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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2403418

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2403418

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2403418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBRUGGIAMOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2024, M. A B, représenté par Me Bruggiamosca demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui communiquer l'ensemble des documents sur lesquels le préfet des Hautes-Alpes a fondé sa décision ;

3°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil, qui s'engage, dans ce cas, à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'Etat cette somme si l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordée.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de l'acte n'est pas compétent ;

- il est insuffisamment motivé, comporte des erreurs sur la matérialité des faits et révèle un défaut d'examen complet de sa situation ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de communication par le préfet des pièces justifiant de la notification des décisions de rejet de la demande d'asile du requérant ;

- il procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des moyens soulevés contre cette décision ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est dépourvue de motivation ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Houvet pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 mai 2024 à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de Mme Houvet, magistrate désignée ;

- les observations de Me Bruggiamosca, représentant M. B, qui reprend et développe les moyens et arguments articulés dans les écritures ; elle insiste sur le fait que le requérant est en danger en cas de retour dans son pays d'origine.

Le préfet des Hautes-Alpes n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B né le 1er janvier 1999 à Hesarak, de nationalité afghane, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 22 mars 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de cette mesure.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire du requérant à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. L'arrêté en litige, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ainsi que des éléments précis et circonstanciés relatifs à sa situation personnelle. Cet énoncé suffit à mettre utilement en mesure le requérant de discuter et le juge de contrôler les motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision manque en fait. Compte tenu de cette motivation, la décision en litige n'est pas davantage entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu par un arrêté n° 05-2023-05-05-00003 du 5 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Hautes-Alpes du même jour, le préfet a donné délégation à M. Rochas, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions réglementaires, individuelles () relevant des attributions de l'Etat dans le département des Hautes-Alpes ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :() 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3°()" . Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. () ". Aux termes de l'article R. 532-57 du même code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du relevé telemofpra, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant la demande d'asile du requérant du 22 mars 2023 lui a été notifiée le 27 mars 2023 et que cette décision a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 octobre 2023 notifiée le 2 novembre 2023. Par suite, le requérant entrait dans le cas où, en application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit ainsi être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Le requérant, né le 1er janvier 1999, soutient qu'il est entré en France en octobre 2022, qu'il y a tissé des attaches personnelles, a suivi une formation linguistique en français et a signé un contrat d'accompagnement contractualisé vers l'emploi et l'autonomie et qu'il dispose d'une promesse d'embauche à mi-temps en CDD. Il joint plusieurs photographies illustrant son implication dans ces activités. Toutefois, le requérant, célibataire et sans enfant, ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales en Afghanistan, pays où il a vécu jusqu'à 23 ans. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de police aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet n'a, ainsi, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision faisant obligation de quitter le territoire français au requérant n'est pas illégale. Par voie de conséquence, ce dernier n'est pas fondé à soulever sur ce fondement l'exception d'illégalité à l'encontre la décision fixant le pays de renvoi.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

11. Le requérant soutient être exposé à des risques vitaux en cas de retour en Afghanistan, notamment dans sa province d'origine, Nangarhar. Il ressort toutefois des termes de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 octobre 2023 qu'aucun élément propre à la situation particulière du requérant ne révèle qu'il serait spécialement exposé, en cas de retour, à la situation de violence aveugle qui y sévit ou qui affecte les éventuelles autres provinces qu'il aurait vocation à traverser à l'occasion de son entrée sur le territoire afghan. Le requérant ne produit aucun élément ou justificatif actuel et circonstancié permettant au tribunal d'apprécier qu'il est personnellement exposé à la torture, à des peines ou traitements inhumains et dégradants, ou qu'il existe une évolution de la situation. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : M. B, est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête M. B, est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hautes-Alpes.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 17 mai 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A. HouvetLa greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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