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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2403753

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2403753

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2403753
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantRUDLOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 avril et 12 juin 2024, Mme C A, représentée par Me Rudloff, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros hors taxe au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Elle soutient que :

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

- le signataire de l'arrêté contestée n'avait pas compétence pour ce faire ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son droit à être entendu avant l'intervention de cette décision, qui lui est défavorable, a été méconnu ;

- elle est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du fait des conséquences qu'elle entraîne sur sa vie familiale du fait des risques de mauvais traitement auxquels elle est exposée ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en raison des risques de traitement inhumain et dégradant encouru par la requérante, en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Derollepot pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Derollepot, magistrat désigné ;

- les observations de Me Rudloff pour Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- et celles de Mme A, assistée de M. B, interprète en langue turque.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante turque, née le 1er janvier 2004, déclare être entrée en France le 21 octobre 2022 et y a sollicité l'asile le 24 février 2023. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande par une décision du 23 novembre 2023. Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision de l'OFPRA du 23 novembre 2023 ayant rejeté la demande d'asile de Mme A, que celle-ci a produit, à l'appui de ses déclarations, la copie de son livret de famille turc et la copie intégrale de l'acte de naissance de sa fille en France. L'arrêté attaqué, qui vise cet avis, déclare qu'après un examen approfondi de la demande de Mme A, l'OFPRA a refusé de lui reconnaître le statut de réfugiée et le bénéfice de la protection subsidiaire le 23 novembre 2023, décision qui lui a été notifiée le 8 décembre suivant. Le préfet a également relevé que l'intéressée, qui se déclare mariée, n'établit pas être dépourvue d'attaches personnelles et familiales hors de France où elle aurait vécu jusqu'à l'âge d'au moins 18 ans et où elle peut mener une vie familiale normale avec son conjoint. Cette décision, qui ne retient pas comme établi le mariage de Mme A avec M. D A, lequel réside de manière stable et régulière sur le territoire français depuis 2012, ne mentionne pas l'enfant issu de leur union. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 26 mars 2024 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour par lesquelles la même autorité lui a octroyé un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français faite à Mme A implique, en application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'autorité administrative procède au réexamen de sa situation et, dans l'attente, le munisse d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de ce réexamen, de munir Mme A d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme A a été admise au bénéficie de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Rudloff, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, cette somme sera versée à la requérante.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 26 mars 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de statuer à nouveau sur la situation de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir, pendant le temps du réexamen de sa situation, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Rudloff, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans le cas où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, cette somme sera versée à la requérante.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le magistrat désigné

Signé

A. Derollepot

Le greffier

Signé

R. Machado

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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