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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2404138

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2404138

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2404138
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantPREZIOSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Prezioso, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de mettre à sa disposition un hébergement d'urgence dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et d'ordonner le versement de l'allocation de demandeur d'asile en sa faveur et en faveur de sa fille, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'urgence est établie par la privation des conditions matérielles d'accueil qui la place en situation de grande précarité, et d'autant plus qu'elle a à sa charge sa fille âgée de deux ans, également demandeur d'asile ;

- la privation des conditions matérielles d'accueil porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Par un mémoire en défense, reçu au cours de l'audience publique, enregistré le 30 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requérante ne remplit pas les conditions d'urgence, dès lors qu'elle s'est placée elle-même dans cette situation d'urgence qu'elle dénonce s'étant soustraite sans motif légitime à sa prise en charge, en se maintenant irrégulièrement de février 2022 au 16 janvier 2024 sur le territoire national ;

- si elle déclare être en situation de vulnérabilité, elle a pourtant subvenu aux besoins de sa famille jusqu'alors ;

- elle ne justifie pas être isolée ;

- aucune atteinte grave et illégale à une liberté fondamentale n'existe dans ce dossier ;

- elle peut bénéficier d'autres dispositifs.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, vice-président, pour statuer sur les recours formés sur le fondement des dispositions de L. 521-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Pecchioli.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité nigériane, née le 5 octobre 1986 a présenté une demande d'asile en son nom et pour le compte de sa fille âgée de 2 ans le 9 septembre 2021 et placée en procédure Dublin. Le même jour, après avoir été évaluée, l'intéressée a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par suite l'intéressée ne s'est pas présentée à sa convocation pour orientation. L'OFII a pris une première décision le 14 octobre 2021. Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été ensuite rétabli. Mme B a de ce fait bénéficié d'une orientation vers un hébergement pour demandeur d'asile le 30 novembre 2021. Informé de ce qu'elle n'avait pas respecté son obligation de présentation, l'OFII a de nouveau mis fin à son bénéfice. Mme B s'est alors maintenue irrégulièrement. A l'expiration de son délai de transfert, la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile soit le 28 mars 2023. Mme B s'est représentée au guichet unique à la préfecture des Bouches-du-Rhône pour l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale le 16 janvier 2024. Dans le cadre de sa demande de rétablissement, elle a été convoquée par l'OFII et sa situation personnelle et familiale a été réexaminée. Elle demande d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. La requérante a déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu en raison de l'urgence de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

5. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".

6. Il résulte de ces dispositions que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 551-16, 3°, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

7. Mme B, âgée de 28 ans, a été considérée comme en situation de fuite entre novembre 2021 et mars 2023, ce qui a entraîné le retrait des conditions matérielles d'accueil. Si elle indique avoir refusé d'exécuter le transfert en raison de ses problèmes de santé aucun élément ne permet d'appuyer ses allégations ; elle ne justifie pas non plus la raison pour laquelle elle s'est maintenue en situation irrégulière. Elle n'a pas contesté la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, qu'elle a cessé de percevoir il y a plus de dix-huit mois et n'en a demandé le rétablissement que le 16 janvier 2024, date de sa présentation au guichet unique. Si elle fait valoir qu'elle est, avec sa fille de deux ans, du fait de son absence de ressources, dans un état de vulnérabilité, les documents qu'elle produit ne font état d'aucune pathologie et font apparaître qu'elle a pu être hébergé par le père se sa fille, présent sur le territoire national. Par ailleurs, elle n'établit pas qu'il ne pourrait l'assister pour subvenir aux besoins de sa fille. La requérante n'établit pas non plus qu'elle serait à la rue ou dépourvue de toute assistance alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle aurait sollicité en vain l'assistance du 115 ou des services du département et qu'elle bénéficie d'une assistance sociale assurée par les services de la SPADA.

8. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, et en dépit de la présence d'un enfant de deux ans, le refus de rétablir les conditions matérielles d'accueil, dont la suspension n'a pas été contestée pendant de nombreux mois par l'intéressée qui a pourvu seule et sans doute avec de l'aide externe au besoin de son enfant, ne caractérise pas une situation d'urgence justifiant l'intervention du juge des référés, statuant à très bref délai sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris en ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Prezioso et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Marseille, le 30 avril 2024.

Le juge des référés,

Signé

J.-L. Pecchioli

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous Commissaires de Justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef

La greffière,

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