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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2402114

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2402114

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2402114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCHEMMAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I/ Par une requête n° 2402114, enregistrée le 28 février 2024, M. D B, représenté par Me Chemmam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, contrairement à ce qu'a retenu le préfet il est entré sur le territoire en 2020 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a fourni lors de sa demande une autorisation préalable d'embauche conformément aux dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail ;

- elle est disproportionnée.

Par ordonnance du 7 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 14 mai 2024.

II/ Par une requête n° 2402116, enregistrée le 28 février 2024, Mme E A épouse B, représentée par Me Chemmam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, contrairement à ce qu'a retenu le préfet elle est entrée sur le territoire en 2019 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est disproportionnée.

Par ordonnance du 7 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 14 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Fédi, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants albanais nés, respectivement, les 25 février 1988 et 30 décembre 1991 ont sollicité le 1er décembre 2023 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour. Par arrêtés du 31 janvier 2024, dont les requérants demandent l'annulation, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a refusé de leur délivrer les titres demandés, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2402114 et 2402116 susvisées concernent un couple d'étrangers, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les refus de titre de séjour :

3. Par un arrêté n° 04-2023-272 du 2 novembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence et librement accessible aux parties, Mme Demeulenaere, secrétaire générale, a reçu délégation de signature du préfet des Alpes-de-Haute-Provence pour signer tout document relatif à la procédure de délivrance de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B qui déclarent être entrés en France en 2018 dans des circonstances indéterminées, en versant quelques pièces par année, composées notamment de pièces de nature médicale, des factures diverses et quelques bulletins de salaire, n'établissent pas le caractère habituel de leur séjour depuis cette date alors qu'au demeurant ils n'ont pas déféré à une précédente obligation de quitter le territoire en 2021. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que les intéressés ont deux enfants, nés 2016 et 2023. Si l'ainée est scolarisée en France depuis la maternelle, toutefois ils n'établissent pas avoir transféré le centre de leurs intérêts personnels et familiaux dès lors qu'ils ne font état d'aucun lien sur le territoire et ne font état d'aucun obstacle à que la jeune C poursuive sa scolarité dans leur pays d'origine, ni à ce que les intéressées reconstituent la cellule familiale en Albanie. S'ils font valoir que la jeune C est suivie depuis trois ans pour différents problèmes de santé, ils ne soutiennent ni même n'allèguent que le traitement nécessité serait indisponible dans leur pays d'origine. Enfin, la seule circonstance que M. B exerce une activité de mécanicien en contrat à durée indéterminée, en ne produisant qu'une demande d'autorisation de travail, ne saurait démontrer une insertion socio-professionnelle suffisante. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, les décisions de refus de séjour en litige n'ont pas porté au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Elles n'ont ainsi pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet des Alpes-de-Haute-Provence n'a pas davantage entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment des termes mêmes des décisions attaquées que les intéressés ont seulement sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour, seul fondement au demeurant analysé par le préfet des Alpes-de-Haute-Provence. Dans ces conditions, les intéressés ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

7. La circonstance que M. B ait fourni une demande d'autorisation préalable d'embauche conformément aux dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail est sans incidence sur la légalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions les obligeant à quitter le territoire français seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur leur situation personnelle ni qu'elles seraient disproportionnées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des arrêtés du 31 janvier 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des arrêtés contestés, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction présentées par les requérants doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais qu'ils ont exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Mme E A épouse B et au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fédi, président-rapporteur,

Mme Caselles première conseillère,

Mme Charbit, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

Le président-rapporteur,

signé

G. FEDI

La première assesseure,

signé

S. CASELLES

La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°2402114, 2402116

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