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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2405217

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2405217

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2405217
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMANIQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mai 2024, M. A B, représenté par Me Maniquet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat à verser à Me Maniquet sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il porte atteinte à son droit à la libre circulation au sein de l'Union européenne ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'en l'absence de condamnation pénale il ne représente pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave " à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Journoud pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique du 4 juin 2024 :

- le rapport de Mme Journoud, magistrate désignée,

- les observations de Me Maniquet qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui précise en outre que M. B, qui n'est pas présent à l'audience, ne représente pas une menace à l'ordre public et qu'il se trouve dans une situation particulière dès lors qu'il est séropositif depuis une vingtaine d'années et qu'il est suivi pour une pathologie psychiatrique.

En présence de Mme C, interprète en langue russe demandée.

Le préfet de Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B né le 24 avril 1977 à Narva (Estonie), de nationalité estonienne, déclare être entré en France en 2014. Par un arrêté du 26 mai 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. B demande l'annulation de cette mesure d'éloignement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour faire obligation à M. B de quitter le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est principalement fondé sur la circonstance que son comportement personnel constituerait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet d'interpellation et de signalisations au fichier automatisé des empreintes digitales les 27 juin 2019, 1er janvier 2021, 13 janvier 2021, 15 novembre 2021 et 10 mai 2024, ainsi que le 26 mai 2024 pour des faits de vol simple, menace de mort réitérée, port sans motif d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, viol, vol commis dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs et violation de domicile. Ces faits, dont la gravité n'est pas remise en cause, n'ont toutefois donné lieu à aucune condamnation pénale ni même à aucune poursuite judiciaire. Par ailleurs, il n'est pas contesté que M. B réside en France depuis plusieurs années. Le requérant soutient, en outre et sans être davantage contesté, qu'il est suivi médicalement en France pour une double pathologie somatique et psychique pour lesquelles il prend un traitement et dont il a fait état durant sa garde à vue. Dans ces conditions, en faisant obligation à M. B de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions, citées au point 3, du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 26 mai 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône faisant obligation à M. B de quitter le territoire français doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour par lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé d'accorder à M. B un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

6. Aux termes de l'article L. 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI. L'article L. 614-5 n'est toutefois pas applicable ". Aux termes de l'article L. 262-1 du même code : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre peuvent être assignés à résidence dans les conditions et selon les modalités prévues : / 1° Au 1° de l'article L. 731-1 et au 1° de l'article L. 731-3, lorsqu'ils font l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application de l'article L. 251-1 ; / 2° Au 2° de l'article L. 731-1 et au 2° de l'article L. 731-3, lorsqu'ils font l'objet d'une interdiction de circulation sur le territoire français prise en application de l'article L. 251-4 ". Aux termes de l'article L. 614-16 de ce code : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles () L. 731-1, L. 731-3 () ".

7. Eu égard à la qualité de citoyen de l'Union européenne de M.B, la présente décision n'implique pas le réexamen de sa situation ni la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour. Elle implique, en revanche, nécessairement que le préfet des Bouches-du-Rhône mette immédiatement fin à l'assignation à résidence dont M. B fait l'objet.

Sur les frais du litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Maniquet, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Maniquet d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 26 mai 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a fait obligation à M. B de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de mettre immédiatement fin à l'assignation à résidence dont M. B fait l'objet.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et que Me Maniquet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à cette dernière une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Maniquet et au préfet des

Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

L. Journoud

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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