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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2401390

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2401390

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2401390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSOGLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 février 2024, et un mémoire enregistré le 24 mai 2024, M. E B, ayant pour avocat Me Soglo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 26 janvier 2024 portant refus d'admission au séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de 30 jours et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) mettre à charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'insuffisante motivation ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet ne pouvait procéder à son expulsion sans méconnaître les dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie être membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Brossier,

- les observations de Me Soglo pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, de nationalité sénégalaise, né le 16 septembre 1987, qui déclare être entré en France pour la première fois le 1er janvier 2013 dans des circonstances indéterminées, a sollicité le 3 juillet 2023 son admission au séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne. Par un arrêté du 26 janvier 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de 30 jours et fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signée par M. A F, adjoint au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté règlementaire du préfet des Bouches-du-Rhône du 6 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Il s'ensuit que le vice de compétence soulevé doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de la lecture même de l'arrêté attaqué, d'une part, qu'il vise les textes utiles sur lesquels il se fonde, notamment les articles L. 233-1 à L. 233-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'autre part, qu'il comporte des motifs de fait non stéréotypés, incluant notamment la date de naissance de M. B et la date de son entrée sur le territoire français. Le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l'intéressé, la décision attaquée portant refus de séjour, qui ne révèle aucun défaut d'examen, est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait, au regard des exigences des articles L. 211-2 à L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'ayant pas à faire l'objet d'une motivation distincte.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entre et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

5. M. B soutient que la procédure serait entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour compte tenu de sa résidence habituelle en France depuis plus de 10 ans. Il ressort toutefois des pièces versées au dossier que M. B, s'il est entré pour la première fois sur le territoire le 1er janvier 2013, n'établit aucune présence en France avant l'année 2015. Par suite, le requérant ne peut justifier de ce qu'il réside en France habituellement depuis plus de 10 ans à la date de l'arrêté attaqué.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". Aux termes de l'article L. 233-2 de ce code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois () ". Selon l'article L. 200-4 du même code : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : / 1° Conjoint du citoyen de l'Union européenne () ".

7. D'une part, il résulte de ces dispositions que le ressortissant d'un Etat tiers ne dispose d'un droit au séjour en France en qualité de conjoint d'un citoyen de l'Union européenne que dans la mesure où son conjoint remplit lui-même les conditions, alternatives et non cumulatives, fixées au 1° ou au 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. D'autre part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la condition relative à l'exercice d'une activité professionnelle en France doit être regardée comme satisfaite si cette activité est réelle et effective, à l'exclusion des activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires. La relation de travail est caractérisée par la circonstance qu'une personne accomplit pendant un certain temps, en faveur d'une autre et sous la direction de celle-ci, des prestations en contrepartie desquelles elle touche une rémunération. Ni la nature juridique particulière de la relation d'emploi au regard du droit national, ni la productivité plus ou moins élevée de l'intéressé, ni l'origine des ressources pour la rémunération, ni encore le niveau limité de cette dernière ne peuvent avoir de conséquences quelconques sur la qualité de travailleur.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant sénégalais, vit en situation de concubinage avec Mme C D, ressortissante espagnole, depuis le mois de septembre 2021. Si M. B se prévaut à cet égard de son statut de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, les dispositions précitées de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ouvrent ce bénéfice qu'aux seuls conjoints. En tout état de cause, en versant au dossier un contrat de travail à durée déterminée du 8 au 30 avril 2024, le requérant ne démontre pas que sa compagne remplissait, à la date de l'arrêté attaqué pris en janvier 2024, une des deux conditions alternatives posées par l'article L. 233-1 du code précité, tenant à l'exercice d'une activité professionnelle ou à la disposition pour les membres de la famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, qui conditionne l'admission au séjour pour une durée supérieure à trois mois. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

11. D'abord, si le requérant se prévaut de l'ancienneté et de la continuité de son séjour en France depuis 2015, toutefois, les pièces qu'il produit à l'appui de sa requête, pour l'essentiel des factures, relevés de compte bancaire, documents d'ordre médical et copie de carte d'admission à l'aide médicale d'Etat, ne démontrent au mieux qu'une présence ponctuelle sur le territoire. Par ailleurs, si le requérant invoque sa relation en concubinage avec Mme C D, ressortissante espagnole et la naissance de leur enfant né le 7 mars 2023, cette relation présente un caractère récent à la date de l'arrêté attaqué et le requérant n'établit pas participer à l'éducation de ce très jeune enfant. Enfin, les attestations de fin de formation, de fin d'apprentissage et de bénévolat, dont le requérant fait état, ne caractérisent pas une insertion sociale ou professionnelle particulière en France.

12. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué n'a, par lui-même, ni pour objet, ni pour effet, de séparer durablement l'enfant né le 7 mars 2023 de sa mère espagnole. Dans ces ces conditions, compte tenu du très jeune âge de l'enfant et alors qu'il n'est pas démontré par les pièces produites que M. B contribuerait effectivement à l'éducation de cet enfant, l'arrêté attaqué n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant et n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations

15. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, qui ont été abrogées par l'effet de l'ordonnance du 16 décembre 2020 et remplacées à compter du 1er mai 2021 par les dispositions de l'article L. 631-1 du même code et qui, en tout état de cause, concerne le régime juridique de l'expulsion.

16. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B, n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour, son moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement, doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 24 janvier 2024. Sa requête doit donc être rejetée, en ce compris ses conclusions formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas partie perdante dans le présent litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, première conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. Charpy

Le président,

Signé

J.B. Brossier

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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