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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2405269

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2405269

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2405269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantANTON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mai 2024 et un mémoire enregistré le 20 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Hoffmann, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel le maire d'Aubagne l'a radiée des cadres pour abandon de poste ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Aubagne de la réintégrer dans ses fonctions sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai d'un mois suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de commune d'Aubagne une somme de 2000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il y a urgence à suspendre dès lors la décision attaquée la prive de l'exercice de son activité professionnelle et de toute rémunération, la mettant dans une situation de précarité financière au regard de ses charges ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision de radiation des cadres :

- la décision en litige a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la mise en demeure préalable qui lui a été adressée le 29 février 2024 lui intimant l'ordre de réintégrer son poste le 11 mars 2024 n'était pas motivée et n'était pas accompagnée du rapport du médecin agréé et qu'en outre l'administration ne l'a pas informée de la possibilité de contester les conclusions de ce rapport devant le conseil médical ; il appartenait au conseil médical de rendre un avis sur son état de santé à la suite de la transmission de l'avis contraire de son médecin traitant à la reprise de ses fonctions ;

- le courrier de mise en demeure du 20 mars 2024 ne mentionnait pas de date de reprise précise ;

- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle est placée en congé de maladie depuis l'accident survenu le 10 août 2023 et qu'elle a manifesté sa volonté non équivoque de ne pas rompre le lien avec le service en transmettant la prolongation de ses arrêts de travail des 5 mars et 2 avril 2024 ; en l'absence de saisine du conseil médical, l'envoi d'un arrêt de prolongation était suffisant pour justifier de sa situation et manifester sa volonté de ne pas rompre avec le service ;

- les conclusions du médecin agréé sont en totale contradiction avec celles de son psychiatre qui certifie qu'elle n'est pas en mesure de reprendre une activité professionnelle ;

- la procédure d'abandon de poste manifeste la volonté de la commune de provoquer son départ ; la commune a commis une erreur d'appréciation en refusant de reconnaître l'accident de service dont elle a été victime et a entaché sa décision du 4 janvier 2024 d'illégalité ; ce refus procède du harcèlement moral subi.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 18 et 20 juin 2024, la commune d'Aubagne, représentée par Me Anton, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la situation d'urgence n'est pas justifiée par les pièces produites alors au demeurant que la requérante qui n'a pas contesté l'avis du médecin agrée ni la décision de reprise adaptée prise par l'administration dans da décision du 29 février 2024, a contribué à sa propre situation en refusant, sans explication valable, de réintégrer le service ;

- aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

Vu :

- la requête n° 2405268 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Sarac-Deleigne, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 juin 2024 à 10h00 en présence de Mme Marquet, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Sarac-Deleigne, juge des référés,

- les observations de Me Hoffmann représentant Mme A, qui persiste dans les fins et moyens de sa requête ;

- et les observations de Me Anton représentant la commune d'Aubagne, qui reprend les éléments invoqués dans son mémoire en défense en les développant.

A l'issue de l'audience, la juge des référés a différé la clôture de l'instruction au 21 juin 2024 à 14 heures en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Par un mémoire enregistré le 21 Juin 2024, Me Anton a produit une pièce complémentaire pour la commune d'Aubagne.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Mme A, fonctionnaire titulaire au sein du Pôle Habitat Logement de la commune d'Aubagne, a été victime, le 10 août 2023, d'un malaise sur son lieu de travail après un entretien avec l'adjointe au directeur général des services et a été placée en arrêt de travail. Par une décision du 4 janvier 2024, le maire de la commune d'Aubagne, après avis défavorable du conseil médical, a refusé de reconnaître la qualité d'accident à l'évènement déclaré et a placé la requérante en congé de maladie ordinaire à compter du 10 août 2023. Le 29 février 2024, la commune d'Aubagne a fait procéder à un contre-visite par un médecin agrée qui a conclu à l'aptitude de Mme A à reprendre une activité dans le cadre d'un temps partiel thérapeutique avec une quotité de 50 % à compter du 4 mars 2024. Par une première décision du même jour, la commune d'Aubagne a fixé la date de reprise de son activité au 11 mars 2024, sous peine d'une suspension de sa rémunération. Mme A a adressé à la commune une prolongation d'arrêt de travail. Par une seconde décision prise le 20 mars 2024, reçue le 25 mars suivant, la commune d'Aubagne a mis en demeure Mme A de reprendre ses fonctions en précisant qu'à défaut elle serait radiée des cadres pour abandon de poste. Mme A n'ayant pas repris ses fonctions, le maire de la commune d'Aubagne a prononcé sa radiation des cadres par une décision du 15 avril 2024, notifiée le 3 mai 2024. Mme A demande au juge des référés la suspension de l'exécution de cet arrêté.

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte-tenu des circonstances de l'espèce.

4. La décision du 15 avril 2024 a pour effet de priver Mme A de son emploi et de tout revenu. Elle place la requérante dans une situation financière difficile compte-tenu de ses charges, alors qu'il ressort de son avis d'imposition sur les revenus que son foyer ne dispose pas d'autres ressources. La commune d'Aubagne n'invoque, de son côté, aucun intérêt public susceptible de faire obstacle à la suspension demandée Ainsi, la condition d'urgence énoncée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux :

5. Aux termes de l'article 15 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " L'autorité territoriale peut faire procéder à tout moment à une visite de contrôle du demandeur par un médecin agréé. Elle procède à cette visite au moins une fois au-delà de six mois consécutifs de congé de maladie. L'agent qui fait l'objet de cette visite de contrôle doit avoir été prévenu de façon certaine, par courrier recommandé avec avis de réception. Lorsque l'autorité territoriale fait procéder à une visite de contrôle, le fonctionnaire doit se soumettre à la visite du médecin agréé sous peine d'interruption du versement de sa rémunération jusqu'à ce que cette visite soit effectuée. Le conseil médical compétent peut être saisi, soit par l'autorité territoriale, soit par l'intéressé, des conclusions du médecin agrée ".

6. L'abandon de poste est caractérisé dès lors que le fonctionnaire, en refusant de rejoindre son poste sans raison valable, se place dans une situation telle qu'elle rompt le lien entre l'agent et son service. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il court d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

7. L'obligation pour l'administration, dans la mise en demeure qu'elle doit préalablement adresser à l'agent, de lui impartir un délai approprié pour reprendre son poste ou rejoindre son service, constitue une condition nécessaire pour que soit caractérisée une situation d'abandon de poste, et non une simple condition de procédure de la décision de radiation des cadres pour abandon de poste.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été destinataire d'un courrier daté du 20 mars 2024 la mettant en demeure de reprendre ses fonctions " le plus tôt possible " à compter de sa notification, sous peine d'une radiation des cadres pour abandon de poste, sans procédure disciplinaire préalable. Toutefois, et ainsi que le soutient la requérante, une telle mise en demeure ne peut être regardée comme fixant un délai précis ni même un délai approprié pour la reprise des fonctions. Dès lors, le moyen soulevé par Mme A, tiré de ce que la décision attaquée est intervenue sans qu'ait été remplie une condition nécessaire à la caractérisation d'une situation d'abandon de poste est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté de radiation.

9. Il y a lieu, par suite, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du maire de la commune d'Aubagne du 15 avril 2024 portant radiation des cadres de Mme A pour abandon de poste, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard à son office, il n'appartient pas au juge des référés qui statue en urgence avant que soit rendu le jugement de la requête au fond, d'enjoindre au maire de la commune d'Aubagne de réintégrer Mme A rétroactivement avec effet au 15 avril 2024. Il y a lieu, en revanche, d'enjoindre au maire de procéder à la réintégration, à titre provisoire, de l'intéressée dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Aubagne une somme de 1 000 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire de la commune d'Aubagne du 15 avril 2024 radiant des cadres Mme A pour abandon de poste est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Aubagne de procéder à la réintégration, à titre provisoire, de Mme A dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune d'Aubagne versera une somme de 1 000 euros à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la commune d'Aubagne.

Fait à Marseille, le 24 juin 2024.

La juge des référés,

signé

B. Sarac-Deleigne

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2405269

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