lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2404309 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | PHINITH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Phinith, demande au tribunal :
1°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de communiquer toutes les pièces ayant conduit à l'arrêté attaqué ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé la Turquie comme pays de destination et a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans avec signalement aux fins de non-admission dans le système Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 15 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Phinith, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation et révèle un défaut d'examen sérieux de sa demande ;
- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est entaché d'irrégularité dès lors que le rapport médical du médecin rapporteur était rédigé de façon évasive et lapidaire ;
- l'arrêté est entaché d'erreurs de fait ;
- l'arrêté est entaché d'erreurs de droit et est dépourvu de base légale ;
- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle justifie de circonstances humanitaires exceptionnelles en application des dispositions de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'emporte la décision fixant le pays de destination sur l'état de santé de sa fille ;
- en cas de retour dans son pays d'origine, elle serait exposée à des conséquences d'une exceptionnelle gravité constitutives d'un traitement inhumain et dégradant au sens de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit un mémoire et des pièces, enregistrées le 13 juin et le 1er juillet 2024, en qualité d'observateur dans la présente instance en application de l'article L. 425-9-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ont été communiquées aux parties le 14 juin et le 3 juillet 2024.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Gonneau et les observations de Me Phinith pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante turque, a sollicité le 21 juillet 2023 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 janvier 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ainsi que d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans. Mme B en demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination :
2. L'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de la requérante ou celle de sa fille, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent les motifs en visant l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en relevant notamment que si l'état de santé de sa fille nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. Il ne ressort pas du rapport médical du médecin rapporteur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que celui-ci serait manifestement incomplet ou erroné. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège de médecins de l'OFII doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. /Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire, eu égard à son offre de soins et aux caractéristiques de son système de santé. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
7. Dans son avis du 18 octobre 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de la fille de Mme B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut devrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'elle pouvait bénéficier d'un traitement approprié en Turquie où elle pouvait voyager sans risque.
8. La fille de Mme B, âgée de neuf ans, souffre d'une myopathie congénitale avec un déficit en mérosine ainsi que d'une insuffisance respiratoire et des infections respiratoires ayant nécessité plusieurs hospitalisations notamment en 2022. Elle a également contracté récemment deux scolioses, thoracique et lombaire. Ces troubles dont la myopathie, pour laquelle la majorité des enfants atteints ne dépasse pas l'adolescence selon un neuropédiatre du centre Saint-Thys à Marseille, engendrent une dépendance dans tous les gestes de la vie quotidienne ce qui nécessite l'assistance d'une tierce personne. À ce titre, elle est équipée d'un fauteuil roulant électrique, d'une aide à la toux ainsi que d'une ventilation non invasive et bénéficie d'un suivi multidisciplinaire depuis plusieurs années en kinésithérapie, en neuropédiatrie et en ergothérapie notamment. Depuis le 25 août 2021, elle est également prise en charge au sein d'un institut d'éducation motrice. Si Mme B soutient que cette prise en charge multidisciplinaire ne serait pas disponible en Turquie du fait des discriminations existantes envers les kurdes et de l'inaccessibilité du traitement dès lors qu'ils ne bénéficieraient pas d'une couverture santé ou d'une mutuelle privée en Turquie, elle ne produit toutefois aucune pièce de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins. En outre, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, observateur à l'instance, a produit un mémoire dans lequel il indique, appuyé des données de la base MEDCOI, qu'un suivi multidisciplinaire serait disponible dans des hôpitaux publics à Ankara et que les soins des enfants mineurs sont couverts par le système d'assurance maladie turc sans que les parents n'aient à être assurés. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une mesure d'instruction, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis des erreurs de droit au regard de ces dispositions. En outre, il ne ressort ni des termes de l'arrêté ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Mme B, ressortissante turque de trente et un ans, déclare être entrée en France en 2014 et s'y être maintenue depuis sans toutefois en apporter la preuve avant le mois d'avril 2016, date à laquelle la prise en charge médicale de sa fille a commencé. En dépit de la durée de présence en France de la requérante, du mariage de cette dernière sur le territoire en 2014, de la naissance de deux de ses trois enfants et de la présence sur le territoire de membres de sa famille en situation régulière, la requérante ne justifie pas avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux dès lors que son époux réside en situation irrégulière sur le territoire et qu'aucun obstacle ne s'oppose à ce que sa cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine avec son époux et leurs enfants mineurs. Dans ces conditions, et malgré l'insertion professionnelle de son époux, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, en lui faisant obligation de quitter le territoire et en fixant le pays de destination de cette mesure le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés des erreurs de fait qu'aurait commis le préfet dans l'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés.
11. Si Mme B soutient qu'elle justifie de circonstances humanitaires au sens de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les soins adaptés à l'état de santé de sa fille lui sont inaccessibles en Turquie du fait de ses origines kurdes et de leur absence de couverture sociale, elle ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions qui ont été abrogées le 1er mai 2021.
12. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant, doit être une considération primordiale () ".
13. Pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 7, en dépit de la situation médicale de la fille de Mme B, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, méconnu l'intérêt supérieur de la fille de la requérante. Il ne ressort également pas des pièces du dossier que le requérant aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'état de santé de la fille de la requérante en fixant la Turquie comme pays de destination.
14. Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. La requérante ne justifie pas qu'elle présenterait un état de vulnérabilité tel que la décision en litige l'exposerait au risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants et serait contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans :
16. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
17. Au regard des effets spécifiques qu'implique l'interdiction de retour sur le territoire français en litige, qui aurait nécessairement pour effet de priver Mme B, pendant une durée de deux ans, de la possibilité de revenir en France où se trouve une partie de sa famille en situation régulière, alors qu'elle justifiait, à la date de la décision attaquée, d'une présence continue sur le territoire depuis huit années au cours desquelles sa fille a bénéficié d'un suivi multidisciplinaire nécessaire au regard de la maladie congénitale dont elle souffre, le préfet doit être regardé, en dépit des deux mesures d'éloignement dont la requérante a fait l'objet, comme ayant méconnu, en adoptant cette mesure, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
18. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône en ce qu'il a interdit à Mme B le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
19. L'exécution du présent jugement, qui annule l'arrêté du 29 janvier 2024 en tant seulement qu'il interdit le retour de Mme B sur le territoire français pour une durée de deux ans, n'implique pas qu'il soit fait droit aux conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions tendant à la communication par le préfet des Bouches-du-Rhône de l'ensemble des pièces sur lesquelles il s'est fondé pour prendre l'arrêté contesté :
20. Cette affaire étant en état d'être jugée et le principe du contradictoire ayant été respecté, il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner au préfet des Bouches-du-Rhône de communiquer au tribunal l'ensemble des documents fournis lors de sa demande de titre de séjour. Par suite, les conclusions tendant à ce que le préfet des Bouches-du-Rhône communique à la requérante de tels documents ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
21. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 29 janvier 2024 est annulé en tant qu'il interdit le retour de Mme B sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Delzangles, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
C. Simeray
Le président-rapporteur,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026