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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2403319

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2403319

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2403319
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLAURENS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2024 sous le n° 2403319, M. C B, ayant pour avocat Me Laurens, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la mise à exécution de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 19 février 2018 portant expulsion du territoire français ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens et en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B, de nationalité algérienne, soutient que :

*l'urgence est caractérisée ;

*une atteinte grave et manifestement illégale à des libertés fondamentales est à relever, en effet :

-au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de sa fille A est à relever ;

-au regard de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de son état de santé, en cas de retour dans son pays d'origine, une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à la vie est à relever.

Par un mémoire enregistré le 8 avril 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête, en soutenant que :

*l'urgence n'est pas caractérisée ;

*aucune atteinte disproportionnée au droit du requérant de mener une vie familiale normale n'est à relever.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 29 décembre 2020 ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Brossier, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 avril 2024 :

*le rapport de M. Brossier, juge des référés ;

*les observations de Me Laurens représentant M. B, qui a développé oralement son argumentation écrite, en maintenant l'ensemble de ses conclusions et moyens, en demandant en outre de lui accorder le bénéfice à titre provisoire de l'aide juridictionnelle, et en précisant que :

-si le préfet défendeur indique que son arrêté d'expulsion est exécutoire et qu'il appartiendra à l'intéressé d'en demander l'abrogation, il importe de signaler que cet arrêté d'expulsion n'a fait l'objet d'aucune notification régulière, ayant été notifié à son ancienne adresse alors qu'il avait signalé en temps voulu à l'administration sa nouvelle adresse sise boulevard Romain Rolland à Marseille ;

-si le préfet défendeur soutient qu'il ne dispose d'aucune autorité parentale sur son enfant A, cet argument est erroné puisque le juge judiciaire lui a accordé un droit de visite, lequel est compliqué à mettre en œuvre en raison du comportement de la mère de l'enfant, et alors que celle-ci a fait l'objet de sa part d'un signalement auprès du service social à l'enfance ;

-les attestations qu'il verse au dossier montrent qu'il participe à l'éducation de l'enfant ; s'agissant de l'entretien de l'enfant, si le juge judiciaire ne l'a pas astreint au versement d'une pension alimentaire, il paye le forfait de téléphonie mobile du portable avec lequel sa fille s'entretient avec lui ; la méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale avait été retenue par le tribunal de céans par jugement du 5 juillet 2017, mais le préfet des Bouches-du-Rhône n'en a alors tiré aucune conséquence en terme de délivrance de titre de séjour ;

-son état de santé est fragile ; d'une part, sa fiche de liaison fait état d'un syndrome de VIH non traité, mais il ne peut à cet égard produire des documents médicaux ; d'autre part, il a fait plusieurs tentatives de suicide en détention puis en rétention.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête susvisée, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction sous astreinte :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". En application de ces dispositions, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une autorité administrative aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale.

4. En vertu de l'ancien article L. 521-1 du code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu L. 631-1 du même code, l'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux anciens articles L. 521-2, L. 521-3 et L. 521-4 devenus L. 631-2 et L. 631-3. L'autorité compétente, pour prononcer une telle mesure de police administrative qui a pour objet de prévenir les atteintes à l'ordre public qui pourraient résulter du maintien d'un étranger sur le territoire français, doit caractériser l'existence d'une menace grave au vu du comportement de l'intéressé et des risques objectifs que celui-ci fait peser sur l'ordre public. Il appartient au juge des référés, saisi d'une telle décision d'expulsion, de concilier les exigences de l'ordre public avec les libertés fondamentales que constituent le droit de mener une vie familiale normale et le droit au respect de la vie familiale incluant, dans ce cadre familial, l'intérêt supérieur de l'enfant mineur. La condition d'illégalité manifeste de la décision contestée, au regard de ces droits, ne peut être regardée comme remplie que dans le cas où il est justifié d'une atteinte manifestement disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure contestée a été prise.

5. M. B, de nationalité algérienne, né en mars 1984, qui déclare être entré en France pour la dernière fois en septembre 2009, est père de l'enfant A, de nationalité algérienne, née sur le territoire français en juillet 2013 de sa relation de concubinage avec une compatriote, titulaire d'une carte de résident d'une durée de dix ans. Le requérant conteste l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 19 février 2018 prononçant son expulsion du territoire français au motif que sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B a été l'auteur récidiviste de faits de violences sur la mère de l'enfant, avec usage ou menace d'une arme, et a été condamné à ce titre à 18 mois d'emprisonnement, dont 6 mois avec sursis, par le tribunal correctionnel de Marseille. Si M. B fait état de ses liens avec sa fille, laquelle a été confiée par l'autorité judiciaire à la garde de la mère, toutefois, au regard de la gravité des faits qui lui sont reprochés, qui le sont justement dans un cadre familial et qui portent atteinte à l'ordre public, au regard également de ses conditions de séjour en France, le requérant ne justifie pas d'une atteinte manifestement disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure d'expulsion a été prise, de sorte que la condition d'illégalité manifeste de la décision contestée, au regard du droit de mener une vie familiale normale et du droit au respect de la vie familiale, incluant l'intérêt supérieur de l'enfant mineur, ne peut être regardée comme remplie.

7. En second lieu, par les pièces versées au dossier, et en l'absence d'éléments médicaux probants à cet égard, M. B n'établit pas qu'il n'existe pas de traitement approprié à son état de santé en Algérie et ne démontre donc pas que son expulsion, hors de France vers son pays d'origine, porterait une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés et droits fondamentaux invoqués par M. B dans sa requête. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'urgence, les conclusions susvisées du requérant aux fins de suspension doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens exposés par M. B.

ORDONNE :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2403319 de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 9 avril 2024.

Le juge des référés,

Signé

J.B. BROSSIER

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef

Le greffier

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