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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2404314

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2404314

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2404314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBAZIN-CLAUZADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 avril 2024, Mme A D épouse C, représentée par Me Bazin-Clauzade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour d'un an dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros à Me Bazin-Clauzade en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

- la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour méconnaît les articles 5 et 7 de l'accord franco-algérien dès lors qu'elle justifie d'une activité professionnelle ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que l'arrêté emporte sur sa situation personnelle ;

- le préfet a également commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gonneau.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne, a sollicité le renouvellement du titre de séjour qu'elle avait obtenu en qualité de commerçante le 26 mai 2023. Par un arrêté du 20 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Mme D épouse C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué du 20 février 2024 a été signé par M. B E, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation, accordée par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 6 octobre 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire, les décisions fixant le pays de destination et les interdictions de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.

3. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Aux termes de l'article 7 de cet accord : " () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité () ". Il ne ressort d'aucune stipulation de l'accord franco-algérien, lequel régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité, ni des dispositions législatives ou réglementaires de procédure régissant la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour qui concernent tous les étrangers, sauf stipulations incompatibles expresses de la convention internationale dont ils peuvent relever, que le renouvellement du certificat de résidence délivré à un ressortissant algérien est subordonné à la justification par le demandeur qu'il tire de son activité des ressources d'un niveau équivalent au salaire minimum de croissance correspondant à un emploi à temps plein, le préfet pouvant seulement s'assurer, à l'occasion d'une demande de renouvellement d'un certificat de résidence en qualité de commerçant, du caractère effectif de l'activité et de ce que l'étranger retire des ressources suffisantes de son activité commerciale.

4. Pour refuser à Mme D le renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant ", le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée ne justifiait pas de la réalité de son activité professionnelle. Il précise qu' " elle fournit seulement un extrait Kbis mentionnant des activités très variées (employée libre-service, garde d'enfants, achat et vente en ligne), des avis d'impôts révélant une absence de revenu déclaré, ainsi qu'un contrat de prestation de service conclu avec un particulier assorti de factures correspondantes à faible valeur probante ". À la date de l'arrêté contesté, elle était immatriculée au registre du commerce et des sociétés pour une activité d'" employée libre-service, de services à la personne non réglementés (garde d'enfants, soutien scolaire, aide au ménage, livraisons de course, etc), d'achat et vente en ligne (accessoires, vêtements, produits cosmétiques) " commencée le 9 mars 2022. Cependant, Mme D ne justifie pas de l'effectivité de son activité et de ressources suffisantes dès lors qu'elle produit des déclarations trimestrielles pour l'année 2023 indiquant des prestations commerciales d'un montant de cinq cent à mille euros par trimestre, des factures correspondant à des prestations auprès d'une agence de publicité pour des montants de cent à trois cent euros par mois à compter du mois de juin 2023 et des factures correspondant à plusieurs animations d'ateliers pour personnes âgées pour un montant total de moins de quatre cents euros en 2023 et d'une centaine d'euros par mois en 2024. Dans ces conditions, alors même qu'elle démontre s'être acquittée de ses cotisations sociales en produisant une attestation de déclarations et de paiements de cotisations auprès de l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF), la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait fait une inexacte application des stipulations précitées en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

5. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D justifie résider habituellement en France depuis son entrée sous couvert d'un visa portant la mention " étudiant " valable du 20 août 2018 au 18 novembre 2018 dès lors qu'elle a bénéficié de plusieurs titres de séjour en cette même qualité d'étudiante jusqu'en 2022 avant de bénéficier d'un titre de séjour en qualité de commerçante. Elle réside en France avec son époux et son oncle, veuf, dont elle s'occupe régulièrement en raison de ses problèmes de santé. Cependant, l'époux de Mme D, de nationalité algérienne, est également en situation irrégulière sur le territoire français et a fait l'objet d'un arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination le 21 septembre 2023. Bien qu'elle justifie avoir pris soin de son oncle de nationalité française, qui est veuf et sans enfant, elle n'établit pas que sa présence à ses côtés est nécessaire et, à supposer que les troubles dont souffre son oncle soient de nature à nécessiter l'assistance permanente d'une tierce personne, que ce dernier ne pourrait recourir aux dispositifs sociaux existants. Dans ces conditions, aucun obstacle ne s'oppose à ce que la vie familiale de Mme D se poursuive en Algérie, pays dont son époux a la nationalité, où vivent ses parents et ses frères et sœurs et où elle-même a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Ainsi, eu égard notamment aux conditions de séjour de Mme D en France, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas porté au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté contesté a été pris. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire qu'il mentionne, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie privée et familiale. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. Il résulte de ce qui a été énoncé au point précédent que Mme D, ressortissante algérienne, ne peut utilement invoquer les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté comme inopérant. En tout état de cause, en l'espèce et comme il a été dit précédemment, la circonstance qu'elle s'occupe de son oncle ne constitue pas de motif exceptionnel ou des circonstances humanitaires justifiant l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation. Pour les mêmes motifs, elle n'est également pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences que l'arrêté emporte sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de ce tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de Mme D doivent être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et la demande présentée sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 2 : La requête de Mme D épouse C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D épouse C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. SimerayLe président-rapporteur,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef ;

La greffière,

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