jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2401469 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | QUINSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 février 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Quinson, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable dix ans sur le fondement du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable un an sur le fondement du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 800 euros à Me Quinson au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa demande ;
- il a méconnu les dispositions du a) de l'article 7 bis du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à tout le moins, a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a également commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation professionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée est inexistante ;
- les moyens développés par Mme B sont infondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Gonneau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne, a bénéficié d'un certificat de résidence algérien valable du 25 janvier 2021 au 24 janvier 2022 en sa qualité de conjoint de ressortissant français. Elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour par un courrier reçu aux services de la préfecture des Bouches-du-Rhône le 24 janvier 2022, en demandant un certificat de résidence algérien de dix ans. Elle demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté cette demande.
Sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration :
2. Aux termes de l'article R*432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est également applicable aux ressortissants algériens : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.*432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".
3. Il est constant que Mme B a adressé un courrier le 24 janvier 2022 aux service de la préfecture des Bouches-du-Rhône sollicitant le renouvellement de son titre de séjour en sa qualité de conjoint de ressortissant français auquel le préfet n'a opposé de manière explicite ni refus d'enregistrer la demande, ni refus de délivrer un titre de séjour. Il en résulte qu'une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est née à l'issue d'un délai de quatre mois à compter du dépôt de sa demande soit le 24 mai 2022, sans qu'ait d'influence la délivrance de récépissés. Par suite, le préfet n'est pas fondé à soutenir que la décision est inexistante et que les conclusions dirigées contre la décision implicite de refus de titre de séjour opposée à Mme B sont irrecevables. Il en résulte que la fin de non-recevoir présentée à ce titre ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien susvisé : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; () ". Les stipulations de l'article 6 prévoient que : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ".
5. D'une part, il est constant que Mme B est entrée en France le 27 septembre 2017 sous couvert d'un visa d'une durée de quinze jours valable du 25 septembre 2017 au 24 octobre 2017. Il ressort également des pièces du dossier que Mme B a épousé un ressortissant de nationalité française le 26 octobre 2020. Après avoir bénéficié d'un certificat de résidence algérien, valable du 25 janvier 2021 au 24 janvier 2022, sur le fondement du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, il n'est pas contesté par le préfet des Bouches-du-Rhône qu'elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien valable dix ans, en sa qualité de conjointe de français. Les pièces qu'elle verse au débat, notamment l'attestation de responsabilité civile à leurs deux noms valable du mois d'août 2019 au mois de juillet 2020, les avis d'imposition sur le revenu pour les années 2020 et 2021 aux deux noms des époux, l'attestation de la caisse d'allocations familiales pour l'année 2022, ainsi que les autres pièces mentionnant une adresse commune des époux, permettent d'établir la réalité, non contestée, d'une vie commune entre Mme B et son époux à la date de la décision implicite de rejet de demande de titre de séjour qui a été opposée à la requérante.
6. D'autre part, le préfet des Bouches-du-Rhône se borne à alléguer que l'époux de la requérante a fait l'objet d'une enquête pour suspicion d'une reconnaissance frauduleuse d'enfant et qu'il a saisi le procureur de la République sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale le 11 janvier 2022 pour une suspicion de mariage frauduleux, sans toutefois établir que Mme B aurait cherché à obtenir un titre de séjour par fraude. Dès lors, le motif tiré de la fraude n'est pas de nature, en l'état de l'instruction, à fonder légalement la décision.
7. Il résulte de ce qui précède Mme B est fondée à soutenir que le préfet du Rhône a méconnu les dispositions précitées de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien et, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision implicite rejetant sa demande de titre de séjour doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
9. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement qu'un certificat de résidence algérien de dix ans soit délivré à la requérante sur le fondement du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer ce titre de séjour à Mme B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Quinson, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de celui-ci le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Quinson.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite du 24 mai 2022 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer un certificat de résidence algérien sur le fondement du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien à Mme B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Sous réserve que Me Quinson renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 1 200 euros à Me Laurie Quinson, avocate de Mme B, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C, à Me Laurie Quinson et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Delzangles, première conseillère.
Rendu public par mis à disposition au greffe le 30 mai 2024.
Le président - rapporteur,
Signé
P-Y. GonneauL'assesseure la plus ancienne,
Signé
C. Simeray
La greffière,
Signé
D. Sibille
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef ;
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026