. Par suite, la demande de CNR n'est pas manifestement insusceptible de relever de la juridiction administrative.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

5. D'une part, il est constant que la société Sud Engrais Distribution occupe, sans droit ni titre, la parcelle CN 236 qui appartient au domaine public de l'Etat dont la gestion a été concédée à CNR. Par suite, la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

6. D'autre part, il résulte de l'instruction, que la parcelle CN 236, qui se situe au sein du Site Industrialo Portuaire (SIP) d'Arles a fait l'objet d'un arrêté préfectoral du 3 aout 2022 portant dérogation à l'interdiction de destruction, d'altération d'habitats d'espèces protégées et de destruction, capture d'espèces protégées, qui précise que cette parcelle est située au sein d'une zone à enjeu modéré pour l'avifaune nicheuse qui impose de maintenir des habitas fonctionnels. Or, il résulte de cette même instruction et notamment d'une étude de synthèse élaboré par le bureau d'études Auddicé Environnement que les boudins de plastique mise en place sur cette parcelle le rendent défavorable à la reproduction des espèces cibles, lesquelles retournent sur leur site de nidification dès le mois de mars. Dans ces conditions, la demande présentée par la société CNR revêt un caractère d'urgence et d'utilité, et ce alors même que cette protection dont bénéficie cette parcelle serait liée à un projet d'infrastructures par la CNR et que celle-ci n'aurait pas elle-même, selon la société défenderesse, respecté la réglementation applicable sur cette zone considérée.

7. Par suite, il y a lieu d'ordonner à la société Sud Engrais Distribution, occupante sans droit ni titre de la parcelle CN 236, de quitter, sans délai à compter la notification de la présente ordonnance, cette parcelle, de retirer les boudins s'y trouvant et de remettre en état la parcelle. A défaut d'exécution de cette injonction, au plus tard le 16 février 2024, la société CNR est autorisée à procéder à l'expulsion forcée des lieux et à la remise en état de la parcelle CN 236, laquelle n'implique aucune mesure de démolition, et présente ainsi, en tout état de cause, un caractère conservatoire, et ce aux frais et risques de la société Sud Engrais Distribution.

Sur les conclusions reconventionnelles de la société Sud Engrais Distribution :

8. Lorsque le juge administratif fait droit à une demande tendant à la libération d'une dépendance du domaine public irrégulièrement occupée, il enjoint à l'occupant de libérer les lieux sans délai. Il suit de ce principe que l'occupant sans droit ni titre du domaine public ne peut solliciter du juge des référés un délai pour quitter les lieux. Dans ces conditions, la demande de la société Sud Engrais Distribution de disposer d'un délai pour libérer les lieux doit être rejetée.

9. Il n'entre pas dans l'office du juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner à CNR de régulariser la situation de la société Sud Engrais Distribution en mettant à sa disposition d'autres parcelles, nécessaires à la poursuite de son activité sur le site industrialo-portuaire d'Arles.

Sur les frais de procès :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner la société Sud Engrais Distribution à verser à la société CNR la somme de 1 000,00 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La demande présentée pour la société Sud Engrais Distribution, partie perdante, doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la société Sud Engrais Distribution, occupante sans droit ni titre la parcelle CN 236, de quitter, sans délai, à compter la notification de la présente ordonnance, cette parcelle, de retirer les boudins s'y trouvant et de remettre en état la parcelle. A défaut d'exécution de cette injonction, au plus tard le 16 février 2024, la CNR est autorisée à procéder à l'expulsion forcée des lieux et à la remise en état de la parcelle CN 236 aux frais et risques de la société Sud Engrais Distribution.

Article 2 : La société Sud Engrais Distribution versera à la société CNR une somme de 1 000,00 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions reconventionnelles et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la société Sud Engrais Distribution sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la Compagnie Nationale du Rhône et à la société Sud Engrais Distribution.

Fait à Marseille, le 19 février 2024.

La juge des référés,

signé

Muriel A

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

La greffière,

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