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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2404326

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2404326

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2404326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGARCIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 avril 2024, M. C B, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans en l'informant de son inscription au fichier SIS et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

3°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;

4°) d'être assisté d'un avocat commis d'office ;

5°) d'enjoindre au préfet de communiquer l'ensemble des pièces sur lesquelles il s'est fondé pour prendre les décisions contestées ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, qui s'engage, dans ce cas, à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté du 30 avril 2024 est insuffisamment motivé, et ne prend pas en compte la demande d'asile du requérant ce qui révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'arrêté litigieux méconnait les dispositions des articles L. 521-1 et L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés en édictant une obligation de quitter le territoire français alors qu'il souhaite demander l'asile ;

Sur la décision portant refus de délai volontaire de départ :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et -3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux années et l'inscription au fichier SIS :

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Houvet pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Houvet, magistrate désignée,

- les observations de Me Garcia, représentant M. B, présent à l'audience, assisté de M. A interprète en langue arabe,

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, né le 11 mai 1988 à Mahdia, de nationalité tunisienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 30 avril 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a fixé le pays de destination de cette mesure.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire du requérant à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet du Var, du dossier sur lequel il s'est fondé pour prendre l'arrêté contesté :

3. L'affaire étant en état d'être jugée et, le principe du contradictoire ayant été respecté, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ainsi que des éléments précis et circonstanciés relatifs à sa situation personnelle. Elle mentionne notamment que l'intéressé dispose d'une convocation pour déposer une demande d'asile, mais qu'il n'a pas effectué cette démarche à la date d'édiction de l'arrêté. Cet énoncé suffit à mettre utilement en mesure le requérant de discuter et le juge de contrôler les motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision manque en fait. Compte tenu de cette motivation, la décision en litige n'est pas davantage entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement. ". Aux termes de l'article L. 541-1 de ce code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " L'article L. 541-2 du même code dispose que : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interpellé en situation irrégulière le 5 avril 2024 et s'est vu remettre une convocation au guichet unique des demandeurs d'asile, à laquelle il ne s'est pas rendu. Il a disposé d'un délai de 24 jours pour déposer sa demande et effectuer les diligences requises, avant d'être interpellé et placé en garde à vue pour des faits d'agression sexuelle le 29 avril 2024. S'il a soutenu à l'audience qu'il s'est présenté au guichet mais qu'il n'avait pas un dossier complet et que sa demande n'a pas pu enregistrée, il ne produit aucune pièce pouvant figurer dans son dossier à l'appui de ces allégations, ni de formulaire de demande. Du reste, cette affirmation apparait peu crédible alors que son lors de son audition par les services de police, le 29 avril 2024, interrogé sur les démarches qu'il aurait réalisées en France ou dans un autre Etat de l'espace Schengen pour régulariser sa situation, il a exposé n'avoir effectué aucune démarche, attendre " d'avoir un peu de sous pour faire les démarches " et a affirmé n'avoir pas effectué de demande d'asile, ni en France ni dans un autre Etat. Lors de cette audition, il a également précisé être en France pour travailler et subvenir aux besoins de sa mère. A aucun moment il ne mentionne les persécutions vécues ou craintes d'être persécuté dans son pays. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il disposait du droit de se maintenir en France et ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement, ni que le préfet aurait dû enregistrer sa demande d'asile alors qu'il n'a pas effectué de démarches en ce sens.

7. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la méconnaissance du principe de non-refoulement énoncé, notamment, par l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, dont le paragraphe 1 stipule qu'" aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ", dès lors que l'obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet de déterminer le pays à destination duquel l'intéressé sera renvoyé et qu'elle n'a en elle-même ni pour objet, ni pour effet de le contraindre à retourner dans son pays d'origine.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

9. D'une part, l'arrêté en litige vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à chacune des décisions contestées. D'autre part, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, évoque les circonstances de fait qui en constituent le fondement. Cet énoncé suffit à mettre utilement en mesure le requérant de discuter et le juge de contrôler les motifs de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; ()/ 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

11. Selon les mentions de l'arrêté attaqué, le préfet a fondé le refus d'octroyer au requérant un délai de départ volontaire sur le fait qu'il ne pouvait présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne présente pas de garantie de représentation suffisantes, qu'il ne justifiait pas d'un lieu de résidence effectif et permanent dans un local affecté à son habitation principale et qu'il représente une menace pour l'ordre public. Le requérant a indiqué, lors de son audition par les services de police du 29 avril 2024, qu'il refusait de retourner dans son pays en cas de mesure d'éloignement prononcée par le préfet. Ces motifs sont suffisants pour fonder la décision litigieuse, alors que le requérant se borne à affirmer sans aucune pièce au soutien de ses allégations qu'il dispose de garanties. Ainsi qu'il a été dit au point 6 de ce jugement, le requérant a été interpellé pour des faits d'agression sexuelle dans un bus envers une mineure de 16 ans. Dans ces conditions, le préfet du Var était fondé à estimer, par un motif surabondant en tout état de cause, eu égard notamment à la gravité des derniers faits reprochés, dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée, et à leur caractère récent, que la présence en France de M. B, qui ne séjournait au surplus en France depuis moins d'un mois selon ses propos retranscrits lors de sa garde à vue, constitue une menace pour l'ordre public, sans que ce dernier puisse utilement faire valoir qu'il n'a pas été condamné ni poursuivi à raison de ces faits. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnait les dispositions citées au point précédent.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux années et l'inscription au fichier SIS :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

14. Le requérant, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, entre, par suite dans le champ des dispositions précitées l'article L. 612-6 impliquant que le préfet prenne à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Pour fixer à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet du Var s'est fondé sur la circonstance que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il n'a pas déposé de demande d'asile et n'a entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation, qu'il est célibataire et sans charge de famille, qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il n'envisage pas de retour en Tunisie. La situation de l'intéressé, telle que décrite au point 6, ne peut être regardée comme caractérisant des circonstances humanitaires. Si le requérant soutient qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier qu'il a été interpellé le 29 avril 2024 pour des faits d'agression sexuelle dans un bus à l'encontre d'une jeune fille de 16 ans. Dans ces conditions, alors même que l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet n'a donc pas méconnu les dispositions précitées ni commis d'erreur d'appréciation en prenant à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, qui n'est pas disproportionnée au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : M. B, est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B, est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Var.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 6 mai 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A. HouvetLa greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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