mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2400809 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CARMIER |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 26 et 29 janvier 2024 sous le n° 2400809, M. C A, représenté par Me Carmier, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet des Bar a décidé sa remise aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'examiner sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation d'enregistrement de cette demande ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que l'arrêté portant transfert aux autorités italiennes ait été pris par une autorité habilitée ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté méconnait les dispositions des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, faute pour l'intéressé d'avoir été assisté d'un interprète pendant l'entretien au titre de l'asile ;
- l'arrêté en litige méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il n'est pas établi que les autorités italiennes aient été valablement saisies d'une demande de reprise en charge, en méconnaissance des dispositions de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 26 janvier 2024 sous le n° 2400810, M. C A, représenté par Me Carmier, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que l'arrêté portant assignation à résidence ait été pris par une autorité habilitée ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté méconnaît le principe du contradictoire et le droit d'être entendu, protégé par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'illégalité de l'arrêté portant remise aux autorités italiennes, qui méconnaît les articles 4, 5, 17 et 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, entache d'illégalité l'arrêté portant assignation à résidence ;
- l'arrêté en litige méconnait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur de droit, dès lors que son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable ;
- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, présente un caractère disproportionné du fait de son imprécision et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Vu les arrêtés attaqués et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, la magistrate désignée a présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2400809 et n° 2400810 présentées pour M. A, concernent la situation d'une même personne. Dès lors que l'arrêté portant assignation à résidence de l'intéressé a pour effet de modifier les délais de jugement à l'encontre de la décision portant remise aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile, il y a lieu de joindre ces deux requêtes pour statuer par un seul jugement.
2. Ressortissant guinéen né le 15 février 2005, M. A demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 25 janvier 2024 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de sa remise aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête n° 2400809 de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus. En revanche, compte tenu de la portée de l'assignation à résidence contestée dans la requête n° 2400810, destinée à permettre l'exécution de la décision de remise, les deux demandes d'aide juridictionnelle à titre provisoire doivent être considérées comme se rapportant à une seule affaire au sens de la loi du 10 juillet 1991, justifiant l'attribution d'une seule aide juridictionnelle. Par suite, la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire dans l'instance n° 2400810 doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Il résulte des dispositions des articles 15 et 19 du règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 que la production de l'accusé de réception émis, dans le cadre du réseau Dublinet, par le point d'accès national de l'Etat requis lorsqu'il reçoit une demande présentée par les autorités françaises établit l'existence et la date de cette demande et permet, en conséquence, de déterminer le point de départ du délai de deux mois au terme duquel la demande de prise en charge est tenue pour implicitement acceptée. Pour autant, la production de cet accusé de réception ne constitue pas le seul moyen d'établir que les conditions mises à la reprise en charge du demandeur étaient effectivement remplies. Il appartient au juge administratif, lorsque l'accusé de réception n'est pas produit, de se prononcer au vu de l'ensemble des éléments qui ont été versés au débat contradictoire devant lui, par exemple du rapprochement des dates de consultation du fichier Eurodac et de saisine du point d'accès national français ou des éléments figurant dans une confirmation explicite par l'Etat requis de son acceptation implicite de reprise en charge.
5. Il ressort des termes de l'arrêté en litige, ainsi que du constat d'accord implicite établi par les autorités françaises qu'elles indiquent avoir saisi les autorités italiennes d'une demande de prise en charge de M. A en application des articles 13.2 et 22.7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 29 juin 2013. Pour justifier de cette saisine et de l'acceptation implicite de l'Italie, le préfet des Bouches-du-Rhône, qui justifie avoir consulté le fichier Eurodac le 18 septembre 2023, produit uniquement le formulaire de prise en charge de M. A et l'imprimé complété par les autorités françaises et non daté constatant un accord implicite et confirmant la reconnaissance de la responsabilité de l'Italie. Toutefois, ces pièces ne suffisent pas à établir que le point d'accès national italien a effectivement reçu la demande de prise en charge de M. A, ni que les autorités italiennes ont implicitement accepté cette reprise. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône ne justifie pas avoir effectivement saisi les autorités italiennes de cette demande de prise en charge doit être accueilli.
6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2024 portant remise aux autorités italiennes qu'il conteste, ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté du même jour et pris sur son fondement, portant assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le préfet des Bouches-du-Rhône procède au réexamen de la demande d'asile de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une mesure d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Carmier, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Carmier de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire dans l'instance n° 2400809.
Article 2 : Les arrêtés du 25 janvier 2024 portant transfert de M. A aux autorités italiennes et assignation à résidence sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Carmier, avocat de M. A, une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2400809 et 2400910 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Carmier et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
La magistrate désignée
Signé
A. B
Le greffier
Signé
T. Marcon
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier
2 ; 2400810
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026