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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2402232

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2402232

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2402232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBELAICHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 7 mars 2024, M. C B, représenté par Me Belaïche, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le Préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai de 10 ans et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de sa carte de résident ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'autorité administrative a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'autorité administrative a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

Le préfet des Bouches-du-Rhône, auquel la requête a été communiquée, n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention des Nations-Unies sur les droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Marseille a désigné Mme Fabre, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, première conseillère,

- les observations de Me Belaïche, représentant M. B qui a confirmé et développé les conclusions et moyens exposés dans la requête, en précisant renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et que ses conclusions tendant à la mise à la charge de l'administration des frais liés au litige sont fondées uniquement sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative et non pas également sur l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant marocain né en 1953, libérable du centre de détention de Salon de Provence, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le Préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai de dix ans et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A D, signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, en sa qualité d'adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, par un arrêté n°13-2023-10-06-00006 du préfet de ce département du 6 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture et accessible tant au juge qu'aux parties, d'une délégation à l'effet de signer les décisions attaquées. L'absence de visa de la décision de nomination de M. A D est sans incidence sur la légalité de la décision contestée dès lors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que l'arrêté portant délégation de signature vise la décision de nomination de l'agent bénéficiaire de celle-ci ni que l'administration justifie l'existence de cette nomination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision contestée mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et ne révèle pas un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, dont la carte de résident est expirée depuis le 1er mars 2016 et dont le renouvellement lui a été refusé par le préfet de Vaucluse, est incarcéré au centre de détention de Salon-de-Provence, et a été condamné le 28 mai 2014 par la cour d'assises de Privas à une peine de réclusion criminelle d'une durée de seize ans pour viol sur les périodes courant de 2002 au 3 octobre 2003 et du 4 octobre 2004 à novembre 2004, sur une personne de moins de 15 ans, dont il était le père légitime. Si M. B allègue une présence continue sur le territoire français depuis 1979, il ne l'établit pas par les seules pièces versées aux débats, notamment l'attestation d'hébergement émanant de l'une de ses filles et celle de son employeur qui l'a hébergé un mois en 1990 et un contrat de travail saisonnier de 8 mois en 1997. Par ailleurs, il ne justifie pas de sa situation maritale alléguée ni de la circonstance qu'il serait père de deux enfants français mineurs, ni, de manière générale, de l'intensité de ses liens avec ses enfants, lesquels, d'après les pièces versées au dossier, sont majeurs. En l'état de ces constatations et eu égard à la gravité du comportement de l'intéressé, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, protégée par les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni que celles de la convention internationale des droits de l'enfant auraient été méconnues, ni encore que la mesure d'éloignement prise par le préfet des Bouches-du-Rhône serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En quatrième lieu, si M. B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'erreur de droit dont serait affectée la décision du 12 juillet 2021 par laquelle le préfet de Vaucluse a refusé de renouveler sa carte de résident, en tout état de cause, le jugement du 7 mars 2024 du tribunal administratif de Nîmes, qui a autorité de la chose jugée, a écarté ce moyen et a rejeté la requête tendant à l'annulation de cette décision. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () "

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

9. En second lieu, si M. B soutient à l'audience que le préfet aurait dû lui laisser un délai de départ volontaire en raison de son suivi médical en France pour des sciatalgies, il n'établit ni même n'allègue l'absence de traitements appropriés dans son pays d'origine et ne démontre pas la nécessité d'un délai de départ compte tenu de son état de santé. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. /Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

13. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'établit ni la durée de sa présence en France, ni l'existence de la situation maritale qu'il allègue, ni l'existence de liens suffisamment anciens, stables et intenses avec ses enfants, qui sont tous majeurs, en France ainsi qu'il a été exposé plus avant et qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. En outre, il a été condamné en 2014 à une peine de réclusion criminelle d'une durée de seize ans pour viol sur une personne de moins de 15 ans, dont il était le père légitime avec circonstances aggravantes. Dès lors, et en dépit de la circonstance que M. B est âgé de soixante-dix ans à la date de la décision en litige, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. Fabre

La greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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