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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2400786

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2400786

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2400786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCOLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Colin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 5 mai 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Colin en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision n'est pas motivée en l'absence de réponse à sa demande de communication des motifs ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'elle est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Delzangles.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante turque, est entrée sur le territoire sous couvert d'un visa long séjour. L'intéressée a été titulaire de cartes de séjour temporaire en qualité d'étudiante entre 2015 et 2019, puis au titre de la vie privée et familiale entre 2019 et 2022. Le 23 février 2023, Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Le 5 mai 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône lui a délivré une carte de séjour temporaire mention " étudiant ", remise à l'intéressée le 3 novembre 2023, rejetant ainsi implicitement sa demande de carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale ". Mme B demande au tribunal d'annuler la décision implicite du 5 mai 2023.

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration :

2. Il est constant que Mme B a adressé, le 23 février 2023, un courrier aux services de la préfecture des Bouches-du-Rhône demandant son changement de statut afin d'obtenir une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Le 5 mai 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a délivré à l'intéressée un titre de séjour mention " étudiant " et a ainsi implicitement rejeté la demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale, décision qui, contrairement à ce que fait valoir le préfet en défense, fait grief à la requérante. Par suite, le préfet n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est inexistante et que Mme B n'a pas d'intérêt à agir dans le cadre de la présente instance. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir présentée à ce titre doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqué ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a demandé, par un courrier du 22 novembre 2023, réceptionné le 28 novembre suivant par la préfecture des Bouches-du-Rhône, la communication des motifs de la décision en litige. Le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas répondu à cette demande dans le délai d'un mois qui lui était imparti par les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, ce qu'il ne conteste pas en défense. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 5 mai 2023 rejetant implicitement la demande de titre de séjour de Mme B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu et en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la demande présentée par Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Colin, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Léa Colin.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 5 mai 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la demande de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Colin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 1 200 euros à Me Léa Colin, avocate de Mme B, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Léa Colin et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

B. Delzangles

Le président,

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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