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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2402811

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2402811

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2402811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantRUDLOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Rudloff demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes l'a assignée à résidence dans le département des Hautes-Alpes pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Hautes-Alpes de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle mention vie privée et familiale, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet des Hautes Alpes de réexaminer sa situation au regard de la globalité de son droit au séjour, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision et, dans tous les cas, de lui délivrer sans délai un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

-elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 432-1-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que les faits reprochés ne sont pas établis ;

- elle méconnaît les articles L. 423-21 et L. 433-4 du même code ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du même code ;

- elle méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il ne peut lui être opposé le fait qu'elle constitue une menace à l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle portant refus de délai de départ volontaire ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est dépourvu de base légale ;

- son état de santé fait obstacle à ce que soit prise aux modalités d'exécution de l'arrêté attaqué ;

- il est illégal par voie d'exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2024, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Ridings pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Ridings, magistrate désignée,

- et les observations de Me Rudloff, représentant Mme A, non présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui soulève un moyen nouveau tiré du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de la requérante.

Le préfet des Hautes-Alpes n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante russe née le 22 octobre 2001, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 mars 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ainsi que l'arrêté du 6 mars 2024 par le lequel cette même autorité l'a assignée à résidence dans le département des Hautes-Alpes pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

3. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-3 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, qu'en cas d'assignation à résidence du requérant, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour et assignant à résidence, dont il pourrait être saisi. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.

4. Il s'ensuit qu'il n'y a lieu de statuer, dans le présent jugement, que sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 6 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de trois, ainsi que sur celles tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 mars 2024 portant assignation à résidence dans le département des Hautes-Alpes pour une durée de quarante-cinq jours. En revanche, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de refus de renouvellement du titre de séjour sollicité par la requérante doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction afférentes à cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de l'exception tirée de l'illégalité du refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : () 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal ; () ". Aux termes de l'article 441-2 du code pénal : " Le faux commis dans un document délivré par une administration publique aux fins de constater un droit, une identité ou une qualité ou d'accorder une autorisation est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. L'usage du faux mentionné à l'alinéa précédent est puni des mêmes peines ".

6. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet des Hautes-Alpes s'est fondé sur les dispositions précitées après avoir relevé que pour obtenir une prestation sociale liée à sa grossesse auprès de la caisse des allocations familiales de la Marne, la requérante avait falsifié son titre de séjour. Toutefois, pour parvenir à cette conclusion, le préfet s'est essentiellement fondé sur la copie du titre de séjour que l'intéressée avait transmis à cette administration. Dès lors, les dispositions de l'article 441-2 du code pénal ne sont pas applicables à l'intéressée, dans la mesure où une copie du titre de séjour ne constitue pas " un document délivré par une administration publique " au sens des dispositions précitées. Le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur de droit est donc fondé.

7. Si le préfet fait désormais état, dans ses écritures, des dispositions de l'article L. 441-1 du code pénal, en vertu desquelles : " Constitue un faux toute altération frauduleuse de la vérité, de nature à causer un préjudice et accomplie par quelque moyen que ce soit, dans un écrit ou tout autre support d'expression de la pensée qui a pour objet ou qui peut avoir pour effet d'établir la preuve d'un droit ou d'un fait ayant des conséquences juridiques. Le faux et l'usage de faux sont punis de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ", il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait pris la même décision en se fondant sur ces dispositions alors, d'une part, que l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui laisse un large pouvoir d'appréciation, d'autre part, qu'il n'est pas établi que la requérante serait à l'origine du document contesté, alors qu'au demeurant elle est titulaire en dernier lieu d'un titre de séjour vie privée et familiale valable du 5 juin 2021 au 4 juin 2023 puis d'un récépissé valable pour une durée de 6 mois et renouvelé pour 3 mois jusqu'au 7 mars 2024 et que l'authenticité de ces documents administratifs n'est pas contestée.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français attaquée ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de toutes les décisions qui en procèdent, à savoir les décisions de fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement, de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, d'interdiction de retour sur le territoire français et d'assignation à résidence.

Sur les conclusions subsidiaires à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

10. L'exécution du présent jugement implique seulement, en application des dispositions citées au point précédent, que Mme A se voit délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur sa situation. Il y a lieu, eu égard au motif d'annulation retenu et par application des dispositions précitées, d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans cette attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

11. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, Me Rudloff peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rudloff d'une somme de 1 000 euros, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, cette somme sera versée à la requérante.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation du refus de renouvellement du titre de séjour de la requérante sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Marseille.

Article 3 : Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, et assignant Mme A à résidence, contenues dans les arrêtés du préfet des Hautes-Alpes du 6 mars 2024 sont annulées.

Article 4 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Alpes de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente et sans délai une autorisation provisoire de séjour.

Article 5 : L'Etat versera à Me Rudloff une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Rudloff renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, cette somme sera versée à la requérante.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Constance Rudloff et au préfet Hautes-Alpes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. Ridings

La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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