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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2403749

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2403749

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2403749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP DELRUE BOYER GADOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2024, le Grand port maritime de Marseille, représenté par Selarl Cabanes Neveu C, demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative de désigner un expert chargé de se prononcer sur les causes du dysfonctionnement de la grue électrique sur rail à destination de la réparation navale fournie par la société Rikon en exécution du marché public passé le 18 décembre 2019, après s'être fait communiquer la documentation utile au fonctionnement de l'automate construit par la société Siemens, contenant notamment les mots de passe commandant l'accès au système informatique de l'automate.

Il soutient que l'expertise est utile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, la Société Rikon, représentée par Me Belot, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- l'expertise est inutile ;

- la demande tendant à la communication des mots de passe est illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, la société Siemens représentée par le cabinet DBM, ne présente pas de conclusions.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Vu la délégation du président du tribunal administratif à M. A, pour exercer les attributions prévues aux articles R. 621-1-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Il n'appartient pas au juge administratif d'ordonner la production de mots de passe commandant l'accès à un programme informatique. Les conclusions tendant à ce que la société Siemens donne, dans le cadre d'une expertise, les codes d'accès donnant accès au programme informatique implémenté dans la grue faisant l'objet de la demande d'expertise, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

3. La mesure d'expertise demandée par le Grand port maritime de Marseille visant à déterminer les causes du dysfonctionnement d'une grue ont un caractère utile pour le fonctionnement de la grue et l'activité de l'établissement public. Elles entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

O R D O N N E :

Article 1er : Les conclusions tendant à ce que la société Rikon donne, dans le cadre d'une expertise, les codes d'accès donnant accès au programme informatique implémenté dans la grue faisant l'objet de la demande d'expertise, sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le Grand Port maritime de Marseille, la société Rikon et la société Siemens sont mises en cause.

Article 3 : Monsieur B D, exerçant 500 rue Paradis à Marseille (13008), est désigné pour procéder, en présence des parties mentionnées à l'article 2 à une expertise avec la mission suivante :

1°) convoquer les parties, se rendre au Grand Port Maritime de Marseille ;

2°) se faire communiquer tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission ; entendre tout sachant ;

3°) examiner et décrire les dysfonctionnements et les dommages constatés sur la grue électrique sur rail à destination de la réparation navale fournie par la société Rikon en exécution du marché public passé le 18 décembre 2019, de définir leur nature, leur date d'apparition, leur importance et leur éventuel caractère évolutif ;

4°) donner un avis motivé sur la ou les causes et origines des désordres dont il s'agit dont il s'agit en précisant s'ils sont dus à un vice de conception, à un défaut d'entretien ou d'utilisation du bien, ou à toute autre cause et, dans le cas de causes multiples, préciser dans quelles proportions les dysfonctionnements sont imputables à chacune d'elles ;

5°) préciser si les désordres constatés étaient soit connus soit apparents, à la date de la réception et dire s'ils pouvaient être détectés dans toute leur ampleur et importance lors de la réception et de la levée des réserves ;

6°) donner son avis sur les conséquences des désordres constatés et dire, notamment s'ils rendent la grue impropre à sa destination ;

7°) formuler les solutions techniques permettant de faire cesser les désordres préciser la plus-value éventuelle apportée à ces solutions

8°) fournir tous éléments utiles permettant au juge d'apprécier l'étendue des préjudices subis par l'établissement public requérant du fait de ces désordres et de l'exécution des réparations ;

9°) d'une manière générale, fournir tous éléments susceptibles de concourir à l'information de la juridiction qui serait saisie pour se prononcer sur les responsabilités encourues et l'imputabilité des désordres constatés.

Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 5 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues par l'article R. 621-7-3.

Article 6 : Le surplus des conclusions des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée au Grand port maritime de Marseille, à la société Rikon et à la société Siemens.

Fait à Marseille, le 11 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

J. A

La République mande et ordonne au Préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

Le greffier

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