jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2403408 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 mars 2024, M. A B, représenté par Me Bal, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de lui délivrer une autorisation de séjour assortie de l'autorisation de travailler ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subi du fait de l'illégalité des décisions précitées ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est contraire à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et au principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;
- il est entaché d'erreur de droit, d'abus de pouvoir et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet des Hautes-Alpes était tenu de mettre en œuvre la décision favorable du ministre de l'intérieur, auquel il est soumis d'un point de vue hiérarchique, et de délivrer le titre de séjour qui avait déjà été fabriqué en application de ladite décision ;
- la délivrance d'une obligation de quitter le territoire français alors que l'étranger est formellement convoqué " en vue de la remise d'un titre " et qu'il ne pouvait en aucun cas s'attendre à être interpellé et à faire l'objet d'une telle mesure, est un procédé déloyal et entache à ce titre le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français d'illégalité.
- l'illégalité des décisions attaquées sont à l'origine de troubles dans ses conditions d'existence, de sorte qu'il est en droit de prétendre à l'allocation d'une juste indemnisation en réparation du préjudice subi, évaluée à 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;
- il n'a commis aucune faute ;
- le préjudice allégué n'est pas démontré, pas davantage que le lien de causalité entre préjudice et la faute alléguée.
Par un courrier du 17 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'indemnisation du fait de l'illégalité fautive des décisions du 14 mars 2024 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, en raison de l'absence de liaison du contentieux.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lopa Dufrénot,
- et les observations de Me Bal, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 22 novembre 1981, est entré en France le 22 mai 2023, sous couvert d'un visa D, valable du 14 mai 2023 au 12 août 2023, et d'un contrat de travail en qualité de saisonnier agricole. Le 20 juillet 2023, l'intéressé a déposé une demande de carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ". Alors que le
15 décembre 2023 le ministre de l'intérieur lui a délivré une attestation l'informant qu'une décision favorable avait été prise à la suite de sa demande d'admission au séjour, M. B a fait l'objet le 14 mars 2024 d'un arrêté par lequel le préfet des Hautes-Alpes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté préfectoral.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il n'y a pas lieu, en l'absence d'urgence, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. // Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. //() ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées.
6. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
7. Faute d'avoir été précédées de la demande préalable devant l'administration exigée par les dispositions précitées, alors même que, dans son mémoire en défense, l'administration a soutenu que les conclusions de M. B n'étaient pas fondées celles-ci tendant au versement d'une somme d'argent, en réparation des troubles dans les conditions d'existence qu'il allègue avoir subi, sont irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
8. Aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. / Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. / Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ".
9. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B est entré en France le 22 mai 2023 sous couvert d'un visa D, valable du 14 mai 2023 au 12 août 2023, et est titulaire d'un contrat de travail en qualité de saisonnier agricole. Le 20 juillet 2023, l'intéressé a déposé une demande de carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ". Dans ce cadre, il s'est vu remettre le 20 novembre 2023 une attestation de prolongation d'instruction autorisant sa présence en France jusqu'au 19 février 2024. Après avoir effectué, le 14 décembre 2023, la visite médicale organisée par les services de l'OFII avant toute admission au séjour de plus de trois mois, M. B a reçu des services du ministre de l'intérieur, le 15 décembre 2023, une attestation l'informant qu'une décision favorable avait été prise à la suite de sa demande d'admission au séjour et qu'une carte de séjour pluriannuelle " travailleur saisonnier ", valable du 15 décembre 2023 au 15 décembre 2026, en cours de fabrication allait lui être délivrée. Alors que cette carte de séjour pluriannuelle donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an, M. B, titulaire de ce titre à compter du 15 décembre 2023, ne pouvait être regardé, à la date de l'arrêté en litige, comme ayant séjourné en France au-delà de la durée maximale de six mois autorisée par les dispositions précitées de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que M. B est fondé à soutenir que le préfet des Hautes-Alpes, en lui opposant le motif tiré de qu'il n'avait pas respecté les conditions posées par l'article L. 421-34 précité, a entaché sa décision de refus de séjour d'illégalité.
10. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a rejeté sa demande d'admission au séjour, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et de celle fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Eu égard au motif d'annulation retenu et par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à M. B une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1err : M. B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2r : L'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 14 mars 2024 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Alpes de délivrer à M. B une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
Article 4 : L'Etat versera à M B la somme de 1 000 (mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Hautes-Alpes et à Me Camille Bal.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistés de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
M. LOPA DUFRENOT L'assesseure la plus ancienne,
signé
A. NIQUET
Le greffier,
signé
P. GIRAUD
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026