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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2405373

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2405373

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2405373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mai et 3 juin 2024, M. A D, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Marseille, représenté par Me Martin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 30 mai 2024 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et l'a inscrit au fichier d'information Schengen (SIS) pour la durée de cette interdiction ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jours de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Martin renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne sur le droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence de menace à l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée et elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de garanties de représentation et qu'il ne présente pas de risque de fuite.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires et quant à sa durée en méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle constitue une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale dès lors que sa mère, son épouse et ses enfants vivent en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu la prestation de serment de M. B, interprète en langue arabe.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Journoud pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 juin 2024 :

- le rapport de Mme Journoud, magistrate désignée ;

- les observations de Me Martin pour M. D, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens et précise notamment que M. D ne représente pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale ;

- et les observations de M. D, qui répond aux questions de la magistrate désignée avec le concours de M. B, interprète en langue arabe, et qui indique que son père est arrivé en France dans les années 1970 et qu'il a travaillé toute sa vie, il précise qu'il a quatre frères et une sœur qui vivent tous en Algérie et avec lesquels il a des contacts réguliers, que les seules ressources de sa mère, qui les héberge dans son studio, découlent de la pension de réversion de son père, et enfin que son épouse, entrée en France en 2022, est sans ressources et sans activité et qu'elle est en situation irrégulière, que ses deux filles sont nées respectivement en 2012 et 2015 en Algérie où elles étaient scolarisées et qu'un troisième enfant est né en France en 2023. M. D précise également qu'il travaille illégalement sur les marchés et qu'il est le seul à subvenir aux besoins de sa famille.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien né le 13 octobre 1983 à Bordj Ghédir (Algérie) déclare être entré régulièrement en France le 6 décembre 2018. Par un arrêté en date du 30 mai 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour de trois ans et a procédé à son inscription au fichier d'information Schengen (SIS) pour la durée de cette interdiction. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué dans son ensemble :

3. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué qu'il a été signé par Mme E C, cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui a reçu, par arrêté n°13-2024-03-22-00005 du 22 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, délégation de signature à l'effet de signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé. Le moyen doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté en litige ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se soit abstenu de procéder à un examen de la situation personnelle du requérant. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français doit être motivée. ".

7. L'arrêté contesté mentionne les éléments de droit applicables à la situation de M. D, en particulier les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH). Il indique par ailleurs les circonstances de fait principales relatives à la situation personnelle du requérant, alors même que le préfet n'est astreint à aucune obligation d'exhaustivité dans sa motivation. Ces considérations permettent à l'intéressé d'en comprendre le sens et la portée à leur seule lecture et ainsi de les contester utilement, comme au juge d'en contrôler les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " ; aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

9. Il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition du 29 mai 2024 à 17 heures et 20 minutes, produit par le préfet des Bouches-du-Rhône en défense, que M. D a été informé qu'il pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et qu'il a été mis en mesure de faire valoir, de manière utile et effective, ses observations concernant une telle mesure d'éloignement avant sa notification le 30 mai suivant à 14 heures et 30 minutes. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité (). ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français () est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ". Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

11. M. D se prévaut de sa présence continue en France depuis 2018, de la présence de sa mère bénéficiaire d'un certificat de résident de 10 ans en France et de celle de son épouse et de ses enfants, dont deux sont scolarisés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et des débats à l'audience que si la mère de M. D bénéficie d'un titre de séjour, son épouse est en situation irrégulière sur le territoire français depuis 2022 et que ses deux filles sont nées en Algérie, respectivement en 2012 et 2015 et y ont vécu la majeure partie de leur vie. Par ailleurs, le requérant ne produit aucun élément de nature à démontrer son intégration socio-professionnelle sur le territoire français, ni le caractère intense, ancien et stable de ses liens avec la France où il prétend résider depuis plus de 5 ans. En outre, le requérant n'établit pas être isolé dans son pays d'origine, l'Algérie, où il a vécu la majeure partie de sa vie, où réside ses quatre frères et sa sœur selon ses déclarations à l'audience et où la cellule familiale qu'il constitue avec son épouse et ses enfants, tous de nationalité algérienne, peut se reconstituer. Enfin, si M. D n'a pas fait l'objet de poursuites pénales, il ressort des pièces du dossier, qu'il est signalisé au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et empoisonnement le 28 septembre 2023 et conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance le 5 janvier 2024, et qu'il a été interpellé le 29 mai 2024 et placé en garde à vue pour des faits de conduite d'un véhicule sans assurance et sous l'empire d'un produit stupéfiant. Dans ces conditions, le préfet n'a porté aucune atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté, de même que le moyen tiré de l'erreur de droit.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Par ailleurs aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale". ".

13. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet des Bouches-du-Rhône ne s'est pas fondé sur la menace à l'ordre public que représenterait la présence en France de M. D pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire mais sur l'existence d'un risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement soutenir, pour solliciter l'annulation de la décision attaquée, que son comportement ne représenterait pas une telle menace. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

14. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté, que M. D s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration du visa de court séjour valable jusqu'au 25 décembre 2018 dont il a bénéficié. Par ailleurs, il n'a pas été en mesure de présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, précisant en audition avoir perdu son passeport et confirmant également son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet aujourd'hui. Dans ces conditions, et pour ces seuls motifs, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu légalement retenir qu'il existait un risque que le requérant se soustraie à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, et, par suite, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance des dispositions précitées au point 12 de la présente décision, doit être écarté.

15. En dernier lieu, compte tenu de la situation de M. D telle qu'énoncée au point 11, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

17. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

18. La décision attaquée vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise les motifs pour lesquels le préfet prononce une interdiction de retour sur le territoire français, au regard des critères fixés par la loi. Par suite, la décision est suffisamment motivée en droit et en fait. La circonstance tirée de ce que le préfet n'a pas précisé si la présence du requérant sur le territoire français constituait ou non une menace pour l'ordre public, n'implique pas, par elle-même, l'absence d'examen de ce critère, et n'est pas de nature à faire regarder l'interdiction de retour sur le territoire français comme insuffisamment motivée ou entachée d'un défaut d'examen sérieux.

19. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que pour fixer à trois ans la durée de l'interdiction de retour prise à l'encontre de M. D, le préfet des Bouches-du-Rhône a tenu compte de ce que ce dernier ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière, et de ce que sa situation familiale ne faisait pas état de fortes attaches sur le territoire alors même qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, la mère du requérant âgée de 71 ans et titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2030, réside en France en situation régulière. Dans ces conditions, en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a, par suite, lieu d'annuler la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en tant qu'elle fixe à trois ans la durée de cette interdiction.

En ce qui concerne la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système Schengen :

20. Il résulte de ce qui a été dit au point 17 de la présente décision, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en tant qu'elle fixe à trois ans la durée de cette interdiction. Par voie de conséquence, la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système Schengen pour la durée de cette interdiction doit également être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

21. Le présent jugement, qui annule la décision portant interdiction de retour en tant qu'elle fixe à trois ans la durée de cette interdiction, implique seulement mais nécessairement que soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation de M. D au regard de la durée de cette interdiction de retour. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de justice :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme réclamée par M. D au titre de ces dispositions, le requérant étant, pour l'essentiel, la partie perdante dans le présent litige.

DECIDE :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision portant interdiction de retour du 30 mai 2024 est annulée en tant qu'elle fixe la durée de l'interdiction de retour à trois ans. La décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction est également annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation de M. D au regard de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Martin et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré le 4 juin 2024 et lu en audience publique qui s'est tenue le même jour.

La magistrate désignée,

Signé

L. Journoud Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

N°2405373

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