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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2401071

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2401071

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2401071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBRUGGIAMOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 février et 6 février 2024, M. A B, représenté par Me Bruggiamosca demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la communication de l'ensemble des documents sur lesquels le préfet a fondé sa décision ;

3°) d'annuler les arrêtés du 2 février 2024 par lesquels le préfet des Hautes-Alpes lui a d'une part fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de cinq ans, et d'autre part l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes d'effacer sur le fichier SIS les données le concernant, de prendre des mesures tendant à la restitution de son passeport, de réexaminer sa situation et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, son conseil s'engageant, dans ce cas, à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de l'acte n'est pas compétent ;

- il est insuffisamment motivé, comporte des erreurs sur la matérialité des faits et révèle un défaut d'examen complet de sa situation ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il procède d'une erreur manifeste d'appréciation sur la menace à l'ordre public qu'il représente.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- l'auteur de l'acte n'est pas compétent ;

- la décision est motivée de façon stéréotypée, elle comporte des erreurs sur la matérialité des faits ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation sur le risque de fuite.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- l'auteur de l'acte n'est pas compétent ;

- la décision est motivée de façon stéréotypée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire national :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- l'auteur de l'acte n'est pas compétent ;

- la décision est motivée de façon stéréotypée ce qui révèle un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnait les article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est illégal du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- l'auteur de l'acte n'est pas compétent ;

- l'arrêté est motivée de façon stéréotypée, comporte des erreurs sur la matérialité des faits et révèle un défaut d'examen complet de sa situation ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2024, le préfet des

Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Secchi pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 février 2024 à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de M. Secchi, magistrat désigné,

- les observations de Me Bruggiamosca, pour M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet des Hautes-Alpes n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est un ressortissant algérien né le 19 décembre 1992. Par un arrêté du 2 février 2024, le préfet des Hautes-Alpes a prononcé à son encontre, d'une part, une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de cinq ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de communication de l'entier dossier préfectoral :

4. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication du dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B réside en France depuis plusieurs années et qu'il est le père d'un enfant français âgé de deux ans et demi à la date de la décision attaquée. Alors que le couple est séparé, l'exercice de l'autorité parentale est encadré par une ordonnance du juge aux affaires familiales du 18 avril 2023. Contrairement à ce qui est soutenu par le représentant de l'Etat, M. B démontre par les multiples pièces et témoignages qu'il verse aux débats entretenir une véritable relation paternelle avec son enfant, outre le fait qu'il contribue indubitablement à son entretien et à son éducation, nonobstant par ailleurs le fait qu'il ait déjà bénéficié par le passé d'un certificat de résidence à cette fin. Pour ces seules raisons, et alors que la plainte dont il a fait l'objet de la part de son ex-compagne qui constituait l'essentiel du motif de trouble à l'ordre public retenu par le préfet des Hautes-Alpes dans les dédisions en litige a été classée sans suite, M. B est fondé à soutenir que les décisions en litige méconnaissent l'intérêt supérieur de l'enfant.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 2 février 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et prononcé une interdiction de retour sur le territoire national doit être annulé dans toutes ses dispositions ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté du même jour l'assignant à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

9. Le présent jugement annulant l'obligation faite à l'intéressé de quitter le territoire français implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet réexamine la situation administrative de

M. B et lui délivre sans délai une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".

11. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. B implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

12. Il y a lieu, en dernier lieu, d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes d'ordonner la restitution du passeport de M. B.

Sur les frais liés au litige :

13. M. B est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bruggiamosca, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bruggiamosca d'une somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 2 février 2024 portant obligation de quitter le territoire est annulé.

Article 3 : L'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 2 février 2024 portant assignation à résidence est annulé.

Article 4 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Alpes de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.

Article 5 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Alpes de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen.

Article 6 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Alpes d'ordonner la restitution du passeport de M. B.

Article 7 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Bruggiamosca renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Claire Bruggiamosca, avocate de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Bruggiamosca et au préfet des Hautes-Alpes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

L. Secchi

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour une expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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