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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2405099

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2405099

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2405099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantVALOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mai 2024, M. A D, représenté par Me Valois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français mentionnant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction du territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer dans un délai de quinze jours, sous peine d'astreinte de 100 euros par jour de retard, une carte de séjour temporaire et, à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le même délai et sous peine de la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme à fixer en équité au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- son signataire n'était pas compétent pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- son signataire n'était pas compétent pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- son signataire n'était pas compétent pour ce faire ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- son signataire n'était pas compétent pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention des Nations-Unies sur les droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Simon, présidente rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 avril 2024 le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de carte de séjour temporaire que lui avait présentée M. D, ressortissant arménien, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français mentionnant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction du territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué été signé par Mme C B, cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui a reçu, par arrêté n°13-2024-03-22-00005 du 22 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégation de signature à l'effet de signer l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit par suite être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, le refus en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Il résulte de ces dispositions que si la demande d'un étranger qui a régulièrement sollicité un titre de séjour ou son renouvellement a été rejetée, la décision portant obligation de quitter le territoire français susceptible d'intervenir à son encontre, doit nécessairement être regardée comme fondée sur un refus de titre de séjour, donc fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en va ainsi, comme c'est le cas en l'espèce, lorsque la décision relative au séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire interviennent de façon concomitante. Enfin, l'interdiction faite au requérant de retour en France pendant une durée de deux ans est motivée, au visa de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment par la circonstance que M. D a déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement, respectivement le 30 août 2016 et le 25 juin 2021 qu'il n'a pas exécutées. Il résulte de tout ce qui précédé que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, quelle que soit la décision à l'encontre de laquelle il est dirigé, être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Par ailleurs, il appartient au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour par un étranger en vue de régulariser sa situation, de vérifier que la décision de refus qu'il envisage de prendre ne comporte pas de conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle de l'intéressé et n'est pas ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. D'une part, le requérant qui a d'ailleurs fait l'objet de deux mesures d'éloignement du territoire ainsi qu'il a été dit précédemment n'établit pas le caractère habituel de sa résidence en France depuis 2013 par les seules pièces produites notamment au titre de l'année 2019 pour laquelle il se borne à joindre à sa requête un avis d'imposition, un relevé de compte, un contrat de travail signé le 1er octobre et un avenant du 17 décembre. D'autre part, sa concubine, également arménienne, qui serait venue le rejoindre en 2020 et avec laquelle il a un enfant né en France cette même année, est également en situation irrégulière et aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays dont ils ont la nationalité dès lors notamment qu'il n'est pas établi que son fils ne pourrait y bénéficier des soins appropriés à son état de santé. Dans ces conditions, et alors même que le requérant serait très impliqué dans la vie scolaire de son enfant et quelle que soit son insertion professionnelle, le préfet des Bouches-du-Rhône, en prenant l'arrêté du 18 avril 2024 n'a pas, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, porté une atteinte au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché son refus d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

6. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant susvisée : "Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale". Il résulte de ces dispositions, qui peuvent utilement être invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Si le fils du requérant, dont il n'est pas établi comme il a été dit précédemment qu'il ne pourrait bénéficier en Arménie des soins appropriés à son état de santé, est scolarisé en France où il aurait fixé ses repères à un âge crucial pour son développement, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir une méconnaissance de l'article 3-1 précité.

8. En cinquième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Cet article dispose que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ces dispositions font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, un Etat pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

9. Si M. D fait valoir qu'il est menacé en Arménie, l'intéressé, dont la demande d'asile politique a d'ailleurs été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés le 30 juin 2015 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 17 mars 2016, ne produit aucune pièce probante à l'appui de cette allégation. Le moyen tiré de ce que son éloignement vers ce pays méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 7421-4 précité doit, dès lors, être écarté.

10. En dernier lieu, eu égard aux conditions de séjour du requérant telles qu'exposées précédemment et compte tenu en particulier des mesures d'éloignement déjà prononcées à son encontre, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de lui interdire de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

11. Il résulte de ce tout qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A D, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Valois.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Simon, présidente,

Mme Hétier-Noël, première conseillère,

Mme Diwo, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

F. SimonLa greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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