jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2401176 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL DRAI ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré, enregistré le 6 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le maire de Saint-Martin-de-Crau a nommé par voie de mutation M. B en qualité de technicien à temps complet à compter du 1er octobre 2023.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté n'a pas été précédé d'une publication de vacance d'emploi ;
- la mutation de l'intéressé intervenue à une date où il bénéficiait d'une nomination par contrat prenant effet à la même date caractérise un cumul illégal d'emplois ;
- l'arrêté contesté est entaché d'une rétroactivité illégale ;
- il existe une inadéquation entre le grade de l'intéressé et l'emploi occupé ;
- l'arrêté en litige présente le caractère d'une nomination pour ordre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées les 24 et 30 avril 2024 M. C B conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le préfet ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, la commune de Saint-Martin-de-Crau, représentée par Me Drai, conclut au rejet de la requête du préfet des Bouches-du-Rhône et à ce que le tribunal mette à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le déféré a été déposé tardivement et est dès lors irrecevable ;
- les moyens invoqués par le préfet ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en application des articles R. 613-1 et R. 613-3 du code de justice administrative, au 8 juillet 2024.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n°87-1099 du 30 décembre 1987 ;
- le décret n°2010-1357 du 9 novembre 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,
- les conclusions de Mme Pilidjian, rapporteure publique,
- les observations de M. A représentant le préfet des Bouches-du-Rhône et celles de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux délibérations n°91/23 et n°92/23 du 5 septembre 2023, le conseil municipal de Saint-Martin-de-Crau a autorisé le recrutement par voie de contrat à durée déterminée d'un attaché territorial et d'un ingénieur principal. Par recours gracieux du 27 septembre 2023, le préfet a contesté ces deux délibérations ouvrant des postes d'attaché et d'ingénieur contractuels. Le 29 septembre 2023, le maire de la commune de Saint-Martin-de-Crau a recruté M. C B, technicien territorial de la commune d'Arles en disponibilité, par contrat d'une durée de trois ans à compter du 1er octobre 2023 pour exercer les fonctions de chargé de mission sur le poste d'attaché créé par la délibération n° 92/23. En réponse à une demande d'éléments complémentaires formée par les services préfectoraux au titre du contrôle de légalité, le maire de Saint-Martin-de-Crau a informé ceux-ci qu'il n'utiliserait pas les délibérations ayant fait l'objet du recours gracieux, et leur a transmis notamment un arrêté daté du 29 septembre 2023, nommant M. B par voie de mutation en qualité de technicien territorial à compter du 1er octobre 2023. Par arrêté du 28 novembre 2023, le maire a annulé le contrat précédemment conclu avec M.B. Par le présent déféré, le préfet des Bouches-du-Rhône demande l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le maire de Saint-Martin-de-Crau a nommé par voie de mutation M. B en qualité de technicien à compter du 1er octobre 2023.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage () ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement () ". Aux termes de l'article L. 2131-6 du même code : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. () ".
3. Lorsque la transmission de l'acte d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public relevant des dispositions des articles L. 2131-1, L. 2131-6 et L. 2131-12 du code général des collectivités territoriales au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement ne comporte pas le texte intégral de cet acte ou n'est pas accompagnée des documents annexes nécessaires pour mettre le préfet à même d'en apprécier la portée et la légalité, il appartient au représentant de l'Etat de demander à l'exécutif de la collectivité ou de l'établissement public dont l'acte est en cause, dans le délai de deux mois suivant sa réception, de compléter cette transmission. Dans ce cas, le délai de deux mois impartis au préfet pour déférer l'acte au tribunal administratif court à compter soit de la réception du texte intégral de l'acte ou des documents annexes réclamés, soit de la décision, explicite ou implicite, par laquelle l'exécutif refuse de compléter la transmission initiale.
4. En l'espèce, l'arrêté en litige du 29 septembre 2023 a été reçu par la préfecture des Bouches-du-Rhône le 20 octobre 2023. Dès lors, il n'est pas contesté que la demande de transmission de documents complémentaires intervenue par courrier du 20 novembre 2023, a été reçue par la commune dans le délai de recours contentieux dont le préfet disposait à l'encontre de cet arrêté. Contrairement à ce que soutient la commune de Saint-Martin-de-Crau, ces pièces étaient nécessaires au préfet pour apprécier la portée et la légalité de l'arrêté attaqué dès lors, notamment, qu'elles étaient relatives à la fiche du poste occupé par l'intéressé et à la déclaration de la vacance d'emploi auprès du centre de gestion. Le courrier de réponse, adressé par le maire de la commune, qui comportait les documents sollicités par le préfet des Bouches-du-Rhône, a été réceptionné le 24 janvier 2024. Par suite, le déféré à fin d'annulation enregistré le 6 février 2024 n'était pas tardif, et la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Saint-Martin-de-Crau doit donc être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-4 du code général de la fonction publique : " L'autorité territoriale informe le centre de gestion de la fonction publique territoriale compétent de la création ou de la vacance de tout emploi permanent. Selon le cas, le centre de gestion ou le centre national de la fonction publique territoriale assure la publicité de cette création ou de cette vacance dans l'espace numérique commun mentionné à l'article L. 311-2, à l'exception de celles concernant les emplois susceptibles d'être pourvus exclusivement par voie d'avancement de grade. Les vacances d'emploi précisent le motif de la vacance et comportent une description du poste à pourvoir. ". Aux termes de l'article L. 452-36 du même code : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article L. 452-1 sont tenus de communiquer au centre de gestion dans le ressort duquel ils se trouvent : / 1° Les créations et vacances d'emplois, à peine d'illégalité des nominations ; / () ".
6. Ces dispositions subordonnent tout recrutement effectué par une collectivité territoriale et destiné à pourvoir un emploi vacant ou nouvellement créé, à l'accomplissement de mesures de publicité.
7. Il ressort des pièces du dossier qu'un premier avis de vacance d'emploi a été publié le 29 août 2023 pour le recrutement par voie contractuelle d'un chargé de mission au grade d'attaché territorial. Si la candidature de M. B avait été retenue pour ce poste, il a été finalement nommé, ainsi qu'il a été exposé au point 1, dans un poste au grade de technicien par voie de mutation, par l'arrêté contesté du 29 septembre 2023. Or, l'avis de vacance pour cet emploi n'a quant à lui été publié que le 5 octobre 2023, postérieurement à sa nomination. Par suite, la procédure de recrutement de M. B sur ce poste est entachée d'un vice, qui en l'espèce a privé les candidats intéressés de la garantie tenant à l'égal accès aux emplois publics. Par voie de conséquence, il entache l'acte attaqué d'illégalité.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 411-5 du code général de la fonction publique : " Le grade est distinct de l'emploi. Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui corresponde ". Aux termes de l'article 1er du décret du 9 novembre 2010 portant statut particulier du cadre d'emplois des techniciens territoriaux : " Les techniciens territoriaux constituent un cadre d'emplois technique de catégorie B au sens de l'article 5 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée () ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " I. ' Les membres du cadre d'emplois des techniciens territoriaux sont chargés, sous l'autorité d'un supérieur hiérarchique, de la conduite des chantiers. Ils assurent l'encadrement des équipes et contrôlent les travaux confiés aux entreprises. Ils participent à la mise en œuvre de la comptabilité analytique et du contrôle de gestion. Ils peuvent instruire des affaires touchant l'urbanisme, l'aménagement, l'entretien et la conservation du domaine de la collectivité. Ils participent également à la mise en œuvre des actions liées à la préservation de l'environnement. Ils assurent le contrôle de l'entretien et du fonctionnement des ouvrages ainsi que la surveillance des travaux d'équipements, de réparation et d'entretien des installations mécaniques, électriques, électroniques ou hydrauliques. Ils peuvent aussi assurer la surveillance du domaine public. A cet effet, ils peuvent être assermentés pour constater les contraventions. Ils peuvent participer à des missions d'enseignement et de formation professionnelle () ".
9. En application de ces dispositions, figure au nombre des garanties fondamentales reconnues aux fonctionnaires, le droit d'être affecté à un emploi pour exercer les missions afférentes au grade que le fonctionnaire détient dans son corps.
10. Il ressort de la fiche de poste de M. B correspondant à l'emploi de chargé de mission sur lequel il a été affecté que les missions qui lui sont attribuées consistent, en tant que collaborateur direct de la directrice générale des services, à participer à la définition, à la mise en œuvre et au pilotage du projet municipal dans les domaines de la cohérence du développement de la ville, du commerce, de l'économie, de l'artisanat, de l'aménagement, de l'urbanisme et des services techniques, de la politique de la ville et de la sécurité. Il est également chargé d'être le relais de la directrice générale des services pour le cabinet du maire, les services et les élus. Ces missions relèvent, par leur nature et leur technicité, non du cadre d'emploi de catégorie B des techniciens territoriaux mais du cadre d'emploi de catégorie A des attachés territoriaux régi par les dispositions portant statut particulier du décret du 30 décembre 1987. Par suite, le préfet est fondé à soutenir que la décision contestée est illégale dès lors qu'elle contrevient au principe de l'adéquation entre les fonctions et le cadre d'emplois statutaire auquel appartient l'agent recruté.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens du déféré, que l'arrêté du 29 septembre 2023 attaqué doit être annulé.
Sur les frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Saint-Martin-de-Crau sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Saint-Martin-de-Crau du 29 septembre 2023 est annulé.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Martin-de-Crau sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet des Bouches-du-Rhône, à la commune de Saint-Martin-de-Crau et à M. C B.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Le Mestric, première conseillère,
Mme Fabre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
F. Le Mestric
La présidente,
signé
M-L. Hameline La greffière
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026