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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2402473

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2402473

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2402473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantRUDLOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 mars et 7 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Rudloff, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement dans l'attente de l'examen de sa demande d'asile devant la cour nationale du droit d'asile ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

5°) de mettre une somme de 1 500 euros hors taxes à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué ne justifie pas de sa compétence ;

- l'arrêté du 20 février 2024 a été pris alors que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'erreurs de fait ;

- le préfet a méconnu son droit à être entendu ;

- le préfet a commis une erreur de droit en se sentant lié par la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides alors qu'il lui appartenait de vérifier que la décision d'éloignement ne méconnait pas l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle ne peut être éloignée dans la mesure où elle a introduit une demande de réexamen de sa demande d'asile le 5 avril 2024 et qu'elle s'est vu délivrer une attestation de demandeur d'asile en procédure de réexamen valable du 27 mars au 26 septembre 2024 ;

- l'attestation de demandeur d'asile valable jusqu'au 27 mars 2024 a été prolongée par sa demande de réexamen jusqu'au 26 septembre suivant et elle ne peut pour ce motif être éloignée ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte atteinte au respect du principe du non-refoulement ;

- présente en France depuis juin 2022, elle souffre de stress post-traumatique et n'a plus de famille dans son pays d'origine tandis que son père la menace en cas de retour au Mali ;

- par exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français emporte l'illégalité des autres décisions ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- en fixant à un an la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, le préfet a fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle justifie d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours devant l'office.

Le préfet des Alpes-de-Haute-Provence n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gaspard-Truc pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 213-9, L. 512-1, L. 556-1 et L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Gaspard-Truc, magistrate désignée,

- les observations de Me Rudloff, représentant Mme A. Me Rudloff soutient à l'audience qu'outre la circonstance que Mme A n'est pas accompagnée de son mari qui se serait vu refuser l'asile, l'arrêté attaqué repose sur un défaut d'examen sérieux dès lors que la requérante est entrée régulièrement sur le territoire français munie d'un visa.

Le préfet des Alpes-de-Haute-Provence n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante malienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée d'un an.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. ".

5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet s'est notamment fondé, pour justifier la mesure d'éloignement en litige, sur la circonstance que l'époux de Mme A a été débouté de l'asile. L'arrêté attaqué mentionne en outre que l'intéressée est irrégulièrement entrée en France, non munie de visa. Or, Mme A soutient, sans être utilement contredite par le préfet des Alpes-de-Haute-Provence, qui n'était ni présent ni représenté à l'audience et n'a produit aucun document dans la présente affaire, qu'elle n'est pas accompagnée de son mari et qu'elle est entrée régulièrement en France. Le passeport de Mme A joint au dossier atteste de ce qu'elle est effectivement entrée en France le 12 juin 2022 munie d'un visa Schengen de type C délivré par les autorités néerlandaises et valable du 10 juin au 10 juillet 2022. Il ressort en outre de l'entretien conduit par l'office français de protection des réfugiée et apatrides que si Mme A a été mariée dans son pays d'origine, elle a décidé de fuir le domicile conjugal du fait, selon ses dires, des violences subies par son époux. Par suite, Mme A est fondée à soutenir qu'en fondant sa décision sur le 1° de l'article L. 611-1 du fait de son entrée irrégulière en France et du rejet de la demande d'asile de son époux, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a entaché son arrêté d'erreurs de fait et n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 20 février 2024 du préfet des Alpes-de-Haute-Provence doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public oun organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

8. L'exécution du présent jugement, compte tenu de son motif d'annulation et des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, implique seulement qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-de-Haute-Provence, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme A de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Rudloff, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rudloff d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 20 février 2024 du préfet des Alpes-de-Haute-Provence est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Rudloff renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 1000 euros à Me Rudloff, avocate de la requérante, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

F. Gaspard-TrucLa greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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