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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2402082

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2402082

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2402082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantVINCENSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 février 2024, M. A B, représenté par Me Vincensini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de renouvellement d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Vincensini en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet a commis une erreur de fait ainsi qu'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation médicale en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son état de santé justifie qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

M. B a produit un mémoire en réplique qui, enregistré le 20 mars 2024, n'a pas été communiqué.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gonneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant comorien, a bénéficié de plusieurs titres de séjour pour raisons de santé depuis le 23 février 2012, le dernier étant valable du 3 mars 2022 au 2 mai 2023. Le 6 février 2023 il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 12 décembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui réside régulièrement en France depuis le mois de février 2012, souffre d'un trouble schizo-affectif ainsi que d'une polyartériopathie avec une " coronaropathie tritronculaire stentée ", un " AVC ischémique droit " et d'une hypertension artérielle. Il bénéficie à ce titre d'un traitement médicamenteux composé d'un antipsychotique, d'un suivi psychiatrique régulier associé à un étayage psycho-social et d'un suivi cardiologique deux fois par an et médical mensuel accompagné d'un traitement médicamenteux spécifique pour les troubles cardiaques dont il souffre. Il est hébergé en résidence sociale et bénéficie de soins infirmiers à domicile le matin et le soir. Pour rejeter la demande de renouvellement de son titre de séjour présentée par M. B, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est notamment fondé sur l'avis émis le 18 juillet 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel a estimé que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pouvait bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié et voyager sans risque vers les Comores.

4. S'il ressort des pièces du dossier et notamment de deux certificats médicaux en date du 5 et du 6 février 2024 établis par un psychiatre et un médecin qui le suivent régulièrement, lesquels, postérieurs à l'arrêté, révèlent des éléments antérieurs et actualisés sur l'état de santé de M. B, qu'une amélioration de son état a été constatée grâce à l'observance des traitements, des " éléments délirants et une désorganisation limitant son autonomie " ainsi qu'une humeur fluctuante persistent, lesquels auraient conduit à la mise en place d'une mesure de curatelle renforcée depuis le mois de juin 2022 ainsi qu'à une augmentation du dosage du médicament antipsychotique qui lui est prescrit. Le certificat médical de son psychiatre indique également que la poursuite des soins dont il bénéficie actuellement est impossible aux Comores au regard de la situation sanitaire dans ce pays. Par ailleurs, aucun élément du dossier ne permet d'établir que les traitements requis seraient disponibles aux Comores alors notamment que le requérant a bénéficié de plusieurs titres de séjour pour raisons de santé depuis 2012, le collège de médecins de l'OFII ayant alors estimé que les traitements n'étaient pas disponibles dans ce pays. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que son suivi thérapeutique, engagé en France, nécessitait son maintien sur le territoire français et que le préfet des Bouches-du-Rhône a fait une inexacte application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant sa demande de renouvellement de son titre de séjour pour raisons de santé.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 12 décembre 2023 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer une carte de séjour temporaire d'un an à M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. M. B bénéficie de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Vincensini, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 12 décembre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer une carte de séjour temporaire d'un an à M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à une somme de 1 200 euros Me Jean-Christophe Vincensini, avocat de M. B, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Jean-Christophe Vincensini et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. SimerayLe président-rapporteur,

signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef ;

La greffière,

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