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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2404307

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2404307

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2404307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCHEMMAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 avril 2024, M. D F B, représenté par Me Chemmam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à défaut de production d'un arrêté portant délégation de compétence, l'arrêté sera entaché d'incompétence ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de celles de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ainsi que celles de l'article 7 bis de ce même accord ;

- le préfet a également méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- il peut bénéficier d'une protection contre l'éloignement en vertu des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône sollicite le rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Gonneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, a sollicité son admission au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale le 27 avril 2023. Par un arrêté du 17 juillet 2023 le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. A E, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui a reçu par un arrêté du 16 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, délégation de signature à l'effet de signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué, dont la mesure d'éloignement qu'il contient a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, vise notamment l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce à cet égard de façon suffisante les considérations de droit s'attachant à la situation de M. B. Par ailleurs, le préfet fait état dans les motifs de sa décision des principaux éléments s'attachant à la situation personnelle du requérant et mentionne, notamment, la circonstance que son épouse est dans la même situation administrative que lui, qu'elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement concomitante et qu'aucun obstacle ne s'oppose à ce que sa cellule familiale composée de son épouse et de leurs trois enfants mineurs se reconstitue en Algérie. Par suite, l'arrêté attaqué qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivé au regard des dispositions précitées. Le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté ne peut dès lors qu'être écarté.

5. M. B n'a pas présenté de demande de certificat de résidence algérien valable dix ans et le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas examiné sa demande sur ce fondement. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien qui régissent la délivrance d'un tel titre. Par ailleurs le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être également écarté dès lors que les dispositions de ce code ne régissent pas la situation des ressortissants algériens laquelle est régie par les stipulations de l'accord franco-algérien.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen de la situation particulière de M. B. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'un tel examen doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B, qui déclare être entré en France avec son épouse et leurs trois enfants le 2 mars 2018 sous couvert d'un visa d'une trente jours, ne démontre pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France dès lors que son épouse est en situation irrégulière sur le territoire. En outre, il n'établit pas être dépourvu d'attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans avec sa famille, pays où il pourrait reconstituer sa cellule familiale. Dans ces conditions l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme ayant méconnu les stipulations précitées. Le moyen tiré de leur méconnaissance doit dès lors être écarté.

9. Il ne ressort également pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué porterait atteinte à l'intérêt supérieur des enfants du requérant, qui, comme le fait valoir le préfet, peuvent poursuivre une scolarité normale en Algérie.

10. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

11. M. B ne produit aucune pièce justifiant d'une prise en charge médicale sur le territoire et se borne à présenter une carte d'admission à l'aide médicale d'État pour l'année 2018. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. Il résulte de ce tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Bouches-du-Rhône, que les conclusions aux fins d'annulation de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C G B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. Simeray

Le président - rapporteur,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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