jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2401194 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BORIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 6, 26 et 27 février 2024, Mme A F, Mme C D, Mme K H, M. B E et M. G J, représentés par Me Borie Belcour, demandent au juge des référés, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 23 février 2024 du préfet délégué pour l'égalité des chances des Bouches-du-Rhône en tant que cet arrêté les met en demeure de quitter le logement du 2ème étage situé 13 Cours Joseph Thierry à Marseille (13001) dans un délai de 10 jours à compter de sa notification et de sa publicité ;
3°) d'enjoindre, à titre principal, à l'AARPI Rivière Avocat et à la société Brimilec de poursuivre la procédure intentée devant le juge des contentieux et de la protection du tribunal judiciaire de Marseille et, à titre subsidiaire, au préfet des Bouches-du-Rhône d'évaluer les places d'hébergement ou de logement disponibles en vue de les accueillir préalablement à une expulsion domiciliaire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, au profit de Me Borie Belcour, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie, dès lors que leur remise à la rue serait irréversible et crée une situation urgente ;
- la condition tenant à l'existence de moyens propres à créer, en l'état de l'instruction un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est également remplie, dès lors que cette décision est intervenue sans prise en considération de la situation personnelle et familiale des occupants, le diagnostic social établi par Soliha étant téléologique et incomplet, et sans évaluation des possibilités d'hébergement ou de relogement, qu'elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait, que la qualité à agir du représentant de la société Brimilec et de l'AARPI Rivière n'est pas établie, qu'il n'est pas prouvé que des travaux de rénovation doivent être entrepris, qu'il n'est pas démontré qu'eux-mêmes auraient commis un acte d'effraction qui leur serait imputable et serait constitutif de manœuvres ou de voies de fait et que la décision est également entachée d'un détournement de procédure.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension de l'arrêté du 23 janvier 2024, qui a été retiré ;
- concernant la décision du 23 février 2024, la condition de l'urgence n'est pas remplie et il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
Par un mémoire en intervention volontaire, enregistré le 27 février 2024, la société Brimilec, représentée par Me Rivière et Me Capozzoli, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants d'une somme globale de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- son intervention est recevable ;
- la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle doit être rejetée en l'absence de preuve de dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle ;
- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie ;
- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
Vu :
- la requête au fond enregistrée sous le numéro 2400835 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Jorda-Lecroq, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 28 février 2024 à 10 heures en présence de Mme Boyé, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Jorda-Lecroq, qui a, en outre, communiqué aux parties le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à une personne privée non chargée d'une mission de service public afin qu'elle poursuive une action devant le juge judiciaire concernant un litige l'opposant à une autre personne privée ;
- les observations de Me Borie Belcour, représentant les requérants, qui a repris les conclusions et moyens de la requête ;
- les observations de M. I, pour le préfet des Bouches-du-Rhône, qui reprend ses écritures en défense et ajoute qu'il n'est aucunement justifié de l'identité des requérants et de leur capacité à agir en justice ;
- les observations de Me Capozzoli, représentant la société Brimilec, qui a repris ses écritures en intervention volontaire en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'intervention de la société Brimilec :
1. En sa qualité de propriétaire du bien concerné, la société Brimilec justifie d'un intérêt à intervenir dans la présente instance. Par suite, son intervention est recevable.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Aux termes de l'article 38 de la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007, dans sa rédaction résultant de l'article 5 de la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 publiée au journal officiel de la République française du 28 juillet 2023 - et non dans sa version dite " consolidée " disponible sur le site " Légifrance " laquelle version a de manière erronée placé la virgule figurant après le mot " principale " à la suite du mot " d'habitation " - : " En cas d'introduction et de maintien dans le domicile d'autrui, qu'il s'agisse ou non de sa résidence principale, ou dans un local à usage d'habitation à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou de contrainte, la personne dont le domicile est ainsi occupé, toute personne agissant dans l'intérêt et pour le compte de celle-ci ou le propriétaire du local occupé peut demander au représentant de l'Etat dans le département de mettre en demeure l'occupant de quitter les lieux, après avoir déposé plainte, fait la preuve que le logement constitue son domicile ou sa propriété et fait constater l'occupation illicite par un officier de police judiciaire, par le maire ou par un commissaire de justice. / Lorsque le propriétaire ne peut apporter la preuve de son droit en raison de l'occupation, le représentant de l'Etat dans le département sollicite, dans un délai de soixante-douze heures, l'administration fiscale pour établir ce droit. / La décision de mise en demeure est prise, après considération de la situation personnelle et familiale de l'occupant, par le représentant de l'Etat dans le département dans un délai de quarante-huit heures à compter de la réception de la demande. Seule la méconnaissance des conditions prévues au premier alinéa ou l'existence d'un motif impérieux d'intérêt général peuvent amener le représentant de l'Etat dans le département à ne pas engager la mise en demeure. En cas de refus, les motifs de la décision sont, le cas échéant, communiqués sans délai au demandeur. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Lorsque le local occupé ne constitue pas le domicile du demandeur, ce délai est porté à sept jours et l'introduction d'une requête en référé sur le fondement des articles L. 521-1 à L. 521-3 du code de justice administrative suspend l'exécution de la décision du représentant de l'Etat. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée à l'auteur de la demande. / Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effet dans le délai fixé, le représentant de l'Etat dans le département doit procéder sans délai à l'évacuation forcée du logement, sauf opposition de l'auteur de la demande dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure ".
4. Il résulte notamment des dispositions de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007, dans sa rédaction applicable au présent litige, éclairées par les travaux parlementaires de la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, que le préfet peut mettre en demeure un occupant de quitter des locaux dans lesquels il s'est introduit ou maintenu à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou de contrainte lorsque ces locaux sont à usage d'habitation, sans distinguer s'ils sont effectivement occupés au moment des faits ou s'ils sont momentanément vides de tout habitant.
5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par Mme F L, tels qu'énoncés dans les visas de la présente ordonnance, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 23 février 2024 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône les met en demeure de quitter le logement du 2ème étage situé 13 Cours Joseph Thierry à Marseille (13001) dans un délai de 10 jours à compter de sa notification et de sa publicité.
6. En outre, les requérants se maintiennent sans droit ni titre dans le logement en cause depuis plus de quatre mois, n'établissent pas qu'ils seraient dépourvus de solutions de relogement ou d'hébergement, et ce, alors qu'ils indiquent eux-mêmes, au demeurant, n'avoir formé aucune demande de logement de quelque nature que ce soit, ne font état d'aucune charge familiale et ne versent au dossier aucun élément permettant de considérer que l'un ou plusieurs d'entre eux se trouveraient dans une situation de vulnérabilité particulière, sociale ou médicale. Ils doivent être regardés comme ayant, par leur comportement, contribué pour partie à la situation dont ils se plaignent, et ne démontrent pas la matérialité des allégations présentées au titre de l'urgence laquelle, dans les circonstances de l'espèce, ne peut donc être considérée comme établie.
7. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet en défense au cours de l'audience, ni d'ailleurs sur l'exception de non-lieu à statuer invoquée dans le mémoire produit par celui-ci, les conclusions de Mme F L tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 23 février 2024 les mettant en demeure de quitter le logement du 2ème étage situé 13 Cours Joseph Thierry à Marseille (13001) dans un délai de 10 jours à compter de sa notification et de sa publicité doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, et en tout état de cause, leurs conclusions à fin d'injonction. En l'absence d'urgence, leurs conclusions tendant à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire doivent également être rejetées, par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Enfin, leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la même loi du 10 juillet 1991 doivent aussi être rejetées. Il n'y a par ailleurs pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme que demande la société Brimilec au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'intervention de la société Brimilec est admise.
Article 2 : La requête de Mme F L est rejetée.
Article 3 : Les conclusions de la société Brimilec présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A F, première dénommée, au préfet des Bouches-du-Rhône et à la société Brimilec.
Copie en sera adressée à Me Borie-Belcour.
Fait à Marseille, le 29 février 2024.
La juge des référés,
Signé
K. Jorda-Lecroq
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef
La greffière.
N°24011941
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026