mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2402553 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CHEBBI-TRIFI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 et 18 mars 2024, M. A C, représenté par Me Trifi, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;
2°) de suspendre les effets de l'arrêté d'expulsion du 24 janvier 2024 pris en son encontre par le préfet des Bouches-du-Rhône et ordonner à cette autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à compter de la signification de l'ordonnance à intervenir et de décider que cette ordonnance sera exécutoire dès qu'elle aura été rendue, en application de l'article R. 522-13 du code de justice administrative,
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2000 euros à verser à Me Trifi, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'urgence est établie, dès lors qu'il est placé en centre de rétention et peut être expulsé à tout moment ;
- l'arrêté en litige porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir et à l'article 8 de la CEDH, car il réside en France depuis plus de vingt ans, qu'il est arrivé en France avant l'âge de 13 ans, que toute sa famille réside en France ;
- la décision en litige est illégale, car il n'est pas démontré que son comportement porte une atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, et que son comportement n'est pas lié à une activité terroriste ou constituant des actes de provocations à la discrimination, à la haine, ou à la violence contre une personne déterminée ;
- il a purgé sa peine sans incident, pour des faits commis en 2016 et a été diagnostiqué souffrant de troubles psychiatriques ;
- les moyens propres à créer un doute sur la légation de l'arrêté d'expulsion en litige porte sur l'incompétence du signataire de l'acte attaqué, sur le fait qu'il n'est pas établi que la procédure d'expulsion a été respectée, sur son insuffisance de motivation ent en droit et en fait, sur le fait que l'administration n'a pas statué sur sa demande de renouvellement de titre de séjour,
Par un mémoire en défense, enregistrés le 18 mars 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet.
Il soutient que :
- l'urgence n'est pas caractérisée, aucun vol à destination du Maroc n'étant réservé ;
- l'intéressé ne justifie ni de son entrée sur le territoire national à l'âge de 8, 9 ans ou 13 ans, ni ne démontre résider de manière habituelle en France depuis son enfance ;
- il ne justifie pas de liens familiaux intenses avec sa famille ;
-aucune atteinte à la liberté d'aller et venir du requérant ne peut être établie ;
- les moyens relatifs à la légalité de l'arrêté d'expulsion sont inopérants ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Boislard, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu Me Trifi, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens;
Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard à l'urgence, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. C à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Ces dispositions subordonnent la possibilité pour le juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'elles lui confèrent à la double condition, d'une part, qu'une autorité administrative ait porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, d'autre part, qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention du juge des référés dans de très brefs délais, sous réserve que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans la situation d'urgence qu'il invoque.
3. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ". Selon l'article L. 613-3 de ce code : Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes :
1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; 2° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; La circonstance qu'un étranger mentionné aux 1° à 5° a été condamné définitivement à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à cinq ans ne fait pas obstacle à ce qu'il bénéficie des dispositions du présent article. "
4. Eu égard à son objet et à ses effets, une décision prononçant l'expulsion d'un étranger du territoire français, porte, en principe, et sauf à ce que l'administration fasse valoir des circonstances particulières, par elle-même atteinte de manière grave et immédiate à la situation de la personne qu'elle vise et crée, dès lors, une situation d'urgence justifiant que soit, le cas échéant, prononcée la suspension de cette décision. Il appartient au juge des référés, saisi d'une telle décision, de concilier les exigences de la protection de la sûreté de l'Etat et de la sécurité publique avec la liberté fondamentale que constitue le droit à mener une vie familiale normale. La condition d'illégalité manifeste de la décision contestée, au regard de ce droit, ne peut être regardée comme remplie que dans le cas où il est justifié d'une atteinte manifestement disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure contestée a été prise.
5. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une menace grave à l'ordre public pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
6. Il résulte de l'instruction que pour décider de l'expulsion M. C, ressortissant marocain, le préfet des Bouches-du-Rhône a notamment considéré que, l'intéressé s'était rendu coupable le 22 avril 2016 à des faits de viol commis par une personne en état d'ivresse manifeste et qu'en raison de l'ensemble de son comportement la présence de cetétranger sur le territoire français constituait une menace grave pour l'ordre public et qu'aucune atteinte disproportionnée n'était portée au respect de sa vie privée et familiale.
7. En premier lieu, si M. C, ressortissant marocain, né le 8 novembre 1991, déclare être entré en France en 2004, un peu avant l'âge de 13 ans, il ne justifie pas, en tout état de cause, résider habituellement depuis cette date sur le territoire national par les documents qu'il produits, épars et non suffisamment circonstanciés en ce qui concerne les années 2004 à 2007 et pour l'année 2015, pour la période postérieure au 1er trimestre. Dans ces conditions, il ne justifie pas d'avantage résider régulièrement en France depuis plus de vingt ans, alors, en outre, que l'intéressé a été écroué le 24 avril 2016 et que les années passées en détention ne pouvant être prises en compte pour le calcul des vingt ans mentionnés par les dispositions législatives précitées. Par suite, M. C ne peut se prévaloir de la protection prévue par les dispositions de l'article L. 631-3 précitées.
8. En deuxième lieu, il est constant que le requérant, célibataire et sans enfant, a, par ailleurs, a été condamné à 10 ans de réclusion criminelle et de 5 ans de suivi socio-judiciaire pour viol par personne en état d'ivresse manifeste et sur personne vulnérable le 12 septembre 2018 pour des faits commis le 22 avril 2016. Il a été également signalé pour avoir mis le feu volontairement à sa cellule le 29 décembre 2021, et le 16 septembre 2022, pour avoir agressé sa mère, ce qui a entrainé une hospitalisation sous contrainte psychiatrique, laquelle a été levée en l'absence de mise en évidence de troubles psychiatriques. Si le requérant allègue être dépourvu de toutes attaches familiales au Maroc, il ne l'établit pas. S'il fait également valoir que ses parents, titulaires d'une carte de résident et que son frère et ses deux sœurs ont la nationalité française, il n'établit pas davantage la réalité et l'intensité des liens avec ceux-ci. Dans ces conditions, et eu égard à la gravité des faits pour lesquels l'intéressé a été pénalement condamné, et compte tenu du risque qu'il fait peser sur l'ordre public, même s'il a bénéficié de réduction de peines, la mesure d'expulsion prise en son encontre ne porte pas à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte manifestement disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure contestée a été prise.
9. En troisième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la décision d'expulsion prise à l'encontre de l'intéressé ait porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir.
10. Enfin, si le requérant se prévaut d'autres moyens de légalité dirigés contre l'arrêté portant expulsion, il ne se prévaut de la méconnaissance d'aucune autre liberté fondamentale que celles précédemment évoquées.
11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il ne soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions de la requête présentée sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 de ce même code doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille le 19 mars 2024.
La juge des référés,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026