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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2402705

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2402705

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2402705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHARTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2024, Mme A C, représentée par Me Chartier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au bénéfice de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et a été pris sans examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'un vice de procédure ;

- il est entaché d'erreurs de fait et d'erreurs de droit dans la mise en œuvre des dispositions des articles L. 425-10 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et celle de son fils mineur.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boidé pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Boidé a été entendu au cours de l'audience publique du 16 avril 2024 à l'issue de laquelle l'instruction a été close, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante arménienne née le 27 août 1979 à Erevan, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône, constatant que sa demande d'asile a été rejetée, a abrogé le récépissé ou l'attestation de demande d'asile dont elle était titulaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. La requête n'est ni manifestement irrecevable, ni manifestement dénuée de fondement. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier, qui ne sont aucunement contestées par le préfet des Bouches-du-Rhône, que pendant l'instruction de sa demande de protection internationale par les instances compétentes en matière d'asile, Mme C a sollicité auprès des services préfectoraux l'enregistrement d'une demande d'admission au séjour en raison de l'état de santé de son fils B, né le 5 juin 2008 et atteint d'un sarcome synovial, soit un cancer des tissus mous de la joue ayant nécessité une prise en charge spécialisée, actuellement poursuivie au sein du service d'oncologie hématologie pédiatrique de l'hôpital de La Timone, ainsi qu'il ressort des certificats médicaux datés des 4 septembre 2023 et 12 février 2024 qui sont versés au dossier. Au vu de cette demande, Mme C a été convoquée par les services préfectoraux à Marseille, successivement, le 4 août 2023, le 4 décembre 2023, le 16 février 2024 puis le 8 mars 2024. Alors que la requérante expose sans être contredite qu'en dépit de ces rendez-vous, son dossier de demande d'admission au séjour en qualité de parent d'enfant malade a systématiquement fait l'objet d'un refus d'enregistrement au guichet préfectoral, il ressort des mentions de l'arrêté en litige que le préfet ne s'est pas prononcé sur cette demande, dont il a pourtant été dument saisi. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que l'arrêté qu'elle conteste a été pris sans examen complet de sa situation, et à en demander l'annulation pour ce motif.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté attaqué doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu et par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, le présent jugement implique seulement que le préfet des Bouches-du-Rhône procède au réexamen de la situation de Mme C. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique également que, par application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme C soit, dans cette attente, munie d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Chartier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à ce conseil de la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 27 février 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la situation de Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Chartier, sous réserve de sa renonciation à la perception de la part contributive de l'Etat, une somme de 800 (huit cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Chartier et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. Boidé

La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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