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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2403077

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2403077

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2403077
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL ANDREANI-HUMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, la société Bouygues Telecom et la société par actions simplifiées Cellnex France, agissant par leurs représentant légaux en exercice, représentés par Me Hamri, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le maire d'Aix-en-Provence s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 13 001 24J0018 déposée le 8 janvier 2024 ;

2°) d'enjoindre au maire d'Aix-en-Provence à titre principal, de délivrer un certificat de non opposition et à titre subsidiaire d'effectuer une nouvelle instruction de la demande dans le délai d'un mois à compter de la date de notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence le versement aux sociétés requérantes de la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est constituée compte tenu des effets de la décision en litige qui porte atteinte à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et à l'intérêt de la société Cellnex France de tenir ses engagements relativement à cette couverture.

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le projet ne porte pas atteinte à l'intérêt des lieux et ne méconnaît donc ni les prescriptions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ni celles de l'article 11 du règlement de la zone N du plan local d'urbanisme ;

- le projet ne porte pas atteinte à la sécurité publique au sens de l'article R. 111-2 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Andreani conclut au rejet de la requête et demande la mise à la charge des sociétés requérantes du versement à son profit de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Elle sollicite une substitution de motif tiré de la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire, enregistré le 15 avril 2024, les sociétés requérantes persistent dans leurs écritures.

Elles soutiennent que la substitution de motif n'est pas fondée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2402595.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 avril 2024 à 10 heures, en présence de Mme Boncet, greffière d'audience :

- le rapport de M. Gilles Fedi ;

- les observations de Me Cochet, représentant les sociétés requérantes, qui s'en rapporte au bénéfice des précédentes écritures sur l'urgence, quant à la légalité, l'intégration du projet n'est pas de nature à porter atteinte au milieu environnant, par ailleurs le projet ne méconnait pas l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le dossier était complet et en tout état de cause il appartenait à la commune de solliciter des pièces complémentaires, le motif de refus ainsi que la substitution de motif ne sont pas fondés ;

- et les observations de Me Andréani, représentant la commune, qui soutient que la parcelle assiette du projet est en zone naturelle marquée par des trames au plan local d'urbanisme, l'antenne ne pourra pas être camouflée ni masquée, par ailleurs, la parcelle qui est marquée par un aléa moyen, la commune n'était pas en mesure d'apprécier l'implantation de l'antenne compte tenu de l'aléa.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société requérante Cellnex France a déposé le 8 janvier 2024 une déclaration préalable relative à la création d'un pylône de radiotéléphonie et de quinze coffrets techniques sur un terrain situé 4885 route d'Eguilles à Aix-en-Provence. Par un arrêté du 25 janvier 2024, la commune a pris une décision d'opposition à cette déclaration préalable, aux motifs de l'atteinte à la sauvegarde des paysages de la campagne aixoise en méconnaissance de

l'article 11 du règlement de la zone N, et en raison de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et à l'objet même de la décision attaquée qui fait obstacle à la réalisation de travaux destinés au renforcement du réseau, et à la circonstance que la partie de territoire sur laquelle les installations doivent être implantées n'est couverte par les réseaux de la société requérante que de manière imparfaite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

Sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

5. En l'état de l'instruction, les moyens tiré de l'illégalité des deux motifs de refus fondés premièrement, sur l'atteinte portée par le projet à la sauvegarde des paysages caractéristiques de la campagne aixoise, en méconnaissance de l'article N11 et, deuxièmement, sur la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en raison de l'absence de documents du dossier de demande permettant de s'assurer que le projet est compatible avec l'aléa glissement de terrain affectant la zone, sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. La commune sollicite une substitution de motif tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, en tant que le terrain d'assiette du projet qui est situé en aléa moyen de glissement de terrain présente un risque. Toutefois, il ne résulte pas, en l'état de l'instruction, que ce nouveau motif serait susceptible de fonder légalement la décision. Par suite, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de procéder à la substitution de motif demandée par la commune.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état de l'instruction, aucun autre moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. En l'état de l'instruction, la présente ordonnance implique nécessairement d'enjoindre au maire d'Aix-en-Provence de délivrer, à titre provisoire, un certificat de non opposition à déclaration préalable à la société Cellnex France dans le délai de quinze jours à compter de la notification, sans qu'il soit besoin de prononcer une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence le versement aux sociétés requérantes de la somme globale de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 20 novembre 2023 s'opposant à la déclaration préalable déposée par la société Cellnex France est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête de la société Cellnex France tendant à son annulation.

Article 2 : Il est enjoint au maire d'Aix-en-Provence de délivrer, à titre provisoire, un certificat de non-opposition à déclaration préalable à la société Cellnex France dans le délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune d'Aix-en-Provence versera à la société Cellnex France et Bouygues Telecom la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Cellnex France et Bouygues télécom et à la commune d'Aix-en-Provence.

Fait à Marseille, le 22 avril 2024.

Le juge des référés,

signé

G. FEDI

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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