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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2401184

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2401184

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2401184
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL DRAI ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 554-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté 29 septembre 2023 par lequel le maire de Saint-Martin-de-Crau a nommé par voie de mutation M. C B à la mairie de de Saint-Martin-de-Crau, en qualité de technicien à temps complet, à compter du 1er octobre 2023.

Il soutient que :

- les moyens invoqués à l'appui de son déféré sont sérieux en ce que :

- l'arrêté contesté n'a pas été précédé d'une publication de vacance d'emploi ;

- la mutation de l'intéressé intervenue à une date où il bénéficiait d'une nomination par contrat prenant effet à la même date caractérise un cumul illégal d'emplois ;

- l'arrêté attaqué qui a été transmis au contrôle de légalité après son commencement d'exécution est entaché d'une rétroactivité illégale ;

- il existe une inadéquation entre le grade de l'intéressé et l'emploi occupé ;

- l'arrêté en litige présente le caractère d'une nomination pour ordre.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2024, la commune de Saint-Martin- de-Crau, représentée par Me Margaroli, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête au fond étant tardive et par suite irrecevable, le référé suspension devra être rejeté ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté.

La procédure a été régulièrement communiquée à M. C B, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le déféré n° 2401184 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône demande l'annulation de l'arrêté en litige.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n°2010-1357 du 9 novembre 2010 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sarac-Deleigne pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 20 février à 15h00 en présence de Mme Marquet, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Sarac-Deleigne, juge des référés ;

- les observations de M. A représentant le préfet des Bouches-du-Rhône, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et réitère les moyens invoqués contre l'arrêté en litige

- et les observations de Me Bail, représentant la commune de Saint-Martin-de-Crau, qui reprend les conclusions et moyens de son mémoire en défense en les développant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Les demandes de suspension assortissant les requêtes du représentant de l'Etat dirigées contre les actes des communes sont régies par le 3ème alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales ci-après reproduit : / " Art. L.2131-6, alinéa 3.- Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois ".

2. Par une délibération n°88/23 du 5 septembre 2023, le conseil municipal de Saint-Martin-de Crau a ouvert au tableau des effectifs un poste d'ingénieur principal territorial et un poste d'attaché territorial à temps complet. Par une délibération n°91/23 du même jour, le conseil municipal a autorisé le recrutement, par voie de contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans, d'un attaché territorial en vue d'occuper à temps complet le poste de directeur adjoint des services techniques relevant de la catégorie hiérarchique A. M. C B, technicien territorial de la ville d'Arles en disponibilité, a été recruté par un contrat, à temps complet, pour une durée de trois ans à compter du 1er octobre 2023 pour exercer les fonctions de chargé de mission. En réponse à la demande de transmission de documents annexes nécessaires à l'appréciation de la portée et de la légalité de ces actes, par un courriel du 18 octobre 2023, la commune de Saint-Martin-de-Crau a informé le préfet des Bouches-du-Rhône de " la non utilisation des délibérations " ayant fait l'objet du recours gracieux et du recrutement de M. B par voie de mutation en qualité de technicien territorial. Le contrat à durée déterminée de M. B a été annulé par un arrêté du maire du 28 novembre 2023. Le préfet des Bouches-du-Rhône demande la suspension de l'exécution de l'arrêté 29 septembre 2023 par lequel le maire de Saint-Martin-de-Crau a nommé par voie de mutation M. B à la mairie de Saint-Martin-de-Crau, en qualité de technicien à temps complet, à compter du 1er octobre 2023.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. Aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage () ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement () ". Aux termes de l'article L. 2131-6 du même code : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. () ".

4. Lorsque la transmission de l'acte d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public relevant des dispositions des articles L. 2131-1, L. 2131-6 et L. 2131-12 du code général des collectivités territoriales au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement ne comporte pas le texte intégral de cet acte ou n'est pas accompagnée des documents annexes nécessaires pour mettre le préfet à même d'en apprécier la portée et la légalité, il appartient au représentant de l'Etat de demander à l'exécutif de la collectivité ou de l'établissement public dont l'acte est en cause, dans le délai de deux mois suivant sa réception, de compléter cette transmission. Dans ce cas, le délai de deux mois imparti au préfet pour déférer l'acte au tribunal administratif court à compter soit de la réception du texte intégral de l'acte ou des documents annexes réclamés, soit de la décision, explicite ou implicite, par laquelle l'exécutif refuse de compléter la transmission initiale.

5. En l'espèce, l'arrêté en litige du 29 septembre 2023 a été reçu par la préfecture des Bouches-du-Rhône le 20 octobre 2023. Dès lors, il n'est pas contesté que la demande de transmission de documents complémentaires intervenue par courrier du 20 novembre 2023, a été reçue par la commune dans le délai de recours contentieux dont le préfet disposait à l'encontre de cet arrêté. Contrairement à ce que soutient la commune de Saint-Martin-de-Crau, ces pièces étaient nécessaires au préfet pour apprécier la portée et la légalité de l'arrêté attaqué dès lors, notamment, qu'elles étaient relatives à la fiche du poste occupé par l'intéressé et à la déclaration de la vacance d'emploi auprès du centre de gestion. Le courrier de réponse, adressé par le maire de la commune, qui comportait les documents sollicités par le préfet des Bouches-du-Rhône, a été réceptionné le 24 janvier 2024. Par suite, le déféré à fin d'annulation enregistré le 6 février 2024 n'était donc pas tardif et la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Saint-Martin-de-Crau doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin de suspension :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 313-4 du code général de la fonction publique : " L'autorité territoriale informe le centre de gestion de la fonction publique territoriale compétent de la création ou de la vacance de tout emploi permanent. Selon le cas, le centre de gestion ou le centre national de la fonction publique territoriale assure la publicité de cette création ou de cette vacance dans l'espace numérique commun mentionné à l'article L. 311-2, à l'exception de celles concernant les emplois susceptibles d'être pourvus exclusivement par voie d'avancement de grade. Les vacances d'emploi précisent le motif de la vacance et comportent une description du poste à pourvoir. ". Aux termes de l'article L. 452-36 du même code : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article L. 452-1 sont tenus de communiquer au centre de gestion dans le ressort duquel ils se trouvent : / 1° Les créations et vacances d'emplois, à peine d'illégalité des nominations ; / () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 411-5 du code général de la fonction publique : " Le grade est distinct de l'emploi. Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui corresponde. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 9 novembre 2010 portant statut particulier du cadre d'emplois des techniciens territoriaux : " Les techniciens territoriaux constituent un cadre d'emplois technique de catégorie B au sens de l'article 5 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée () ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " I. ' Les membres du cadre d'emplois des techniciens territoriaux sont chargés, sous l'autorité d'un supérieur hiérarchique, de la conduite des chantiers. Ils assurent l'encadrement des équipes et contrôlent les travaux confiés aux entreprises. Ils participent à la mise en œuvre de la comptabilité analytique et du contrôle de gestion. Ils peuvent instruire des affaires touchant l'urbanisme, l'aménagement, l'entretien et la conservation du domaine de la collectivité. Ils participent également à la mise en œuvre des actions liées à la préservation de l'environnement. Ils assurent le contrôle de l'entretien et du fonctionnement des ouvrages ainsi que la surveillance des travaux d'équipements, de réparation et d'entretien des installations mécaniques, électriques, électroniques ou hydrauliques. Ils peuvent aussi assurer la surveillance du domaine public. A cet effet, ils peuvent être assermentés pour constater les contraventions. Ils peuvent participer à des missions d'enseignement et de formation professionnelle () ". En application de ces dispositions, figure au nombre des garanties fondamentales reconnues aux fonctionnaires, le droit d'être affecté à un emploi pour exercer les missions afférentes au grade, que le fonctionnaire détient dans son corps.

8. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la fiche de poste de M. B correspondant à l'emploi de chargé de mission sur lequel il a été affecté au grade de technicien relevant de la catégorie B, que les missions qui lui sont attribuées consistent en tant que collaborateur direct de la directrice générale des services à participer à la définition, à la mise en œuvre et au pilotage du projet municipal dans les domaines de la cohérence du développement de la ville, du commerce, de l'économie, de l'artisanat, de l'aménagement, de l'urbanisme et des services techniques, de la politique de la ville et de la sécurité. Il est également chargé d'être le relais de la directrice générale des services pour le cabinet du maire, les services et les élus.

9. Il ressort également des pièces du dossier qu'à la suite de la publication de la vacance d'emploi du 29 août 2023 pour le recrutement par voie contractuel d'un chargé de mission au grade d'attaché territorial relevant de la catégorie A, la candidature de M. B a été retenue mais qu'il a été finalement nommé dans le poste au grade de technicien par voie de mutation par arrêté du 29 septembre 2023. Il n'est pas contesté que M. B, titulaire du grade de technicien, ne répondait pas au grade figurant dans cet avis de vacance, lequel mentionnait le grade d'attaché. Si un nouvel avis, mentionnant le grade de technicien a été publié pour ce même emploi le 5 octobre 2023, cette publication est intervenue postérieurement à la nomination de M. B.

10. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'irrégularité de la nomination de M. B au regard des mesures de publicité prévues par l'article L. 313-4 code général de la fonction publique et de ce qu'il a été affecté sur un emploi ne correspondant pas à son grade, paraissent, en l'état de l'instruction, propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

11. Il résulte de ce qui précède que le préfet des Bouches-du-Rhône est fondé à demander, en application des dispositions de L. 554-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le maire de Saint-Martin- de-Crau a nommé par voie de mutation M. B à la mairie de de Saint-Martin-de-Crau, en qualité de technicien à temps complet, à compter du 1er octobre 2023.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la commune de Saint-Martin-de-Crau dirigées contre l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 29 septembre 2023 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Martin-de-Crau présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet des Bouches-du-Rhône, à la commune de Saint-Martin-de-Crau à M. C B.

Fait à Marseille, le 27 février 2024.

La juge des référés,

signé

B. Sarac-Deleigne

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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