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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2402600

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2402600

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2402600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMBENGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2024, M. A B demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour ;

Il soutient qu'il est venu en France pour échapper au service militaire et rejoindre les membres de sa famille y résidant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le Règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le Règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charpy, conseillère, en application des dispositions des articles L. 572-6 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mars 2024 :

- le rapport de Mme Charpy, magistrate désignée ;

- les observations de Me Mbengue, avocat commis d'office, représentant le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et soutient en outre que l'arrêté décidant le transfert de M. B aux autorités croates est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent ayant mené l'entretien individuel était qualifié pour ce faire ;

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

En présence de Mme C, interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant de nationalité turque, né le 15 mai 2004, a déclaré le 29 janvier 2024 son intention de solliciter l'asile. Le relevé de ses empreintes digitales réalisé le jour même a révélé qu'il a sollicité une demande de protection internationale auprès des autorités croates le 3 juillet 2023. Les autorités croates, saisies le 31 janvier 2024 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18.1b du règlement UE n° 604/2013 susvisé, ayant donné leur accord explicite 14 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé, par arrêté du 14 mars 2024, le transfert de l'intéressé aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un arrêté du même jour, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. B demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir ces deux arrêtés.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / 2. L'entretien individuel peut ne pas avoir lieu lorsque : () b) après avoir reçu les informations visées à l'article 4, le demandeur a déjà fourni par d'autres moyens les informations pertinentes pour déterminer l'État membre responsable. () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, le 29 janvier 2024, M. B a été reçu par un agent de la préfecture pour un entretien individuel durant lequel il a pu présenter ses observations comme cela résulte du résumé de cet entretien produit par le préfet des Bouches-du-Rhône. À cet égard, aucune disposition n'impose la mention sur le compte-rendu de l'entretien individuel prévu à l'article 5 précité de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien. En vertu des dispositions combinées des articles L. 521-1 et R. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'État responsable de leur traitement, le préfet des Bouches-du-Rhône était compétent pour enregistrer la demande d'asile de M. B et procéder à la détermination de l'État membre responsable de l'examen de cette demande. Dans ces conditions, les services du préfet du Bouches-du-Rhône, et en particulier les agents recevant les étrangers, doivent être regardés comme ayant la qualité, au sens de l'article 5 précité du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de " personne qualifiée en vertu du droit national " pour mener l'entretien prévu à cet article. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé d'une garantie prévue par les dispositions de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 et le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En second lieu, si M. B produit les copies, parfois illisibles, des titres de séjour de plusieurs personnes portant le même nom que lui, cette seule circonstance ne permet d'établir ni la nature ni la réalité des liens l'unissant à ces personnes. Dans ces conditions, le moyen, à le supposer articulé, tiré de l'atteinte disproportionnée portée par l'arrêté décidant le transfert de M. B aux autorités croates, à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ne peut qu'être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du- Rhône.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Charpy

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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