vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2403093 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CLERC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, Mme D C, représentée par Me Clerc, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision implicite du 8 mars 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 4 janvier 2024 ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 1 500 euros à Me Clerc en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'entretien préalable d'évaluation de sa vulnérabilité ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait quant au motif pour lequel elle a présenté une demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France, en méconnaissance de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur ce point ;
- elle n'a pas pris en compte sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 24 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision du 8 mars 2024 et au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée du 8 mars 2024 a été implicitement retirée par la décision du 16 avril 2024 octroyant à la requérante le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Mme B C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2024.
Vu :
- l'ordonnance n° 2403094 du 15 avril 2024 par laquelle le juge des référés a suspendu la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Delzangles,
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante guinéenne, a présenté le 4 janvier 2024 une demande d'asile et a accepté, le jour même, le bénéfice des condition matérielles d'accueil. Par une décision du 4 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé à l'intéressée le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle avait demandé l'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Le 8 janvier 2024, Mme B C a exercé un recours administratif préalable contre cette décision qui a été implicitement rejeté par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 8 mars 2024. Mme B C demande l'annulation de la décision du 8 mars 2024.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Mme B C ayant été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 19 avril 2024, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
3. Une décision intervenue pour l'exécution de l'ordonnance par laquelle le juge des référés d'un tribunal administratif a suspendu l'exécution d'un acte administratif revêt, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé. Il en est notamment ainsi lorsque l'administration décide, à l'issue du réexamen faisant suite à la décision de suspension d'un refus prise par le juge des référés, de faire droit à la demande. Eu égard à son caractère provisoire, une telle décision peut être remise en cause par l'autorité administrative.
4. Par une ordonnance n° 2403094 du 15 avril 2024, le juge des référés a suspendu l'exécution de la décision attaquée. Dès lors, la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a accordé à la requérante le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 19 avril 2024, intervenue en exécution de cette ordonnance, revêt un caractère provisoire. Par suite, il y a lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier () les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs () ".
6. Mme B C, qui allègue avoir quitté son domicile, alors qu'elle était enceinte, en raison des violences conjugales commises à son encontre par son conjoint et être seule pour élever son enfant, née le 8 novembre 2023, soutient être dans une situation de grande vulnérabilité justifiant l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Il ressort des pièces du dossier que la requérante bénéficie d'un suivi individuel du centre d'information sur les droits des femmes et des familles E depuis le 24 août 2023 et qu'elle a été orientée en urgence, le 1er septembre 2023, alors qu'elle était enceinte de sept mois, vers le service d'hébergement d'urgence du CHU femmes de Marseille suite aux violences conjugales dont elle a été victime. À la date de la décision attaquée, la requérante, mère isolée d'un nourrisson de quatre mois et bénéficiant d'un hébergement d'urgence dans le cadre du dispositif CHU femme, se trouvait dans une situation de grande précarité. Dans ces conditions, Mme B C est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation de sa vulnérabilité.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision en litige doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. Aux termes de l'article L. 553-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 551-9 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. Le versement de cette allocation est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article D. 553-1 du même code : " Sont admis au bénéfice de l'allocation prévue au présent chapitre, les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 551-9 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 521-7 () ".
9. En application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de proposer à Mme B C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à laquelle elle pouvait prétendre à compter du 4 janvier 2024, sous réserve qu'elle en remplisse les conditions, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme B C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Clerc, avocate de Mme B C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement une somme de 800 euros à Me Cassandre Clerc.
D É C I D E :
Article 1er : Mme B C n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision implicite du 8 mars 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder les conditions matérielles d'accueil à Mme B C est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de proposer à Mme B C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 4 janvier 2024, sous réserve qu'elle en remplisse les conditions, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve que Me Clerc renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 800 euros à Me Cassandre Clerc, avocate de Mme B C, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A, à Me Cassandre Clerc et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Delzangles, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
B. Delzangles
Le président,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2403093
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026