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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2402146

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2402146

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2402146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCUZIN-TOURHAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 février 2024, M. A B, représenté par Me Cuzin-Tourham, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 2 février 2024, portant refus d'admission au séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " salarié ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour de 6 mois lui permettant de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée du vice d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa demande dès lors que le préfet n'a pas pris en compte l'existence de son contrat à durée indéterminée à compter du mois d'avril 2023 et lui a opposé les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain alors même qu'il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet a indiqué à tort qu'il ne travaillait qu'à temps partiel ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet lui a opposé à tort les conditions énoncées par les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain et les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son insertion professionnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par voie d'exception du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ; la décision fixant le pays de destination est illégale dès lors qu'il bénéficie d'un droit au séjour sur le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Brossier,

- les observations de Me Cuzin-Tourham pour et en présence du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, de nationalité marocaine, né le 6 décembre 1977, qui est entré en France le 26 août 2016 muni d'un visa de type D en qualité de travailleur saisonnier, a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle en cette qualité valable jusqu'au 25 août 2019. Le 20 septembre 2023, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 2 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté cette demande, a assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 16 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2023-114 du même jour, tant accessible au juge qu'aux parties, M. C, signataire de l'arrêté en litige, bénéficiait, en sa qualité d'adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, d'une délégation à l'effet de signer notamment les décisions contenues dans ce dernier arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté litigieux que le préfet a étudié la demande du requérant au titre de l'admission exceptionnelle au séjour par le travail, sur le fondement du pouvoir général de régularisation dont il peut faire usage. Il était simplement loisible au préfet d'examiner, en outre et à titre purement gracieux, la situation de l'intéressé au titre d'une admission au séjour de plein droit par le travail, en constatant à cet égard l'absence de visa de long séjour et l'absence de contrat de travail visé prévu par l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux n'est pas entaché d'une erreur de droit.

4. En troisième lieu, l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence () ". Aux termes de l'article 9 de ce même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article

L. 432-14 5 () ".

5. Ces dispositions, qui n'instituent pas une catégorie de titres de séjour distincte, fixent notamment les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain cité au point précédent prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le territoire français. Toutefois, si l'accord franco-marocain précité ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant marocain qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. D'une part, le préfet des Bouches-du-Rhône a estimé qu'au regard de l'ensemble de la situation de M. B, ses conditions de séjour ne faisaient apparaître ni motif exceptionnel ni considération humanitaire justifiant qu'il fasse application de son pouvoir général de régularisation. A cet égard, le préfet a pris en considération les éléments présentés par le requérant relatifs à son activité salariée ainsi que sa situation familiale, sans révéler un défaut d'examen complet de son dossier.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 26 août 2016 en qualité de travailleur saisonnier et qu'il a bénéficié à cet égard d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 25 août 2019. Au soutien de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, le requérant fait valoir son intégration professionnelle constante depuis le mois de février 2022, d'abord au sein de la société " Le Panier du Sud ", à temps plein en qualité de vendeur jusqu'en octobre 2022, puis en qualité de commercial, au sein de la société " R auto Discount " jusqu'en décembre 2022, en contrat à durée indéterminée entre janvier et mars 2023 au sein de la société " Asra Trading " à temps partiel en qualité d'employé polyvalent, au sein de laquelle il est désormais employé à temps complet depuis le mois d'avril 2023. Si le requérant soutient à cet égard que le préfet n'a pas pris en compte qu'il y travaillait à temps plein depuis cette date, il ne démontre pas qu'il en avait effectivement informé le préfet lors de l'instruction de sa demande, alors qu'il est constant qu'il y était déjà employé sous contrat à durée indéterminée à la date du dépôt de sa demande. En tout état de cause, eu égard à la nature et au caractère récent de son activité professionnelle, ces éléments sont insuffisants pour caractériser une insertion significative. Par ailleurs, M. B, qui ne conteste pas être célibataire et sans charge de famille à la date de la décision attaquée, ne fait état d'aucune attache personnelle et familiale particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, et en l'absence de tout élément caractérisant des circonstances humanitaires particulières ou d'une gravité exceptionnelle, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle en refusant de faire application de son pouvoir général de régularisation ni d'une erreur de fait.

8. En quatrième et dernier lieu, dès lors qu'aucun des moyens développés à l'encontre de la décision portant refus de séjour n'est fondé, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par voie d'exception. De même, le requérant, qui ne bénéficie d'aucun droit au séjour sur le territoire, n'est pas fondé à contester la légalité de la décision attaquée fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 2 février 2024. Ses conclusions subséquentes aux fins d'injonction et de remboursement de ses frais exposés et non compris dans les dépens doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, première conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. Charpy

Le président,

Signé

J.B. Brossier

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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