vendredi 22 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2402103 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GILBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er mars 2024, Mme C D, représentée par Me Gilbert, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé son transfert aux autorités suisses dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assignée à résidence dans le département des Bouches-du-Rhône pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Gilbert en application des dispositions combinées des articles L.761-1 code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté de transfert attaqué est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- il méconnait les articles 17 et 3-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté de transfert attaqué méconnait enfin les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que ses filles sont scolarisées pour la première fois et qu'un transfert en Suisse qui engendrerait un nouveau déracinement porterait atteinte à leur intérêt supérieur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme D n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 mars 2024 :
- le rapport de Mme Journoud, magistrate désignée ;
- les observations de Me Gilbert, pour Mme D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et insiste plus particulièrement d'une part sur le fait que le préfet des Bouches-du-Rhône n'indique pas les conditions matérielles de prise en charge de Mme D et de sa famille par les autorités suisses alors qu'elle est actuellement hébergée en France et d'autre part, sur l'atteinte engendrée par l'arrêté de transfert attaqué sur l'intérêt supérieur des enfants B et A qui ont entamé une scolarité en France et pour lesquelles un transfert en Suisse serait un nouveau déracinement.
Le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant présent, ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante sri lankaise née le 18 décembre 1990 à Batticaloa (Sri Lanka), déclare être entrée irrégulièrement sur le territoire français le 24 octobre 2023 accompagnée de son époux et de ses deux filles, respectivement nées en 2014 et 2018. Elle a sollicité le 10 novembre 2023 son droit au maintien sur le territoire français au titre de l'asile initialement auprès de la préfecture de l'Oise. Toutefois, la comparaison de ses empreintes digitales avec la base de données " Visabio " a révélé que l'intéressée a été identifiée comme ayant obtenu un visa de court séjour délivré le 12 septembre 2023 à Doha (Qatar) pour séjourner en Suisse du 20 octobre au 4 novembre 2023, avant qu'il ne dépose sa demande en France. Les autorités suisses ont été saisies par une requête du 8 décembre 2023 par la préfecture du Nord en application de l'article 12.4 du règlement (UE) n°604-2013, d'une demande de prise en charge à laquelle elles ont donné leur accord explicite en application de ce même règlement le 11 décembre suivant. Mme D et sa famille ont fait l'objet d'une orientation à l'hébergement en région Provence-Alpes-Côte d'Azur en parallèle. En conséquence, par un arrêté du 29 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé le transfert de Mme D aux autorités suisses. Par un autre arrêté du même jour, le préfet des Bouches-du-Rhône a assignée l'intéressée à résidence dans le département des Bouches-du-Rhône pour une durée de quarante-cinq jours. Mme D demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme D, de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté de transfert aux autorités suisses :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les conventions internationales et européennes, le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et mentionne que Mme D a sollicité l'asile auprès des autorités françaises après avoir obtenu, comme son époux, un visa de court séjour pour se rendre en Suisse, que les autorités suisses ont accepté de la prendre en charge, et détaille les éléments relatifs à sa situation familiale et personnelle tels qu'elle les a déclarés durant son entretien en préfecture, soit mariée et mère de deux enfants présents en France. Par ailleurs, l'arrêté mentionne que Mme D a été mise en mesure de faire valoir ses observations sur l'éventualité de son transfert vers la Suisse. Ainsi, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est par suite suffisamment motivé. Enfin, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté en litige ni d'aucune pièce du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône se soit abstenu de procéder à un examen de la situation personnelle du requérant compte-tenu des éléments déclarés par l'intéressée et dont il avait connaissance.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ", et aux termes de l'article 3-2 de ce même règlement : " Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Chartre des droits fondamentaux de l'Union Européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat peut être désigné comme responsable ".
5. La Suisse est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit dès lors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption est toutefois réfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités suisses répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.
6. Il ressort des pièces du dossier que les autorités suisses ont accepté de prendre en charge Mme D sur le fondement de l'article 12-4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. En l'espèce, les éléments généraux avancés par la requérante ne permettent pas d'établir que la Suisse, pays membre de l'espace Schengen et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne prendrait pas en compte sa situation et ne serait pas en mesure de garantir sa prise en charge, notamment à l'hébergement, et son droit à ne pas être soumise à des traitements inhumains ou dégradants. Toutefois, par les pièces qu'elle produit, la requérante n'établit pas plus que son époux l'intensité et la stabilité des liens qu'elle entretiendrait avec la France où elle réside depuis moins de six mois. Par ailleurs, Mme D n'établit ni que sa demande d'asile ne sera pas enregistrée par les autorités suisses, ni qu'elle ne sera pas examinée dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, y compris médicales, ni qu'il existerait des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Suisse, ni enfin que les autorités suisses la renverront au Sri Lanka sans réel examen des risques auxquels elle serait exposée. Enfin, si la requérante semble se prévaloir de craintes pour sa sécurité en Suisse, à nouveau il n'est pas établi que les autorités suisses ne seraient pas en mesure d'assurer sa prise en charge sociale et médicale et sa protection. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 17 et 3-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
8. Dans la mesure où l'arrêté de transfert attaqué n'a pas pour effet de séparer les enfants de leurs parents, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de Mme D se reconstitue en Suisse dès lors que son époux M. D F fait également l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités suisses du même jour incluant leurs deux enfants. Par ailleurs, la circonstance que leurs deux filles, nées respectivement en 2014 et en 2018 au Sri Lanka, soient scolarisées en France depuis moins de 3 mois, n'est pas de nature à faire obstacle à leur transfert en Suisse, alors qu'il n'est au demeurant pas établit qu'elles ne pourraient pas poursuivre leur scolarisation dans cet Etat. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant en prenant l'arrêté attaqué.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant transfert aux autorités suisses doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
10. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / () / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. / () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 732-1 du même code, applicables en vertu de l'article L. 751-4 : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 733-1 de ce code, applicables en vertu de l'article L. 751-4 : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage ".
11. Les conclusions tendant à ce que l'arrêté portant assignation à résidence devrait être annulé, impliquent que la requérante doive être regardée comme invoquant le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'arrêté de transfert attaqué. Eu égard à ce qui précède, ce moyen doit être écarté et les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
13. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le conseil du requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E, à Me Gilbert et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.
La magistrate désignée,
Signé
L. Journoud
La greffière,
Signé
S. Boislard
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026