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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2401672

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2401672

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2401672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGHIAMAMA MOUELET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 20 février 2024, le président du tribunal administratif de Montpellier a transmis au tribunal de Marseille, territorialement compétent pour en connaître, la requête présentée par M. C.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Montpellier le 11 février 2024 et un mémoire enregistré le 26 mars 2024, M. A C, représenté par Me Ramuz, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, qui s'engage, dans ce cas, à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au motif de l'irrégularité de la procédure de son interpellation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit à être entendu ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, le préfet des

Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pouliquen pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouliquen ;

- et les observations de Me Ramuz pour M. C.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, né le 20 juin 1995 à Oudja au Maroc, de nationalité marocaine, a fait l'objet d'un arrêté en date 15 janvier 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au motif de l'irrégularité de la procédure de son interpellation, qui est sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Si M. C a indiqué, lors de son audition par les services de police, que son père et sa mère, qui résidaient au Maroc, sont décédés, il n'a produit aucun élément de nature à l'établir. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet a mentionné dans l'acte attaqué, que le requérant " ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine ". Par ailleurs, si l'arrêté indique à tort que M. C ne justifie pas d'une résidence stable et permanente, cette erreur est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'est pas fondée sur cette circonstance. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et traduit un défaut d'examen particulier de sa situation.

5. En deuxième lieu, d'une part, il ressort des termes du procès-verbal d'infraction que le requérant a été invité à présenter des observations sur le fait qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. D'autre part, le requérant ne fait état d'aucune circonstance qu'il n'aurait pas été en mesure de présenter à l'administration et qui aurait pu influencer le sens de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'a pas pu être entendu doit être écarté.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ".

7. D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exerce de ce droit que pour autant cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique est nécessaire à la sécurité nationale et à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et des libertés d'autrui ". Aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Si le requérant soutient qu'il est entré en France en 2019, il n'établit pas l'ancienneté de son séjour. Il n'indique pas non plus l'ancienneté de sa relation avec Mme B D. Le requérant se prévaut de la présence en France de leur fils, dont il s'occupe ainsi qu'en atteste sa compagne, et son deuxième enfant à naître, Mme D étant enceinte de sept mois à la date de la décision attaquée. Toutefois, aux termes de l'arrêté attaqué, le préfet a fondé la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fait que M. C constituait une menace à l'ordre public, celui-ci ayant déjà fait l'objet de quatre condamnations pénales, le 10 mars 2020, le 8 février 2021, le 5 janvier 2022 et le 10 octobre 2022. Eu égard à la gravité des faits qui ont entraîné ces condamnations pénales, à leur caractère récent et au fait que M. C a récidivé les faits de vols en réunion, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Pour ce même motif, le requérant n'est pas non plus fondé à soutenir que la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C a un enfant en bas âge en France, dont il s'occupe au quotidien. De plus, sa compagne était enceinte de sept mois à la date de la décision attaquée et précise dans son attestation qu'elle a besoin de son concubin pour garder leur premier enfant pendant son accouchement. Au regard de ces circonstances, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, que le requérant est fondé à demander l'annulation de celle-ci.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'acte attaqué en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Cette annulation n'implique le prononcé d'aucune mesure d'injonction. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Ramuz, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ramuz de la somme de 900 euros.

DECIDE :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 9 février 2024 est annulé en tant seulement qu'il fait interdiction à M. C de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Ramuz renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Ramuz, avocat de M. C, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 22 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

G. PouliquenLe greffier,

Signé

R. Machado

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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