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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2404313

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2404313

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2404313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCARMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 avril 2024, M. A B, représenté par Me Carmier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant la durée dudit réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Carmier en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- en l'absence de production de délégation de signature accordée au signataire de l'acte attaqué, l'arrêté devra être annulé pour incompétence ;

En ce qui concerne le rejet de sa demande de titre de séjour :

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation professionnelle dès lors qu'il justifie de ressources suffisantes en méconnaissance des stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien ;

- il a également commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision relative à la fixation du pays de destination :

- le préfet n'a pas motivé la décision contestée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de celles de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision contestée est dépourvue de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B sont infondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gonneau.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, a sollicité le 19 octobre 2023 le renouvellement du certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant " qu'il avait précédemment obtenu, lequel était valable du 16 décembre 2022 au 15 décembre 2023. Par un arrêté du 21 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité. M. B en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". L'article 7 du même accord stipule que : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord ;/ a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " () c. Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ".

3. Il ne ressort d'aucune stipulation de l'accord franco-algérien, lequel régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité, ni des dispositions législatives ou réglementaires de procédure régissant la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour qui concernent tous les étrangers, sauf stipulations incompatibles expresses de la convention internationale dont ils peuvent relever, que le renouvellement du certificat de résidence délivré à un ressortissant algérien est subordonné à la justification par le demandeur qu'il tire de son activité des ressources d'un niveau équivalent au salaire minimum de croissance correspondant à un emploi à temps plein, le préfet pouvant seulement s'assurer, à l'occasion d'une demande de renouvellement d'un certificat de résidence en qualité de commerçant, du le caractère effectif de l'activité et de ce que l'étranger retire des ressources suffisantes de son activité commerciale.

4. Pour refuser à M. B le renouvellement de son précédent certificat de résidence algérien, le préfet des Bouches-du-Rhône a indiqué que les activités exercées par le requérant n'étaient pas des activités soumises à autorisation en vertu des stipulations du c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien et qu'il ne justifiait pas retirer de ses activités des ressources suffisantes au sens du a) de l'article 7 du même accord dès lors qu'il avait déclaré 4 047 euros de revenus pour toute l'année 2022 et que ses déclarations mensuelles de chiffres d'affaires révélaient des montants déclarés insuffisants.

5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'extrait d'immatriculation du registre du commerce et des sociétés, que M. B est immatriculé comme exploitant d'une activité d'" installation des réseaux de fibre optique non électrifiées ", de " vente en ligne de tous produits non réglementés " et de " livraison à vélo de courses et repas " depuis le 15 août 2022. Bien que les déclarations trimestrielles de chiffres d'affaires pour les deux derniers trimestres de l'année 2022 indiquent des bénéfices industriels et commerciaux d'un montant de 8 095 euros et que son avis d'imposition pour cette année fasse état d'un revenu brut global de 4 047 euros sur l'année 2022, M. B produit les déclarations trimestrielles de chiffres d'affaires établies au titre de l'année 2023 auprès du service de l'URSSAF, faisant état de bénéfices industriels et commerciaux d'un montant de 22 484 euros au titre de l'année 2023 et de cotisations acquittées suivant le régime microsocial simplifié pour un montant total de 3 687 euros. Au vu de ces éléments, le revenu net que M. B a retiré de sa première année d'activité peut être évalué à un montant de 18 807 euros, soit 1567 euros mensuels sur douze mois d'exercice effectif. Dans ces conditions, et alors qu'il ne se déduit pas des stipulations de l'accord franco-algérien que la demande de l'intéressé devait être examinée sur le fondement des stipulations du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien relatives à la délivrance de certificats de résidence portant la mention " visiteur ", le préfet a fait une inexacte application des stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien en estimant qu'il ne justifiait pas de ressources suffisantes.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 21 février 2024 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation des décisions attaquées implique nécessairement que soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant " à M. B, dans le délai d'un mois à compter la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Carmier, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Carmier.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 février 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant " à M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Carmier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 1 200 euros à Me Sylvain Carmier, avocat de M. B, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Sylvain Carmier et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président-rapporteur,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. SimerayLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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