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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2402566

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2402566

vendredi 14 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2402566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTRIFI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a annulé l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône avait prononcé l'expulsion de M. B, ressortissant marocain. Le tribunal a jugé que le préfet était incompétent pour prendre cette décision, car M. B, entré en France à l'âge de douze ans et y résidant habituellement depuis l'âge de treize ans, relevait de la protection spéciale de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, réservant la compétence au ministre de l'intérieur. La solution retenue est l'annulation de l'arrêté pour incompétence de l'auteur de l'acte, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2024, M. A B, représenté par Me Trifi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision prononçant son expulsion du territoire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- l'administration préfectorale aurait dû préalablement statuer sur sa demande de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle n'a pas été prise sur le fondement de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son comportement ne porte pas atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État, n'est pas lié à une activité terroriste ni ne relève d'actes de provocations à la discrimination, à la haine, ou à la violence contre une personne déterminée ;

- son comportement ne constitue pas une menace grave pour l'ordre public ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision prononçant son expulsion du territoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delzangles,

- les conclusions de Mme Gioncanti, rapporteure publique,

- et les observations de Me Trifi, représentant M. B.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 9 janvier 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 24 janvier 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé l'expulsion du territoire français de M. B, ressortissant marocain, au motif que sa présence constituait une menace grave pour l'ordre public, et a fixé le pays de destination de cette mesure. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision prononçant l'expulsion du requérant :

2. Aux termes de l'article L. 631-3 dans sa rédaction applicable : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : / 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / 2° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; () / La circonstance qu'un étranger mentionné aux 1° à 5° a été condamné définitivement à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à cinq ans ne fait pas obstacle à ce qu'il bénéficie des dispositions du présent article ". Aux termes de l'article R*632-2 du même code : " L'autorité administrative compétente pour prononcer l'expulsion d'un étranger en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 ainsi qu'en cas d'urgence absolue est le ministre de l'intérieur ".

3. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu protéger de l'éloignement les étrangers qui sont en France depuis l'enfance, à raison de leur âge d'entrée et d'établissement sur le territoire. Dans ce cadre, les éventuelles périodes d'incarcération en France, si elles ne peuvent être prises en compte dans le calcul d'une durée de résidence, ne sont pas de nature à remettre en cause la continuité de la résidence habituelle en France depuis au plus l'âge de treize ans, alors même qu'elles emportent, pour une partie de la période de présence sur le territoire, une obligation de résidence, pour l'intéressé, ne résultant pas d'un choix délibéré de sa part.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B, né le 8 novembre 1991, est entré en France par la voie du regroupement familial au mois de juin 2004 à l'âge de douze ans et qu'il justifie, par les pièces nombreuses et diversifiées qu'il produit, dont la copie intégrale de son passeport établi à Marseille en 2008 et renouvelé en 2014, des certificats de scolarité entre 2004 et 2007, des attestations de formation et des bulletins de salaire à compter de 2008, antérieurement à sa détention entre avril 2016 et novembre 2023, qu'il réside habituellement sur le territoire depuis l'âge de treize ans. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône n'était pas compétent pour prendre la décision en litige.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a expulsé M. B du territoire doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination :

6. La décision prononçant l'expulsion de M. B étant illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision fixant le pays de destination doit être accueilli.

7. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a fixé le pays de destination de son expulsion.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 14 mars 2024 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Le présent jugement ne se prononçant pas sur le droit au séjour du requérant, les conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un titre de séjour, de réexamen de sa demande et de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 mars 2024 est annulé.

Article 2 : L'État versera à M. B une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Devictor, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

B. Delzangles

Le président,

Signé

P-Y. Gonneau La greffière,

Signé

J. David

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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