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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2404147

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2404147

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2404147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP BOURGLAN DAMAMME LEONHARDT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024, M. C B, représenté par Me Leonhardt, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 29 septembre 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de document de circulation pour étranger mineur ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer le document de circulation demandé ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Leonhardt au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige dès lors que :

- la décision n'indique ni le nom, ni le prénom, ni la qualité du signataire de la décision, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision n'est pas motivée ;

- la décision porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant dès lors qu'il est séparé de sa mère et de sa fratrie depuis plusieurs années, ces derniers ne pouvant lui rendre visite en France ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les conclusions aux fins d'annulation sont irrecevables, que la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2404146 tendant à l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gonneau, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 14 mai 2024 tenue en présence de Mme Martinez, greffière d'audience, M. Gonneau a lu son rapport et a entendu les observations de Me Leonhardt qui a conclu aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 29 septembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande présentée par M. B tendant à la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur à son fils A, de nationalité algérienne. M. B demande la suspension de l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Dès lors que M. B a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 26 avril 2024 sur laquelle il n'a pas été statué à la date de la présente ordonnance, il y a lieu d'admettre d'office M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. En premier lieu, la décision attaquée a été prise sous la forme d'une clôture de la demande, notifiée le 3 octobre 2023 par l'intermédiaire du site " administration numérique des étrangers en France ", et ne comporte pas la mention des voies et délais de recours. Par suite, le moyen de défense tiré de l'irrecevabilité de la requête tendant à l'annulation de la décision attaquée, en tant qu'elle serait tardive, doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

7. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que la décision en litige méconnaît les dispositions et stipulations précitées sont propres à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

8. Il résulte de l'instruction que M. B, titulaire d'un certificat de résidence algérien, réside en France avec son fils, né en 2008, depuis le mois de juillet 2021, afin que la cardiopathie de ce dernier y soit prise en charge. L'épouse de M. B est quant à elle restée en Algérie avec ses trois autres enfants, dont la benjamine, née en 2012. Ainsi, à la date de la présente ordonnance, la famille est séparée depuis presque trois ans. La décision en litige a pour effet de contraindre le requérant, pour voyager en Algérie, à solliciter un visa de retour au bénéfice de son fils, dont la délivrance et les délais de délivrance sont très incertains, alors que l'enfant doit pouvoir revenir en France dans des délais raisonnables. Cette décision a pour effet indirect, au regard de ces difficultés, de dissuader M. B de faire quitter la France à son fils, l'empêchant ainsi de retrouver sa mère et ses sœurs, notamment lors des vacances estivales à venir. Au regard de la durée de la séparation et dans les circonstances particulières de l'espèce, la condition d'urgence peut être regardée comme établie.

9. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de la décision du 29 septembre 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de document de circulation pour étranger mineur présentée par M. B doit être suspendue.

10. Les motifs de la présente décision impliquent, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre à M. B un document de circulation pour étranger mineur provisoire au bénéfice de son fils, valable jusqu'au 31 août 2024 au minimum, ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

11. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leonhardt, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement de la somme de 800 euros à Me Leonhardt.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 29 septembre 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de document de circulation pour étranger mineur présentée par M. B est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. B un document de circulation pour étranger mineur provisoire au bénéfice de son fils, valable jusqu'au 31 août 2024 au minimum, ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Leonhardt renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 800 euros à Me Anaïs Leonhardt, avocate de M. B, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Anaïs Leonhardt et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Le juge des référés,

Signé

P-Y. GONNEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef ;

La greffière,

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