mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2402466 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET ACLH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 mars 2024 et le 22 avril 2024,
Mme G B, représentée par Me Chiarella, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge à compter du 3 février 2021 au centre hospitalier de Manosque pour une radiculographie ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Manosque la somme de 15 000 euros à titre de provision ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Manosque la somme 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient qu'elle a fait l'objet d'une injection par erreur de lidocaïne en lieu et place du produit iodé nécessaire à l'examen de radiculographie, conduisant à une rachianesthésie haute avec collapsus.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024, le centre hospitalier de Manosque, représenté par Me Chiffert, doit être regardé comme demandant au juge des référés :
1°) à titre principal de rejeter la requête pour irrecevabilité ;
2°) de mettre à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) à titre subsidiaire, de donner acte de ses plus expresses protestations et réserves d'usage ;
4°) à titre subsidiaire, de dire que l'expert pourra s'adjoindre de tout sapiteur de son choix ;
5°) à titre subsidiaire, de compléter la mission de l'expert ;
6°) de mettre à la charge de Mme B les frais d'expertise ;
7°) de rejeter les demandes tendant à l'octroi d'une indemnité provisionnelle et à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
8°) de réserver les dépens.
Il soutient que la requête est irrecevable dès lors qu'il n'existe pas de demande indemnitaire concernant la demande de provision de Mme F.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024, la caisse commune de sécurité sociale des Hautes Alpes, informe que la victime a été prise en charge au titre du risque maladie.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Argoud, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'expertise :
En ce qui concerne la recevabilité :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. Il résulte des termes mêmes de l'article R. 532-1 précité du code de justice administrative, qu'une expertise peut être ordonnée avant toute décision administrative préalable. Par suite, la circonstance qu'à la date de la présente ordonnance, la requérante n'aurait pas présenté, au préalable de demande indemnitaire, ne fait pas obstacle à ce qu'il soit fait droit à sa demande d'expertise.
En ce qui concerne le bien-fondé :
3.Il résulte de l'instruction que l'expertise sollicitée par Mme F porte sur les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge à compter du 3 février 2021 au centre hospitalier de Manosque pour une radiculographie. La demande d'expertise sollicitée par Mme F, susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond et qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er r de la présente ordonnance.
Sur la demande de provision :
4. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. () .
5. En l'état de l'instruction, tant le principe que l'étendue d'une éventuelle responsabilité du centre hospitalier de Manosque n'est pas établie. Dans ces conditions, l'existence de l'obligation dont l'intéressée se prévaut ne présente pas le caractère non sérieusement contestable exigé par les dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions de Mme F tendant au versement d'une provision doivent être rejetées.
Sur le concours d'un sapiteur :
6. Il ressort des dispositions du second alinéa de l'article R. 621-2 du code de justice administrative qu'il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité de faire appel au concours d'un sapiteur et de solliciter préalablement l'autorisation du président du tribunal. Par suite, les conclusions du centre hospitalier de Manosque tendant à ce que le juge des référés dise que l'expert pourra se faire assister d'un sapiteur de son choix ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'expertise :
7 Il résulte des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative qu'il n'appartient pas au juge des référés de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite, les conclusions présentées par Mme F et par le centre hospitalier de Manosque, relatives aux dépens, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8.Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme F et du centre hospitalier intercommunal de Manosque au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Un collège d'experts, constitué du Docteur A D, neurochirurgien, exerçant à l'HIA St Anne, BP 600, 83800 Toulon cedex 8 et du docteur E C, radiologue, exerçant 180 chemin de Caguerasset à Allauch (13190), est désigné pour procéder, en présence des parties à l'instance, à une expertise médicale avec la mission suivante :
1°) examiner Mme F et se faire communiquer son entier dossier médical et plus généralement tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;
2°) procéder à l'examen médical de Mme F, décrire son état de santé actuel et son état de santé antérieur à son admission au centre hospitalier intercommunal de Manosque à compter du 3 février 2021 pour une radiculographie, en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur les séquelles en lien avec les soins dispensés ;
3°) décrire les conditions dans lesquelles Mme F a été prise en charge dans les services du centre hospitalier de Manosque ; et préciser, notamment, le déroulé de l'injection litigieuse ; rechercher si les traitements administrés étaient adaptés à l'état de la patiente ;
4°) rechercher si Mme F a bénéficié d'une information suffisante, si les soins prodigués ont été attentifs, diligents, conformes aux données acquises de la science médicale et, dans la négative, analyser de façon détaillée et motivée la nature des fautes médicales, de soins, dans l'organisation ou le fonctionnement du service, erreurs, imprudences, manquements aux précautions nécessaires, négligences, maladresses ou autres défaillances afin d'éclairer le tribunal sur l'engagement, éventuel, de la responsabilité du centre hospitalier intercommunal de Manosque, enfin, le cas échéant, en cas d'erreur de diagnostic dire si le retard a été à l'origine des préjudices subis et si oui dans quel pourcentage ;
5°) dans l'hypothèse où des manquements des services hospitaliers mis en cause seraient relevés, indiquer précisément les séquelles en relation directe et exclusive avec chacun de ces manquements, déterminer, dans le cas où ces manquements ne seraient pas la cause directe des préjudices subis mais auraient fait perdre à Mme F des chances de les éviter, l'importance de cette perte de chance, en pourcentage ;
6°) préciser, la durée du déficit fonctionnel temporaire partiel ou total ;
7°) fixer la date de consolidation ;
8°) indiquer le taux de déficit fonctionnel permanent et ses répercussions sur les conditions d'existence de Mme F, notamment, le cas échéant, sur le plan professionnel, l'importance des souffrances endurées, le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément et le préjudice sexuel, ainsi que tout autre élément de nature à permettre au tribunal de se prononcer sur les préjudices subis par Mme F du fait desdits manquements ;
9°) en l'absence de responsabilité de l'établissement de santé, dire si les préjudices subis sont directement imputables à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins, si cet accident médical non fautif a entraîné des conséquences anormales à l'aune de la probabilité (à définir précisément en pourcentage) habituelle de réalisation de l'un des risques lié à l'intervention, de l'exposition particulière du patient en raison de son état de santé initial comme de son évolution prévisible, du caractère incontournable ou non de l'intervention, enfin évaluer précisément le niveau de gravité des séquelles présentées ;
10°) dégager en les spécifiant tous les éléments de préjudice, notamment ceux propres à justifier une indemnisation ; le cas échéant, donner tous les éléments utiles sur les préjudices patrimoniaux subis par Mme F ; s'il y a lieu, évaluer le besoin d'assistance à une tierce personne et dans l'affirmative en définir les conditions, décrire les soins futurs et les aides compensatoires au handicap de la victime (dépenses de santé, logement adapté, frais divers, appareillage spécifique, véhicule adapté), en précisant la fréquence de leur renouvellement ;
11°) dire si l'état de Mme F est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration, et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen lui apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel il devra y être procédé ;
12°) d'indiquer, dans sa conclusion, de façon récapitulative et succincte, les circonstances, les causes et l'étendue des préjudices subis par la victime.
Article 2 : Le collège d'experts accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 3 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, le collège d'experts déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues par l'article R. 621-7-3.
Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme F et du centre hospitalier est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme G F, au centre hospitalier intercommunal de Manosque, à la Caisse commune de sécurité sociale des Hautes Alpes et aux docteurs D et C, experts.
Fait à Marseille, le 17 septembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
J-M. ARGOUD
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/Le greffier en chef,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
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