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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2402412

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2402412

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2402412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCARMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024, Mme B C épouse A, représentée par Me Carmier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté ses demandes de renouvellement de titre de séjour et de délivrance d'un certificat de résident algérien de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résident algérien valable dix ans ou, à titre subsidiaire, un certificat de résident algérien valable un an, ce dans un délai d'un mois à compter du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Carmier au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions en litige ne comportent ni le prénom, ni le nom, ni la qualité de son signataire, qui était incompétent ;

- les décisions attaquée sont entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation de la commission du titre de séjour ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation, ce qui révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- elles méconnaissent le 2 de l'article 6 et le a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- elle satisfait aux conditions pour bénéficier d'un certificat de résidence algérien de dix ans ;

- les décisions méconnaissent l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir que celle-ci est irrecevable, faute de décision.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Simeray a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne, a obtenu le 15 mai 2021 un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale ", en qualité de conjoint de français. Le 15 septembre 2022, Mme C a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Le 7 novembre 2023, les services de la préfecture lui ont adressé un courriel lui indiquant qu'au vu des éléments communiqués, ils ne pouvaient donner une suite favorable à sa demande et que son dossier avait été classé sans suite. Mme C demande l'annulation de la décision implicite rejetant sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien révélée par ce courriel.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision refusant le renouvellement du certificat de résident algérien d'une durée d'un an :

2. Aux termes de l'article R*432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".

3. En l'absence de réponse à la demande de Mme C, dont il n'est pas contesté par le préfet des Bouches-du-Rhône qu'elle est complète, dans un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet est née le 15 janvier 2023 sur laquelle la délivrance à l'intéressée de récépissés de demande de titre de séjour n'a eu aucune incidence. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que la décision attaquée serait inexistante, la demande de Mme C étant toujours en cours d'instruction, doit être écartée.

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France le 19 juin 2017 sous couvert d'un visa Schengen d'une durée de trois mois valable du 19 juin 2017 au 14 septembre 2017. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante a épousé un ressortissant de nationalité française le 15 mai 2021. De leur union est né un enfant le 10 juin 2023. Après avoir bénéficié d'un certificat de résidence algérien, valable du 24 novembre 2021 au 23 novembre 2022, sur le fondement du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, Mme C a sollicité, le 15 septembre 2022, le renouvellement de son titre de séjour. Les pièces qu'elle verse au débat, notamment des factures EDF, un bail au deux noms ainsi que d'autres pièces mentionnant une adresse commune des époux, permettent d'établir la réalité, non contestée, d'une communauté de vie effective entre Mme C et son époux à la date de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour qui lui a été opposée. Par suite, en refusant de renouveler le titre de séjour de Mme C , le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu les stipulations précitées.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que la décision implicite du 15 janvier 2023 rejetant la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme C doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision refusant la délivrance d'un certificat de résident algérien d'une durée de dix ans :

7. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article () ".

8. Si Mme C invoque la méconnaissance par le préfet des dispositions de l'article 7) bis de l'accord franco-algérien, elle ne justifie pas, par les pièces produites, et alors que le préfet indique seulement qu'elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, avoir sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, dirigées contre une décision inexistante, sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

11. L'annulation de la décision refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme C implique seulement que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre un certificat de résidence algérien d'un an à Mme C. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer ce titre de séjour à Mme C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Carmier, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de celui-ci le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Carmier.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite du 15 janvier 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de renouvellement du certificat de résidence algérien d'une durée d'un an de Mme C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer un certificat de résidence algérien sur le fondement du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien à Mme C, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Carmier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 1 200 euros à Me Sylvain Carmier en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Sylvain Carmier et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. SimerayLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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