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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2402468

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2402468

mercredi 24 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2402468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantANSELMINO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a examiné la requête de M. B contestant le refus du maire de Marseille de lui délivrer un permis de construire pour deux bâtiments de quatre appartements chacun. Le tribunal a jugé que le projet, situé dans un secteur sans intérêt architectural particulier et composé de constructions d'aspect traditionnel, ne portait pas atteinte au caractère des lieux avoisinants. Par conséquent, il a annulé l'arrêté du 15 janvier 2024, estimant que les motifs invoqués par la commune, notamment la méconnaissance de l'article UP9 du PLUi et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, étaient infondés. La solution retenue est l'annulation de la décision de refus, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2024, M. C B, représenté par Me Anselmino, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le maire de Marseille a refusé de lui délivrer un permis de construire portant sur la réalisation de deux bâtiments comportant chacun quatre appartements ;

2°) d'enjoindre la commune de Marseille de lui délivrer l'autorisation sollicitée dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige vise à tort l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UP9 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- il n'est pas incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " QAFU " " Recommandations pour une approche bioclimatique ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2025, la commune de Marseille, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés et que la décision en litige est également fondée, par substitution de motifs, sur la méconnaissance des articles UP10 et UP11 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

Par une ordonnance du 1er avril 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au

2 mai 2025 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ridings, rapporteure,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- les observations de Me Cagnol, représentant M. B, et celles de Mme A, représentant la commune de Marseille.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 15 janvier 2024 dont M. B demande l'annulation, le maire de Marseille a refusé de lui délivrer un permis de construire portant sur la réalisation de deux bâtiments comportant chacun quatre appartements, sur une parcelle cadastrée 907 E 163, zone UP3, sur un terrain situé 50 traverse du Viaduc, dans le 15ème arrondissement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour s'opposer à la demande de permis de construire, le maire de Marseille s'est fondé sur les dispositions des articles UP 9 a), b) et c) du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal d'Aix-Marseille-Provence, les recommandations pour une approche bioclimatique de l'OAP " qualité d'aménagement et des formes urbaines " relative à la zone UP et l'article 111-27 du code de l'urbanisme, ainsi que sur les défauts compromettant la qualité architecturale et paysagère des constructions projetées et ne permettant pas des conditions d'habitabilité satisfaisantes.

3. En premier lieu, aux termes de l'article UP9 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) : " a) Peuvent être interdits ou admis sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales, les constructions ou ouvrages à édifier ou à modifier qui, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. b) Les façades des constructions d'angle, les murs pignons et retours de façade doivent recevoir un traitement de qualité, en harmonie avec celui de la façade principale. c) Le choix et l'emploi des matériaux et coloris doivent concourir à la qualité architecturale de la construction et ne doivent pas être de nature à compromettre son insertion dans le site (nature, aspect, couleur). () ". Ces dispositions ont le même objet que celles, également invoquées par les requérants, de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du PLUi que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.

4. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions précitées, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige s'inscrit dans un secteur composé de maisons individuelles et de collectifs de forme traditionnelles et modernes qui ne présentent pas un intérêt architectural particulier. L'opération contestée porte sur la réalisation de deux bâtiments en R+1, comportant chacun quatre appartements, lesquels s'implantent en fond du terrain d'assiette. D'aspect traditionnel, ces constructions, d'une emprise au sol totale d'à peine 268,70 m2, présentent une toiture à quatre pentes en tuiles de type rondes vieillies et des façades en enduit frotassé fin de ton pierre et des garde-corps en fer forgé. Le maire s'est fondé plus précisément sur les défauts tenant à la proximité des constructions en cause, l'absence d'aménagement extérieur, une configuration uniquement périphérique des espaces végétalisés, aux ouvertures inadaptées à la composition des façades et des escaliers extérieurs peu valorisant, ainsi qu'à la pose de volets roulants qui ne garantirait qu'un faible confort thermique. Or, l'aspect peu qualitatif des constructions projetées dénoncé n'est pas établi, ni davantage l'importance de vis-à-vis mutuel. En outre, le défaut d'aménagements extérieurs, notamment de jardin privatif, les espaces végétalisés et la composition des façades, notamment les ouvertures ou les escaliers extérieurs tels qu'envisagés ne sont pas de nature à compromettre la qualité architecturale et paysagère de ces constructions, au regard notamment des autres bâtiments présents dans le secteur, pour lequel le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) n'a au demeurant pas prévu de protection particulière. Il suit de là que le maire de la commune de Marseille n'était pas fondé à refuser le permis de construire au motif de la méconnaissance de l'article UP9 du règlement de la zone UP3 du PLUi et qu'il a pour ce motif entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : () / 3o Des orientations d'aménagement et de programmation ; ". L'article L. 151-6 du même code dispose que : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, () ". Aux termes de l'OAP " qualité d'aménagement et des formes urbaines " relative à la zone UP, concernant les " recommandations pour une approche bioclimatique " : " Profiter des apports solaires et se protéger des surchauffages : Orienter les pièces de vie, baies vitrées et terrasses préférentiellement en façade sud, protégées du soleil d'été par des protections solaires adaptées ; Planter de la végétation à feuillage caduc devant les façades sud et ouest pour porter ombrage en saison chaude ".

7. La circonstance que les volets roulants des constructions en litige ne garantiraient qu'un faible confort thermique et celles-ci, en l'absence de protection solaire ne respecteraient pas les recommandations sont fixées par l'OAP, citée au point précédent, n'est pas de nature à caractériser une incompatibilité du projet avec l'OAP en cause, dont le périmètre couvre l'entière zone UP et dont les objectifs n'ont, en tout état de cause, et en dépit de leur formulation, qu'une valeur d'orientation. Il suit de là que le requérant est fondé à soutenir que le maire ne pouvait légalement se fonder sur le motif du refus de permis de construire tiré de l'incompatibilité avec les recommandations de l'OAP " qualité d'aménagement et des formes urbaines ".

Sur la demande de substitution de motifs :

8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. Pour établir que la décision attaquée était légale, la commune de Marseille invoque, dans son mémoire en défense communiqué à M. B deux autres motifs tirés de la méconnaissance des articles UP10 et UP11 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

10. En premier lieu, aux termes de l'article UP10 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) : " b) La surface totale des espaces végétalisés est supérieure ou égale à : () ; en UP3, 50% de la surface du terrain ; () ". Le lexique du PLUi définit l'espace végétalisé comme : " (). Les aires de stationnement et les espaces de circulation perméables, qu'ils soient recouverts ou non de végétaux (pelouse, evergreen) ne sauraient être comptés dans le pourcentage des espaces végétalisés, du fait de leur vocation à accueillir des véhicules. Seules les aires de stationnement qualifiées d'éco-aménagées telles que définies dans les articles 11 du règlement pourront être comptées comme des espaces végétalisés à hauteur du bonus définis par ledit article ". Aux termes de l'article UP11 du PLUi : " e) Si les aires de stationnement en plein air sont éco-aménagées, elles sont comptabilisées dans les espaces végétalisés à raison de 9 m2 par place de voiture. Sont considérées comme éco-aménagées les aires de stationnement : qui intègre un nombre de places ) 3 places ; () ".

11. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de masse, que le projet prévoit une surface totale d'espaces végétalisés de 478 m2, laquelle comporte 313 m2 d'espace vert de pleine terre et 165 m2 d'espace vert de pleine terre carrossable correspondant aux deux places de stationnement éco-aménagées et à une aire de circulation dédiées aux places précitées. En prévoyant uniquement deux places de stationnement éco-aménagées au lieu du nombre minimal fixé par les dispositions de l'article UP11, la surface de l'espace vert de pleine terre de 165 m2 ne peut être prise en compte dans le calcul de la surface totale des espaces végétalisés, Ainsi, en retenant 313 m2 d'espaces végétalisés, soit environ 35% de la surface du terrain qui est de

900 m2, inférieur à celle de 450 m² requise, le projet méconnaît les dispositions de l'article

UP10 b) du règlement du PLUi.

12. En second lieu, aux termes de l'article UP11 du règlement du PLUi : " Voitures en dehors de la ZBD activités + habitat : Pour les résidents : Minimum : 1 place par tranche de

40 m2 de surface de plancher créés ans être inférieur à 1 place par logement crée. Toutefois, pour les résidents, il n'est pas exigé plus de 2 places par logements crée. (). Pour les visiteurs : Minimum : 1 place pour 3 logements crées lorsque la totalité des constructions dépasse 200 m2 de surface de plancher créées ou en cas d'opération d'ensemble. () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que le projet, d'une surface de plancher créée de 510,14 m2, se situe en zone de bonne desserte (ZBD). Dès lors qu'il porte sur la réalisation de

8 logements, le projet en litige créant 10 places de stationnement ne prévoit pas pour les résidents 1 place de stationnement véhicule par tranche de 40 m2 de surface de plancher créé, soit 13 places et pour les visiteurs 1 place pour 3 logements crées, soit 3 places, soit un total de seize places. Ainsi, la construction en litige méconnaît les dispositions de l'article UP11 du règlement du PLUi.

14. Il résulte de l'instruction que le maire aurait pris la même décision s'il s'était fondé initialement sur les motifs tirés de la méconnaissance des articles UP10 et UP11 du règlement du PLUi. Par suite, il n'y a dès lors pas lieu de procéder aux substitutions demandées.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation de l'arrêté du 15 janvier 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. Le présent jugement rejetant les conclusions de la requête de M. B, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qu'il présente doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Aux termes de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Marseille qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. B demande sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au M. C B et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Coppin, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2025.

La rapporteure,

signé

M. Ridings

La présidente,

signé

M. Lopa Dufrénot

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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