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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2403813

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2403813

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2403813
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMERIENNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 avril 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à M. A C et Mme D C de quitter les lieux, en évacuant dans un délai d'un mois le logement situé au sein de la résidence les Phocéens, appartement PHO-B43, à Marseille (13003), mis à disposition par l'association AAJT ;

2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'association AAJT afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A C et Mme D C, à défaut pour ceux-ci, d'avoir emporté leurs effets personnels.

Il soutient que :

- il a qualité pour agir pour agir dès lors qu'il lui appartient de décider des mesures à mettre en œuvre pour faire cesser l'occupation sans titre d'un hébergement en C.A.D.A. ;

- la demande d'expulsion, qui trouve son fondement dans les dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé par M. A C et Mme D C et que par un courrier du 19 mars 2024, notifié en main propre le 25 mars 2024, ils ont été mis en demeure de quitter l'appartement qu'ils occupent ;

- il y a urgence et utilité au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative dès lors que le département des Bouches-du-Rhône dispose, de 3450 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile, alors que 772 demandeurs d'asile sont en attente d'hébergement dans le département, dont certains présentent un besoin prioritaire ;

- M. A C et Mme D C, avertis du caractère temporaire de leur prise en charge, se maintiennent indûment dans un logement destiné à des personnes dont la demande d'asile est en cours d'instruction. Au surplus, ils n'ont pas déféré à la mise en demeure l'enjoignant de libérer les lieux avec leur enfant.

Par un mémoire, en défense, enregistré le 6 mai 2024, M. et Mme C, représentés par Me Merienne, concluent :

- à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;

- à titre principal, au rejet de la requête et à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit accorder un délai de 6 mois pour quitter les lieux, et à titre très subsidiaire, d'ordonner le sursis à l'évacuation des lieux jusqu'à ce qu'ils soient orientés dans un hébergement stable adapté à leurs besoins et capacités ;

- mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

-la condition d'urgence n'est pas établie dès lors que le préfet aurait dû leur proposer un hébergement d'urgence stable et adapté à leur situation familiale et qu'ils mettent tout en œuvre pour trouver une situation alternative de logement ;

- ils bénéficient d'un droit à un hébergement d'urgence, tel que prévu par l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles et ils ont formé un recours devant la commission départementale de méditation pour obtenir un logement dans un hébergement de type insertion et ils sont en attente de la décision de la COMED ;

- leur situation est particulièrement vulnérable au regard de leur état de santé et du jeune âge de leur enfant ;

- la mesure sollicitée par le préfet méconnait l'article 1er du préambule de la constitution, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule et son article 61-1 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 mai 2024 à 14 heures en présence de Mme Bavois, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :

- Mme E , représentant le préfet des Bouches-du-Rhône, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- Me Merienne, représentant M. A C et Mme D C, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures en défense par les mêmes moyens et insiste sur les efforts entrepris pour trouver un hébergement adapté aux besoins de la famille.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A C et Mme D C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. ".

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ".

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen " ; aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 " ; aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. M. A C et Mme D C, de nationalité libérienne, ont été définitivement déboutés de leur demande d'asile par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date 21 mars 2024. Le préfet des Bouches-du-Rhône a mis en demeure les intéressés de quitter le centre d'accueil dans un délai de quinze jours, d'abord par lettre du 1er février 2024, puis une seconde fois, par lettre du 19 mars 2024 notifiée le 25 mars 2024. Ces mises en demeure sont restées infructueuses. Ainsi, M. A C et Mme D C, occupent sans droit ni titre le logement situé au sein de la résidence les Phocéens, appartement PHO-B43, à Marseille (13003), mis à disposition par l'association AAJT. Par ailleurs, les intéressés ne pouvaient ignorer depuis la confirmation par la Cour nationale du droit d'asile du rejet de leur demande d'asile, par une décision du 21 mars 2024, notifiée le 15 avril suivant, qu'ils n'avaient plus le droit d'occuper un lieu d'hébergement destiné à l'accueil de demandeurs d'asile, leur expulsion ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse. De plus, M. A C et Mme D C ont fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire par un arrêté du 28 mars 2024. Dès lors, la demande du préfet des Bouches-du-Rhône tendant à ce que soit prononcée une mesure d'expulsion à l'égard de M. A C et Mme D C ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

7. La seule circonstance que M. A C et Mme D C soient parent d'un enfant en bas-âge n'est pas de nature à faire obstacle à leur expulsion du logement qu'ils occupent sans droit, ni à établir que cette expulsion entraînerait une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la mesure d'expulsion, n'ayant pas pour effet, par elle-même, de séparer la famille. La mesure d'expulsion sollicitée n'est pas davantage de nature à porter atteinte aux stipulations de l'article 3 de la même convention, dès lors qu'elle ne saurait caractériser des peines ou traitements inhumains et dégradants. Les requérants ne peuvent utilement invoquer les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant au motif que qu'aucune solution de relogement ne leur est proposée et qu'ils se retrouveront à la rue avec leur enfant, à l'appui de leur contestation relative à leur droit à occuper un logement destiné aux demandeurs d'asile. En outre, si M. A C et Mme D C font valoir que leur état de santé nécessite un suivi médical régulier, cette circonstance n'est pas de nature à démontrer l'existence de circonstances exceptionnelles caractérisant une vulnérabilité particulière de nature à justifier leur maintien dans un hébergement pour demandeurs d'asile.

8. La procédure d'évacuation d'un hébergement dédié aux demandeurs d'asile est indépendante de la procédure d'hébergement d'urgence prévue par les dispositions des articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles. Si les intéressés estiment être susceptibles de relever de l'hébergement d'urgence de droit commun tel qu'il est organisé par les dispositions de l'article L. 345-2-2 de ce code, il leur appartient de mettre en œuvre ces dispositions, sans que leur relogement effectif ne puisse conditionner l'exécution de la mesure d'expulsion sollicitée par l'Etat, sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que les intéressés seraient, après leur sortie de leur hébergement actuel, en situation de détresse médicale, sociale ou psychique justifiant que le préfet leur procure, à titre exceptionnel, un hébergement d'urgence.

9. En outre, l'évacuation des intéressés de ce logement présente un caractère d'urgence et d'utilité eu égard à la circonstance que le maintien indu en centre d'accueil d'une personne dont la demande d'asile a été rejetée lèse le droit d'un demandeur d'asile en le privant notamment de l'accès à un hébergement en centre d'accueil et de l'accompagnement social et administratif durant le déroulement de la procédure d'asile, compte tenu, notamment, du nombre limité de places d'accueil dans le département et du nombre de demandeurs d'asile et compromet le fonctionnement normal de ce centre d'accueil.

10. En l'absence de circonstances exceptionnelles, il n'y a pas lieu de subordonner cette expulsion à l'octroi préalable d'un relogement d'urgence.

11. Il résulte de ce qui précède qu'y a lieu d'enjoindre à M. A C et Mme D C de libérer le logement, situé au sein de la résidence les Phocéens, appartement PHO-B43, à Marseille (13003), mis à disposition par l'association AAJT et dire qu'à défaut, le préfet des Bouches-du-Rhône pourra procéder d'office à leur expulsion, si nécessaire avec le concours de la force publique. Il y a lieu, en outre, d'autoriser le préfet des Bouches-du-Rhône à donner toutes instructions utiles à l'association AAJT afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A C et Mme D C, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés. Dans les circonstances de l'espèce, au regard notamment de l'état de santé de M. A C et Mme D C, qui nécessitent un suivi médical régulier et de ce que les intéressés ont effectué, à de nombreuses reprises, des démarches auprès du 115, il y a lieu de différer cette expulsion de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais de procès :

12. L'Etat n'étant pas la partie perdante, les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 présentées par M. A C et Mme D C ne peuvent être que rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A C et Mme D C sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à M. A C et Mme D C de quitter, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement situé au sein de la résidence les Phocéens, appartement PHO-B43, à Marseille (13003), mis à disposition par l'association AAJTA. A défaut, le préfet des Bouches-du-Rhône pourra procéder d'office à leur expulsion, si nécessaire avec le concours de la force publique.

Article 3 : Le préfet des Bouches-du-Rhône est autorisé à donner toutes instructions utiles à l'association AAJTA afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A C et Mme D C, à défaut pour ceux-ci d'avoir emporté leurs effets personnels.

Article 4 : Les conclusions demandées par M. A C et Mme D C sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et Mme D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 14 mai 2024.

La juge des référés,

signé

Muriel B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

La greffière,

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