jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2402576 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | HEAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 28 mars 2024, M. D G demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des effets de l'arrêté du 6 octobre 2023 par lequel le maire de la commune d'Ensuès-la-Redonne a délivré un permis de construire à M. B et Mme E ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Ensuès-la-Redonne, d'une part, et de M. B et Mme E, d'autre part, la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a intérêt à agir en sa qualité de voisin immédiat ;
- le projet va s'accompagner de diverses nuisances liées à l'intensification du trafic sur la voie privée interne, qui n'est pas adaptée, ce qui emporte également un risque accru d'accidents de la route ;
Sur l'urgence :
- l'urgence est présumée eu égard au caractère difficilement réversible des travaux ;
Sur l'existence d'un doute sérieux :
- la demande de permis de construire est incomplète en raison de l'absence au dossier d'une évaluation des incidences du projet sur le site Natura 2000 situé à proximité immédiate et soumise à un risque feu de forêt fort à exceptionnel en violation de l'article L. 441-6 du code de l'urbanisme ;
- l'autorisation de défrichement accordée aux pétitionnaires le 12 mai 2022 est illégale au regard des articles L. 134-6 et R. 134-4 du code forestier et le permis est illégal par voie d'exception de cette illégalité ;
- le projet méconnaît l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme en ce que la construction et ses accès seront réalisés sur une zone Espace boisé classé alors qu'aucun changement de destination ne peut être opéré dans cette zone ;
- le projet méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dès lors que la parcelle support du projet est située pour partie en zone d'aléa feu de forêt fort voire exceptionnel et qu'y sont donc interdites toutes constructions nouvelles ou suppose une construction limitée et conditionnée par des mesures de défendabilité efficaces ; la parcelle n'est pas défendable contre le risque incendie en l'absence de rayon de courbure intérieur minimal suffisant et de pente excessive ne permettant pas l'accès des pompiers ; en l'état, les mesures imposées ne paraissent pas pouvoir être respectées ; les prescriptions incendie doivent être plus renforcées ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit car la demande a été instruite au regard du PLUi actuellement applicable alors qu'elle aurait dû l'être au regard du PLU en vigueur à la date de l'obtention du permis d'aménager compte tenu du principe de cristallisation de la règle d'urbanisme pendant cinq ans prévue à l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, le permis ne mentionnant pas que le terrain serait partiellement couvert par une zone Ns ;
- le permis est illégal en ce qu'il a été délivré en violation d'une déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux (DDACT) du permis d'aménager illégale, la seule régularisation possible consistant dans le dépôt d'un nouveau permis d'aménager ;
- le projet méconnaît le règlement sanitaire et crée un risque pour la salubrité publique relativement à la gestion des eaux pluviales, les eaux usées devant se raccorder au réseau d'assainissement collectif ; l'infiltration des eaux pluviales est impossibles compte tenu du contexte hydrogéomorphologique défavorable et de la nécessité de respecter les articles 640 et suivants du code civil ;
- il méconnaît l'article UP5 du PLUI en ce qu'il présente une hauteur excessive par rapport au terrain fini décaissé.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2024, Mme A E et M. C B, représentés par Me Heam, concluent :
- au rejet de la requête ;
- à la condamnation du requérant à leur verser une somme de 10 000 euros au titre de la procédure abusive ;
- à la mise à la charge du requérant d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le requérant ne dispose pas d'un intérêt à agir suffisant, n'étant pas voisin immédiat du projet ;
- l'urgence n'est pas caractérisée, en l'absence de preuve de tout commencement des travaux ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité du permis de construire contesté.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2024, la commune d'Ensuès-la-Redonne, représentée par Me Touitou, conclut :
- au rejet de la requête ;
- à la mise à la charge du requérant de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- à la condamnation du requérant à lui verser la somme de 8 000 euros pour abus de droit.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée sous le n° 2402539.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Hogedez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 avril 2024 à 11 heures, en présence de M. Brémond, greffier d'audience :
- le rapport de Mme Hogedez, juge des référés ;
- les observations de M. G, qui a renouvelé, en les développant ou les précisant, les moyens de la requête ;
- celles de Me Touitou, pour la commune d'Ensuès-la-Redonne ;
- et celles de Me Heam, pour M. B et Mme E.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
M. G a présenté trois notes en délibéré enregistrées les 2, 3 et 4 avril 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 1er février 2021, le maire de la commune d'Ensuès-la-Redonne a délivré à Mme F un permis d'aménager en vue de la réalisation d'un lotissement de huit lots dont, notamment, sept lots à bâtir et un lot destiné à accueillir trois logements sociaux groupés. Par un arrêté du 6 octobre 2023, il a délivré à M. B et Mme E un permis de construire une maison individuelle en R+1 de 130,75 mètres carrés, sur une parcelle cadastrée section AD n° 46, située 140 chemin de Maufatan. Par la présente requête en référé, M. G demande la suspension de l'exécution des effets de ce permis de construire.
Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir :
2. Il résulte de l'instruction que la parcelle, support du projet contesté, se situe à l'extrémité la plus opposée du terrain d'assiette du lotissement par rapport au chemin du Maufatan et à 80 mètres au moins de la propriété de M. G, dont il est séparé, d'une part, par ce chemin, d'une largeur de six mètres hors accotement et de près de neuf mètres avec l'emprise publique, et d'autre part par la maison déjà édifiée de Mme F. M. G n'a donc pas la qualité de voisin immédiat de la parcelle support du projet et ne peut donc revendiquer à son bénéficie, contrairement à ce qu'il soutient, une présomption d'intérêt à agir à l'encontre du permis de construire en litige. Par ailleurs, les atteintes que le requérant allègue, quant aux conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien ne sont aucunement démontrées. Il n'est pas même établi que le projet attaqué serait visible depuis sa propriété, entourée d'un haut mur de clôture et fermée d'un portail. Et il n'est pas davantage démontré que l'accès au chemin du Maufatan, compte tenu de sa largeur, et au demeurant déjà fréquenté par les occupants des résidences déjà construites en amont, verrait sa fréquentation accrue par le ou les véhicules de M. B et Mme E dans des conditions telles que la sécurité des lieux, y compris l'accès par M. G, s'en trouverait dégradée, alors surtout que l'accès au chemin du Maufatan par les pétitionnaires se réalisera par la voie interne au lotissement et non directement depuis la parcelle support de leur projet. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, les parties en défense sont fondées à soutenir que M. G ne justifie pas d'un intérêt à agir à l'encontre du permis de construire attaqué.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Il résulte de ces dispositions que le prononcé d'une ordonnance de suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l'existence d'une situation d'urgence et d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Sur la condition d'urgence :
4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Il résulte de l'instruction, et il a d'ailleurs été confirmé lors de l'audience publique, que les travaux de construction de la maison de M. B et Mme E n'ont pas débuté, les pétitionnaires souhaitant attendre que leur permis soit devenu définitif. Il s'ensuit que contrairement à ce que soutient M. G, qui ne peut pas utilement se borner à soutenir, à cet égard, que les travaux sont susceptibles de bientôt commencer, que la condition d'urgence n'est pas satisfaite.
Sur l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision :
6. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. G, tels qu'exposés dans les visas de la présente ordonnance, et pour l'essentiel inopérants en tant qu'ils sont dirigés contre le permis d'aménager, n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité du permis de construire qu'il conteste.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'en l'absence d'intérêt à agir du requérant et du non-respect, au surplus, des deux conditions imposées par l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative, la requête de M. G doit être rejetée.
Sur les frais d'instance :
8. Aux termes de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
9. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que les conclusions présentées par M. G, partie perdante à l'instance, doivent, en tout état de cause, être rejetées. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. G, d'une part, une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. B et Mme E et, d'autre part, une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la commune d'Ensuès-la-Redonne, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur l'amende pour recours abusif :
10. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions de la commune d'Ensuès-la-Redonne et de M. B et Mme E, tendant à ce que M. G soit condamné à une telle amende, ne sont pas recevables.
11. Toutefois, et relativement aux pouvoirs que le juge administratif, y compris en référé, détient de ces dispositions, il y a lieu de constater que la requête de M. G présente un caractère abusif, eu égard à l'absence d'intérêt à agir du requérant, qui multiplie les requêtes contentieuses en vue de faire échec à la réalisation de projets d'urbanisme, à l'absence d'urgence et à l'absence de moyens de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité du permis de construire délivré à M. B et Mme E. Dans ces conditions, il y a lieu d'infliger à M. G une amende de 4 000 euros en application de ces dispositions.
12. Il sera par ailleurs rappelé aux parties l'existence des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme qui permettent au bénéficiaire d'un permis de construire de demander, par mémoire distinct, au juge administratif de condamner l'auteur du recours à lui allouer des dommages et intérêts lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre le permis est mis en œuvre dans des conditions qui excèdent la défense des intérêts légitimes du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. G est rejetée.
Article 2 : M. G versera la somme de 2 000 euros à la commune d'Ensuès-la-Redonne, ainsi que la somme de 2 000 euros à M. B et Mme E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : M. G est condamné à une amende pour recours abusif d'un montant de 4 000 euros en application de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la commune d'Ensuès-la-Redonne et de M. B et Mme E est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. D G, à M. C B et Mme A E et à la commune d'Ensuès-la-Redonne.
Copie en sera adressée, en vue de recouvrement de l'amende, au directeur des finances publiques des Bouches-du-Rhône et à Me Philippe Boulisset, pour information.
Fait à Marseille, le 11 avril 2024.
La vice-présidente désignée,
juge des référés,
signé
I. Hogedez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef,
Le greffier.
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026