mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2400749 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MANIQUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 janvier 2024, Mme C A, représentée par Me Maniquet, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 23 janvier 2024 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé sa remise aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile et l'a assignée à résidence dans le département des Bouches-du-Rhône pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un dossier de demande d'asile, dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai, et lui délivrer durant cet examen une attestation de demande d'asile, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant transfert aux autorités italiennes :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;
- cette décision est insuffisamment motivée, et résulte d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été reçue en entretien individuel, en méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 29 juin 2013, et qu'elle n'a pas pu faire valoir ses observations, ni informer les services de la préfecture de son état de grossesse ;
- il n'est pas établi que les autorités italiennes aient été effectivement saisies ;
- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de base légale ;
- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions des articles 17.1 et 17.2 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article 6 du règlement (UE) n° 604/2013, compte tenu de sa situation familiale ;
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- l'illégalité de l'arrêté portant transfert aux autorités italiennes prive de base légale la décision portant assignation à résidence ;
- elle ne présente aucun risque de fuite.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Maniquet pour Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que les pièces produites par la préfecture des Bouches-du-Rhône ne permettent pas de s'assurer de la saisine effective des autorités italiennes dès lors que la pièce intitulée " requête " ne mentionne aucune date de saisine des autorités italiennes, et que la pièce intitulée " accord implicite " vise l'article 22-7 mais ne comporte pas davantage de date, et est hors délai alors que les autorités italiennes disposaient d'un délai d'un mois pour répondre ; qu'en l'absence d'accusé de réception issu du réseau Dublinet, ces pièces ne permettent pas s'assurer que les autorités italiennes ont bien été saisies ; que le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la situation de grossesse de Mme A, qui ne la connaissait pas lors de ses rendez-vous en préfecture, la place dans une situation du vulnérabilité qui ne pourra pas être pris en considération en Italie ;
- et celles de Mme A ;
- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante guinéenne née en 1999, Mme C A demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 23 janvier 2023 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de sa remise aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile, et l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il résulte des dispositions des articles 15 et 19 du règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 que la production de l'accusé de réception émis, dans le cadre du réseau Dublinet, par le point d'accès national de l'Etat requis lorsqu'il reçoit une demande présentée par les autorités françaises établit l'existence et la date de cette demande et permet, en conséquence, de déterminer le point de départ du délai de deux mois au terme duquel la demande de prise en charge est tenue pour implicitement acceptée. Pour autant, la production de cet accusé de réception ne constitue pas le seul moyen d'établir que les conditions mises à la reprise en charge du demandeur étaient effectivement remplies. Il appartient au juge administratif, lorsque l'accusé de réception n'est pas produit, de se prononcer au vu de l'ensemble des éléments qui ont été versés au débat contradictoire devant lui, par exemple du rapprochement des dates de consultation du fichier Eurodac et de saisine du point d'accès national français ou des éléments figurant dans une confirmation explicite par l'Etat requis de son acceptation implicite de reprise en charge.
4. Il ressort des termes de l'arrêté en litige, ainsi que du constat d'accord implicite établi par les autorités françaises qu'elles indiquent avoir saisi, le 20 septembre 2023, les autorités italiennes d'une demande de prise en charge de Mme A en application de l'article 13.1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 29 juin 2013. Pour justifier de cette saisine et de l'acceptation implicite de l'Italie, le préfet des Bouches-du-Rhône, qui justifie avoir consulté le fichier Eurodac le 5 septembre 2023, produit uniquement le formulaire de prise en charge de Mme A et l'imprimé complété par les autorités françaises et non daté constatant un accord implicite et confirmant la reconnaissance de la responsabilité de l'Italie. Toutefois, ces pièces ne suffisent pas à établir que le point d'accès national italien a effectivement reçu la demande de prise en charge de Mme A, ni que les autorités italiennes ont implicitement accepté cette reprise. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône ne justifie pas avoir effectivement saisi les autorités italiennes de cette demande de prise en charge doit être accueilli.
5. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 23 janvier 2024 portant remise aux autorités italiennes qu'elle conteste, ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté du même jour et pris sur son fondement, portant assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le préfet des Bouches-du-Rhône procède au réexamen de la demande d'asile de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une mesure d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Maniquet, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Maniquet de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les arrêtés du 23 janvier 2024 portant transfert de Mme A aux autorités italiennes et assignation à résidence sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Maniquet, avocate de Mme A, une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Maniquet et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
La magistrate désignée
Signé
A. B
Le greffier
Signé
T. Marcon
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026