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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2405064

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2405064

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2405064
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCHEMMAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2024, Mme B C, représentée par Me Chemmam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance du titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il n'est pas établi qu'il a été signé par une autorité compétente ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-1 alinéa 5 de l'accord franco-algérien modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco algérien modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, notamment de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 18 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au

3 septembre 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Hogedez a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité algérienne, née le 1er septembre 1965, soutient être entrée en France le 26 décembre 2014. L'intéressée a sollicité, le 27 juillet 2023, la délivrance d'une carte de résident au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté en date du

5 décembre 2023 dont il est demandé l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

S'agissant des moyens communs aux décisions en litige :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. A D, qui bénéficiait, en sa qualité d'adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, par un arrêté n°13-2023-10-06-00006 du préfet de ce département du 6 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à cet effet. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté contesté vise notamment l'accord franco-algérien et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et fait également état d'éléments relatifs à la situation personnelle de Mme C de manière suffisamment précise en rappelant notamment les conditions de son entrée sur le territoire et la circonstance que son époux et sa fille font l'objet de décisions d'éloignement concomitantes. Cet arrêté, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de

Mme C, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. La requérante se prévaut essentiellement de la continuité de son séjour depuis neuf années à la date de la décision attaquée. Toutefois, les pièces versées au dossier, eu égard à leur nombre et à leur nature, ne permettent pas d'établir la présence continue de l'intéressée sur le territoire depuis la date alléguée. S'il ressort par ailleurs des pièces du dossier que deux des filles de l'intéressée sont titulaires de titres de séjour, il n'est ni soutenu ni établi que ses trois autres enfants, tous majeurs, résideraient en France en situation régulière alors au demeurant que l'une de ses filles fait l'objet d'une décision d'éloignement concomitante au même titre que l'époux de l'intéressée de sorte que la cellule familiale peut se reconstruire en Algérie, pays dont l'ensemble des membres de la famille ont la nationalité. En outre, la seule production du certificat d'aptitude professionnelle obtenu par le fils cadet de l'intéressée et de divers éléments relatifs à la scolarité, au demeurant achevée, de celui-ci, n'est pas de nature à caractériser une quelconque intégration socio-professionnelle de l'intéressée elle-même. Dans ces conditions, Mme C, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Dès lors le moyen tiré de ce que la décision portant refus de séjour aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Ainsi, les ressortissants algériens ne peuvent se prévaloir, pour l'obtention d'un titre de séjour, que des stipulations de cet accord. Par suite, Mme C ne peut utilement invoquer la méconnaissance par le préfet des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, pour le même motif, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions, inapplicables aux ressortissants algériens, de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. À supposer même qu'elle ait entendu se fonder sur les stipulations de portée équivalente du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni d'aucune des pièces du dossier qu'elle aurait sollicité son admission au séjour au regard de son état de santé. En tout état de cause, en se bornant à produire des ordonnances médicales supposées démontrer " la fragilité de son état de santé " sans apporter de précision sur la nature de ses éventuelles pathologies et des traitements correspondants, l'intéressée n'établit pas que son état de santé exigerait son maintien sur le territoire français. Par suite, le moyen invoqué sur ce point ne peut qu'être écarté en tout état de cause. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de son état de santé dont procéderait la décision en litige doit être écarté.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, à le supposer soulevé, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-1 alinéa 5 de l'accord franco-algérien modifié, que l'intéressée se borne à citer, est inopérant contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, à supposer même que la requérante, qui se borne dans ses écritures à indiquer que l'article 7bis de l'accords franco-algérien modifié " indique les conditions pour l'obtention d'un certificat de résidence de dix années ", ait entendu se prévaloir de la méconnaissance de ces stipulations, elle n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C aurait présenté une demande de titre sur ce fondement de sorte que ce moyen, au demeurant dirigé contre la décision portant refus de quitter le territoire, ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6,

Mme C qui ne fait état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie, n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles présentées aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Coppin, première conseillère,

Mme Arniaud, première conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. Coppin

La présidente-rapporteure,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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