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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2403097

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2403097

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2403097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL GRIMALDI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mars 2024, M. et Mme C et E D, représentés par Me Singer, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° PC 013 04223 A 004 du maire de la commune de Géménos en date du 17 mai 2023 délivrant un permis de construire à Mme B ensemble la décision de rejet de leur gracieux du 28 juillet 2023 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Géménos la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Ils soutiennent que :

- la requête, introduite dans le délai de recours contentieux, est recevable ;

- elle est également recevable en respectant les dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- ils disposent de l'intérêt pour agir contre le permis en litige ;

- la condition d'urgence est présumée satisfaite en application de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, et, le premier mémoire en défense ayant été produit le 31 janvier 2024, la cristallisation des moyens est intervenue à la date de saisine du juge des référés ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

* elle a été signée par une autorité incompétente ;

* l'autorisation de surélévation est illégale du fait de l'illégalité de l'extension réalisée sans autorisation ;

* les dispositions de l'article 2 du règlement de la zone N du PLUi de Marseille Provence ont été méconnues, les éléments de surface contenus dans le dossier étant contradictoires entre eux, la superficie de la remise, située en tout état de cause dans un EBC, ne pouvant être prise en compte dans le calcul de la surface autorisant une extension, et la surélévation étant autorisée sur une extension dénuée d'autorisation ;

* les dispositions de l'article 9 du règlement de la zone N du PLUi de Marseille Provence ont été méconnues, la clôture existante étant sur élevée sans autorisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2024, la commune de Gémenos, représentée par Me Grimaldi, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants ne justifient pas de leur propriété à la date d'affichage en mairie des autorisations contestées ;

- ils n'établissent pas leur intérêt pour agir ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.

Vu :

- la requête enregistrée sous le n°2311385

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Salvage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique :

- le rapport de M. Salvage ;

- les observations de Me Singer pour les requérants qui persiste dans ses écritures, ajoute qu'elle justifie de la qualité de propriétaire de ces derniers à la date de délivrance de l'autorisation en litige, qu'étant voisins immédiats et le projet aggravant le préjudice de vue ils ont intérêt pour agir, que l'urgence est présumée par application de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, et que à la date d'entrée en vigueur du PLUi la construction ne faisait que 68 m2, empêchant ainsi l'extension projetée ;

- les observations de Me Bouakfa, pour la commune, qui abandonne la fin de non-recevoir tirée de l'absence de qualité de propriétaire et persiste dans ses écritures pour le surplus.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 9H45.

Une note en délibéré, produite pour les requérants, a été enregistrée le 23 avril à 11H28.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D demandent au juge des référés la suspension de l'arrêté du maire de la commune de Gémenos en date du 17 mai 2023 délivrant un permis de construire à Mme B.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. /La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite ().

4. Cette présomption d'urgence est toutefois dépourvue de caractère irréfragable. L'urgence justifie ainsi que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. D'une part, les dispositions du premier alinéa de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ont pour seul effet de rendre irrecevable une requête en référé suspension introduite au-delà du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort, la seule circonstance que ce délai ne soit pas échu, comme en l'espèce, au jour prêt, n'ayant pas pour conséquence de justifier de l'urgence, qui comme il l'a été dit n'a pas de caractère irréfragable.

6. D'autre part, le permis en litige a pour seul objet la surélévation partielle de la maison existante, la construction d'un garage accolé, d'une piscine et d'un mur de soutènement. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier et il n'est pas même soutenu, dans les écritures ou à l'audience, que ces travaux auraient vraiment débuté, et les requérants ne se prévalent d'aucun début d'élément justifiant d'une urgence particulière à le suspendre, alors que celui-ci a d'ailleurs été délivré presque un an auparavant.

7. Il s'ensuit que la condition d'urgence n'est pas satisfaite et que les conclusions aux fins de suspension doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

8. Aux termes de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que les conclusions présentées par M. et Mme D, partie perdante à l'instance, doivent être rejetées. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de ces derniers la somme de 1 000 euros à verser à la commune de Géménos au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : M. et Mme D verseront la somme de 1 000 euros à la commune de Gémenos au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme C et E D, à Mme A B et à la commune de Gémenos.

Fait à Marseille, le 23 avril 2024

Le juge des référés,

Signé

F. SALVAGE

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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